| Vendredi, sept employés de lassociation
Education à lenvironnement sont partis de Saint-Mards, près de Bacqueville, pour
Durban-Corbières, un des villages du sud de la France les plus sinistrés par les
inondations. Pour Thierry Courchay, directeur de lassociation et professeur en
Sciences et vie de la terre au collège Braque de Dieppe, cette action de solidarité
apporte une aide matérielle mais surtout psychologique. Des gens qui
étaient au fond du trou vont aider des gens qui sont au fond du trou».
Cette phrase qui sonne un peu comme un slogan publicitaire résume pourtant bien la
mission des sept volontaires dEducation à lenvironnement. Anciens
érémistes, aujourdhui en insertion sociale et professionnelle, ils partent
apporter leurs bras et leur coeur aux hommes et femmes qui ont perdu la plupart de leurs
biens dans un torrent de boue.
Plutôt habitués aux travaux forestiers et à lentretien despaces
communaux (voir encadré), ils emportent dans leur camion balais, seaux, raclettes, pompe
thermique, brouettes, pelles, bottes, cuissardes, tronçonneuse et... beaucoup de courage.
Ils sen vont pour dix jours et sont payés comme dhabitude sur la base de
vingt heures par semaine. Alors quils risquent de travailler beaucoup plus. «On
ne fait pas ça pour largent» soulignent ils.
Déjà au Houlme en 1997, Education à lenvironnement était venue en aide
à des victimes dinondations. Sur un coup de tête de Patrick Le Roy. Le chef
déquipe avait arrêté son chantier et proposé un coup de main aux autorités
locales. «Les gens étaient au milieu de leur maison. Ils ne savaient par quoi
commencer. Nous sommes arrivés avec notre volonté et notre bonne humeur. Ils étaient
contents de nous voir» se souvient-il. «Cette expérience a montré que nous
pouvions apporter quelque chose» remarque Thierry Courchay qui aimerait monter une
équipe prête à intervenir lors de nimporte quel coup dur.
Motivation
Lopération «sud de la France» est cette fois plus
structurée. Education à lenvironnement a obtenu une enveloppe du conseil général
pour financer lexpédition. De plus, les Normands ont contacté la Croix-Rouge qui
organise les secours sur place. Cest lassociation caritative qui a aiguillé
Thierry Courchay vers Durban-Corbières. «Jai téléphoné à la mairie qui a
volontiers accepté notre aide» explique le directeur.
Bruno Boudet de Saint-Nicolas-dAliermont et Arnaud Roscouët de
Notre-Dame-dAliermont apportent à lheure actuelle leur concours aux
sinistrés. Ils sont accompagnés par Pascal Bettencourt, Didier Vasseur, Dominique
Renoult, Bruno Bichon, tous de la région rouennaise, et Philippe Le Roy, chef
déquipe, frère de Patrick qui dirigeait les opérations au Houlme. Ces hommes ont
traversé la France en camion pour secourir des gens quils ne connaissaient pas mais
dont la détresse, seulement perçue par les images de télévision, semble immense. Un
bel exemple de solidarité.
Ghislain ANNETTA
Une association
dinsertion
Education à lenvironnement dont le siège social est
installé à Bertreville-Saint-Ouen, dans le canton de Longueville, emploie une
cinquantaine de personnes. «Nous avons une double vocation» souligne le directeur
Thierry Courchay, «linsertion, puisque nous recrutons des érémistes, et
lenvironnement».
Lassociation travaille beaucoup dans les forêts. Elle est spécialiste du
débardage à cheval. Elle a aussi passé des conventions avec plusieurs communes pour
lentretien despaces verts et de talus cauchois. Elle exerce un partenariat
actif avec lOffice national des forêts et le conseil général, qui est son
principal financeur.
Thierry Courchay
: «Cest totalement dévasté»
Directeur de lassociation, Thierry Courchay a passé
le week-end avec ses hommes en Durban-Corbières. De retour à Dieppe, le professeur du
collège Braque livre ses impressions. Il a découvert sur place une région dévastée et
des habitants au bout du rouleau.
Après avoir évité de peu la tempête de neige sur lautoroute, les
Normands sont arrivés samedi vers 15 h dans lAude. «A 15 h 10, les gars
étaient déjà au travail. Comme nous avions un chef déquipe et une bonne
organisation, les sapeurs pompiers nous ont tout de suite confié une mission»
racontre notre interlocuteur.
Les sept hommes sont partis dégager une maison envahie par la boue. Ils ont
alors rencontré des autochtones, fatigués, qui ont tout perdu dans le désastre. «Certaines
personnes avaient quitté leur foyer et découvrent seulement lampleur des dégâts.
Quant aux gens qui sont restés, ils commencent à craquer. Ils ont fait preuve de
beaucoup de courage après la catastrophe et ils réalisent seulement...»
Car à Durban, des vagues successives de plus de dix mètres de haut ont tout
balayé sur leurs passages. Les ponts sont détruits, les routes aussi. Les voitures sont
couchées sur le dos, les arbres centenaires gisent à terre. «Cest
lhorreur. Tout est dévasté. Les infrastructures nexistent quasiment plus.
Les habitants ont perdu leur maison et même leur terrain. Dans les vignes, sur des
dizaines dhectares, la roche est à nue. Cest inexploitable. Je ne
mattendais pas à un sinistre assez important. Le décalage est énorme entre la
vallée où le paysage ne porte que quelques traces des inondations et le village où la
vision est apocalyptique» souligne encore notre témoin.
Spécialiste des travaux en forêt, léquipe dEducation à
lenvironnement aide maintenant les légionnaires à dégager les arbres gisant à
terre. Le soir, les érémistes profitent dune intendance très bien organisée.
Petite anecdote, ils ont retrouvé parmi les personnes qui préparent les repas une femme
originaire dOffranville. De quoi alimenter les conversations.
Des appels aux dons
Plusieurs associations ont décidé de venir en aide aux
sinistrés du sud de la France :
- Le secours catholique qui coordonne laction dune équipe de
bénévoles sur place, récolte aussi des dons : Secours catholique, 13 rue dElbeuf,
BP 1172, 76176 Rouen cedex (mention «Inondations France»).
- Les Aînés ruraux lancent également un appel à la générosité pour
leurs camarades de lUnion régionale Midi - Pyrénées. Dons à envoyer à la
fédération des aînés ruraux, immeuble MSA, cité de lagriculture, 16236
Bois-Guillaume (libéllé des chèques : «Aînés ruraux de Seine-Maritime - sinistrés
du sud»).
- A Tôtes, lADMR (aide à domicile en milieu rural) a décidé de
reverser le produit de la vente de ses calendriers aux victimes des intempéries. Des
intervenants de lassociation rendront prochainement visite aux habitants. |