| Officiellement, le travail a repris hier à
14 heures chez Regma. Ainsi en a décidé vers 13 h 15 par un vote à main levée le
personnel de lusine dArques-la-Bataille. Mais des bras sagitant lors des
«Qui vote contre la reprise?» et «Qui sabstient», fort nombreux,
témoignent du malaise qui étreint toujours les salariés et même leurs délégués. La
grève entamée lautre jeudi est donc finie et même le directeur du site a admis
quelle avait certainement contribué à débloquer la situation. Mais il faudra
attendre demain pour savoir si effectivement personne ne devra quitter lentreprise
contre son gré. Et la longue - mais intéressante -intervention du
représentant de ladministrateur judiciaire ne laisse guère despoir: un
répit a été obtenu, mais il faut sattendre dici lété à un autre
plan social, même si tout sera fait pour éviter la liquidation judiciaire.
Prochain rendez vous important: laudience du tribunal de commerce du 9
juin. Les juges examineront ce mercredi-là la situation économique de Regma (elle
nest pas brillante) et le plan de continuation proposé par Jacques Sautereau.
Quant aux éventuels repreneurs, ils ont un peu plus de temps pour présenter
leur plan de cession. «Ce serait bien», a plaidé Eric Galdeano, le délégué de
ladministrateur «si une décision définitive sur lavenir de Regma pouvait
être prise avant le 14 juillet».
Dici là, il a lintention de revoir le personnel. Pour faire le
point.
Concrètement, demain, je viens travailler ou je reste chez moi?»
Eric Galdeano, le représentant de ladministrateur judiciaire, ne sait que répondre
avec précision. Celui-ci a signé la lettre lui permettant de bénéficier du congé de
conversion. Sa voisine, elle, a reçu la semaine dernière une lettre de licenciement et
aimerait savoir si, maintenant, elle est annulée...
Dans la salle, la réunion tourne un peu à la confusion. Il est vrai que la
situation nest pas simple. Pour des raisons administratives, même si un protocole
daccord a été signé avec les délégués syndicaux vendredi soir, rien nest
encore concrètement réglé. Et pour cause: le personnel ne sest pas encore
prononcé pour ou contre la reprise du travail lundi à 14 h, clause prévue dans le
document, et il est déjà plus de midi... Or rien ne peut être «ferme et définitif»
sur cette renégociation du plan avant mercredi.
«On doit donc encore faire confiance», sétonne un salarié dans
lexpectative. Et il na pas plus confiance avec le représentant de
ladministrateur judiciaire quavec la direction, la famille Sautereau.
Heureusement la caution des délégués syndicaux rassurera suffisamment lassistance
pour que la reprise soit finalement votée vers 13 h 15. «Et si on note la moindre
magouille, on réappelle à cesser le travail», martèlent François Laumonier et
Philippe Séraffin.
LEtat participe
Dehors, personne ne rallume le feu devant les grilles. Tout le monde file
déjeuner sur le pouce avant la reprise. Après une grève de dix jours. Un mouvement qui
a incontestablement débloqué la situation, même M Louis, le directeur du site
dArques, la admis. «On a tout obtenu, sauf le départ de la famille
Sautereau», résumait François Laumonier, délégué syndical.
Or rien nétait joué. Mais, vendredi, dix heures de discussions avec
toutes les parties concernées sous légide du préfet ont permis darriver à
un protocole daccord que les représentants du personnel jugent acceptable. Et si
les banderoles clament encore «Non aux 40 licenciements», chacun discute
maintenant de la transformation des licenciements en départs volontaires.
«Vendredi,» expliqua la direction «le préfet nous a annoncé que
lEtat était finalement daccord pour des départs en FNE ou en pré-retraite
progressive ou en ACA (personnes ayant travaillé plus de quarante ans sans avoir
lâge de la retraite): cela modifiait les données». Car tout est affaire
dargent.
«Hors notre accord, point de salut»: linscription des délégués
sur le tableau blanc répond au PDG qui affirme «hors mon plan point de salut».
Et laccord, ce sont donc les modalités pour sortir de la grève: 2 mutations à
lintérieur du groupe, 13 préretraites totales, 10 préretraites progressives, 5
volontaires au licenciement âgés de moins de 50 ans et 3 bénéficiaires de lACA.
Baisse des salaires pour garder
12 salariés
«Avec le jeu des compensations, on nen est encore quà 28»,
compte Philippe Séraffin. Effectivement il reste 12 postes encore «en trop». «Alors»,
explique le secrétaire du comité dentreprise, nous avons envisagé de vous
demander un effort financier pour éviter ces 12 licenciements: sur la base du
volontariat, une baisse de salaire jusquà homologation dun plan de
redressement équivalente à une masse salariale brute de 100.000 francs. Ce qui
représente une diminution de salaire de 3 à 4%. Par contre, nous avons obtenu le
paiement des jours de grève, la fin des poursuites liées à la grève..»
«Le plus dur reste à venir mais on se tire du problème urgent que
constituaient le plan social et les quarante licenciements», confirme François
Laumonier. «Toutes les lettres arrivées ces jours derniers chez les uns et chez les
autres sont donc caduques. Et si vous voulez faire partie du nouveau plan social,
inscrivez-vous durgence». Ainsi, on risque fort de compter plus de demandes que
doffres pour les 13 départs en FNE: ils concernent 35 personnes.
«On a mis le pour et le contre dans la balance», surenchérit Philippe
Séraffin. «Et, aujourdhui, ceux qui ne veulent pas partir vont rester et ceux
qui veulent partir devraient partir. Mais des anciens resteront dans lentreprise et
on en a besoin».
Car la lutte nest pas finie. Si la «grève dure» lancée lautre
jeudi a porté un premier fruit, si elle a ouvert des portes (le préfet a enfin réagi),
ce nest quun premier acte. Un répit. «Le plus dur reste à venir»,
insistait Philippe Séraffin en sortant de la salle. Hélas, il na certainement pas
tort.
Denis Leprettre |