Journal du 23 novembre 1999

"Education à l'environnement"
au secours des sinistrés du sud de la France
Des bras et du coeur

Vendredi, sept employés de l’association Education à l’environnement sont partis de Saint-Mards, près de Bacqueville, pour Durban-Corbières, un des villages du sud de la France les plus sinistrés par les inondations. Pour Thierry Courchay, directeur de l’association et professeur en Sciences et vie de la terre au collège Braque de Dieppe, cette action de solidarité apporte une aide matérielle mais surtout psychologique.

Des gens qui étaient au fond du trou vont aider des gens qui sont au fond du trou».
Cette phrase qui sonne un peu comme un slogan publicitaire résume pourtant bien la mission des sept volontaires d’Education à l’environnement. Anciens érémistes, aujourd’hui en insertion sociale et professionnelle, ils partent apporter leurs bras et leur coeur aux hommes et femmes qui ont perdu la plupart de leurs biens dans un torrent de boue.

Plutôt habitués aux travaux forestiers et à l’entretien d’espaces communaux (voir encadré), ils emportent dans leur camion balais, seaux, raclettes, pompe thermique, brouettes, pelles, bottes, cuissardes, tronçonneuse et... beaucoup de courage. Ils s’en vont pour dix jours et sont payés comme d’habitude sur la base de vingt heures par semaine. Alors qu’ils risquent de travailler beaucoup plus. «On ne fait pas ça pour l’argent» soulignent ils.

Déjà au Houlme en 1997, Education à l’environnement était venue en aide à des victimes d’inondations. Sur un coup de tête de Patrick Le Roy. Le chef d’équipe avait arrêté son chantier et proposé un coup de main aux autorités locales. «Les gens étaient au milieu de leur maison. Ils ne savaient par quoi commencer. Nous sommes arrivés avec notre volonté et notre bonne humeur. Ils étaient contents de nous voir» se souvient-il. «Cette expérience a montré que nous pouvions apporter quelque chose» remarque Thierry Courchay qui aimerait monter une équipe prête à intervenir lors de n’importe quel coup dur.

Motivation

L’opération «sud de la France» est cette fois plus structurée. Education à l’environnement a obtenu une enveloppe du conseil général pour financer l’expédition. De plus, les Normands ont contacté la Croix-Rouge qui organise les secours sur place. C’est l’association caritative qui a aiguillé Thierry Courchay vers Durban-Corbières. «J’ai téléphoné à la mairie qui a volontiers accepté notre aide» explique le directeur.

Bruno Boudet de Saint-Nicolas-d’Aliermont et Arnaud Roscouët de Notre-Dame-d’Aliermont apportent à l’heure actuelle leur concours aux sinistrés. Ils sont accompagnés par Pascal Bettencourt, Didier Vasseur, Dominique Renoult, Bruno Bichon, tous de la région rouennaise, et Philippe Le Roy, chef d’équipe, frère de Patrick qui dirigeait les opérations au Houlme. Ces hommes ont traversé la France en camion pour secourir des gens qu’ils ne connaissaient pas mais dont la détresse, seulement perçue par les images de télévision, semble immense. Un bel exemple de solidarité.

Ghislain ANNETTA

Une association d’insertion

Education à l’environnement dont le siège social est installé à Bertreville-Saint-Ouen, dans le canton de Longueville, emploie une cinquantaine de personnes. «Nous avons une double vocation» souligne le directeur Thierry Courchay, «l’insertion, puisque nous recrutons des érémistes, et l’environnement».

L’association travaille beaucoup dans les forêts. Elle est spécialiste du débardage à cheval. Elle a aussi passé des conventions avec plusieurs communes pour l’entretien d’espaces verts et de talus cauchois. Elle exerce un partenariat actif avec l’Office national des forêts et le conseil général, qui est son principal financeur.

Thierry Courchay : «C’est totalement dévasté»

Directeur de l’association, Thierry Courchay a passé le week-end avec ses hommes en Durban-Corbières. De retour à Dieppe, le professeur du collège Braque livre ses impressions. Il a découvert sur place une région dévastée et des habitants au bout du rouleau.

Après avoir évité de peu la tempête de neige sur l’autoroute, les Normands sont arrivés samedi vers 15 h dans l’Aude. «A 15 h 10, les gars étaient déjà au travail. Comme nous avions un chef d’équipe et une bonne organisation, les sapeurs pompiers nous ont tout de suite confié une mission» racontre notre interlocuteur.

Les sept hommes sont partis dégager une maison envahie par la boue. Ils ont alors rencontré des autochtones, fatigués, qui ont tout perdu dans le désastre. «Certaines personnes avaient quitté leur foyer et découvrent seulement l’ampleur des dégâts. Quant aux gens qui sont restés, ils commencent à craquer. Ils ont fait preuve de beaucoup de courage après la catastrophe et ils réalisent seulement...»

Car à Durban, des vagues successives de plus de dix mètres de haut ont tout balayé sur leurs passages. Les ponts sont détruits, les routes aussi. Les voitures sont couchées sur le dos, les arbres centenaires gisent à terre. «C’est l’horreur. Tout est dévasté. Les infrastructures n’existent quasiment plus. Les habitants ont perdu leur maison et même leur terrain. Dans les vignes, sur des dizaines d’hectares, la roche est à nue. C’est inexploitable. Je ne m’attendais pas à un sinistre assez important. Le décalage est énorme entre la vallée où le paysage ne porte que quelques traces des inondations et le village où la vision est apocalyptique» souligne encore notre témoin.

Spécialiste des travaux en forêt, l’équipe d’Education à l’environnement aide maintenant les légionnaires à dégager les arbres gisant à terre. Le soir, les érémistes profitent d’une intendance très bien organisée. Petite anecdote, ils ont retrouvé parmi les personnes qui préparent les repas une femme originaire d’Offranville. De quoi alimenter les conversations.

Des appels aux dons

Plusieurs associations ont décidé de venir en aide aux sinistrés du sud de la France :

- Le secours catholique qui coordonne l’action d’une équipe de bénévoles sur place, récolte aussi des dons : Secours catholique, 13 rue d’Elbeuf, BP 1172, 76176 Rouen cedex (mention «Inondations France»).

- Les Aînés ruraux lancent également un appel à la générosité pour leurs camarades de l’Union régionale Midi - Pyrénées. Dons à envoyer à la fédération des aînés ruraux, immeuble MSA, cité de l’agriculture, 16236 Bois-Guillaume (libéllé des chèques : «Aînés ruraux de Seine-Maritime - sinistrés du sud»).

- A Tôtes, l’ADMR (aide à domicile en milieu rural) a décidé de reverser le produit de la vente de ses calendriers aux victimes des intempéries. Des intervenants de l’association rendront prochainement visite aux habitants.


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