Journal du 11 mai 1999

La reprise du travail ne cache pas l'inquiétude du personnel
REGMA : "Il faudrait que tout soit réglé pour le 14 juillet

Officiellement, le travail a repris hier à 14 heures chez Regma. Ainsi en a décidé vers 13 h 15 par un vote à main levée le personnel de l’usine d’Arques-la-Bataille. Mais des bras s’agitant lors des «Qui vote contre la reprise?» et «Qui s’abstient», fort nombreux, témoignent du malaise qui étreint toujours les salariés et même leurs délégués. La grève entamée l’autre jeudi est donc finie et même le directeur du site a admis qu’elle avait certainement contribué à débloquer la situation. Mais il faudra attendre demain pour savoir si effectivement personne ne devra quitter l’entreprise contre son gré.

Et la longue - mais intéressante -intervention du représentant de l’administrateur judiciaire ne laisse guère d’espoir: un répit a été obtenu, mais il faut s’attendre d’ici l’été à un autre plan social, même si tout sera fait pour éviter la liquidation judiciaire.

Prochain rendez vous important: l’audience du tribunal de commerce du 9 juin. Les juges examineront ce mercredi-là la situation économique de Regma (elle n’est pas brillante) et le plan de continuation proposé par Jacques Sautereau.

Quant aux éventuels repreneurs, ils ont un peu plus de temps pour présenter leur plan de cession. «Ce serait bien», a plaidé Eric Galdeano, le délégué de l’administrateur «si une décision définitive sur l’avenir de Regma pouvait être prise avant le 14 juillet».

D’ici là, il a l’intention de revoir le personnel. Pour faire le point.

Concrètement, demain, je viens travailler ou je reste chez moi?» Eric Galdeano, le représentant de l’administrateur judiciaire, ne sait que répondre avec précision. Celui-ci a signé la lettre lui permettant de bénéficier du congé de conversion. Sa voisine, elle, a reçu la semaine dernière une lettre de licenciement et aimerait savoir si, maintenant, elle est annulée...

Dans la salle, la réunion tourne un peu à la confusion. Il est vrai que la situation n’est pas simple. Pour des raisons administratives, même si un protocole d’accord a été signé avec les délégués syndicaux vendredi soir, rien n’est encore concrètement réglé. Et pour cause: le personnel ne s’est pas encore prononcé pour ou contre la reprise du travail lundi à 14 h, clause prévue dans le document, et il est déjà plus de midi... Or rien ne peut être «ferme et définitif» sur cette renégociation du plan avant mercredi.

«On doit donc encore faire confiance», s’étonne un salarié dans l’expectative. Et il n’a pas plus confiance avec le représentant de l’administrateur judiciaire qu’avec la direction, la famille Sautereau. Heureusement la caution des délégués syndicaux rassurera suffisamment l’assistance pour que la reprise soit finalement votée vers 13 h 15. «Et si on note la moindre magouille, on réappelle à cesser le travail», martèlent François Laumonier et Philippe Séraffin.

L’Etat participe

Dehors, personne ne rallume le feu devant les grilles. Tout le monde file déjeuner sur le pouce avant la reprise. Après une grève de dix jours. Un mouvement qui a incontestablement débloqué la situation, même M Louis, le directeur du site d’Arques, l’a admis. «On a tout obtenu, sauf le départ de la famille Sautereau», résumait François Laumonier, délégué syndical.

Or rien n’était joué. Mais, vendredi, dix heures de discussions avec toutes les parties concernées sous l’égide du préfet ont permis d’arriver à un protocole d’accord que les représentants du personnel jugent acceptable. Et si les banderoles clament encore «Non aux 40 licenciements», chacun discute maintenant de la transformation des licenciements en départs volontaires.

«Vendredi,» expliqua la direction «le préfet nous a annoncé que l’Etat était finalement d’accord pour des départs en FNE ou en pré-retraite progressive ou en ACA (personnes ayant travaillé plus de quarante ans sans avoir l’âge de la retraite): cela modifiait les données». Car tout est affaire d’argent.

«Hors notre accord, point de salut»: l’inscription des délégués sur le tableau blanc répond au PDG qui affirme «hors mon plan point de salut». Et l’accord, ce sont donc les modalités pour sortir de la grève: 2 mutations à l’intérieur du groupe, 13 préretraites totales, 10 préretraites progressives, 5 volontaires au licenciement âgés de moins de 50 ans et 3 bénéficiaires de l’ACA.

Baisse des salaires pour garder 12 salariés

«Avec le jeu des compensations, on n’en est encore qu’à 28», compte Philippe Séraffin. Effectivement il reste 12 postes encore «en trop». «Alors», explique le secrétaire du comité d’entreprise, nous avons envisagé de vous demander un effort financier pour éviter ces 12 licenciements: sur la base du volontariat, une baisse de salaire jusqu’à homologation d’un plan de redressement équivalente à une masse salariale brute de 100.000 francs. Ce qui représente une diminution de salaire de 3 à 4%. Par contre, nous avons obtenu le paiement des jours de grève, la fin des poursuites liées à la grève..»

«Le plus dur reste à venir mais on se tire du problème urgent que constituaient le plan social et les quarante licenciements», confirme François Laumonier. «Toutes les lettres arrivées ces jours derniers chez les uns et chez les autres sont donc caduques. Et si vous voulez faire partie du nouveau plan social, inscrivez-vous d’urgence». Ainsi, on risque fort de compter plus de demandes que d’offres pour les 13 départs en FNE: ils concernent 35 personnes.

«On a mis le pour et le contre dans la balance», surenchérit Philippe Séraffin. «Et, aujourd’hui, ceux qui ne veulent pas partir vont rester et ceux qui veulent partir devraient partir. Mais des anciens resteront dans l’entreprise et on en a besoin».

Car la lutte n’est pas finie. Si la «grève dure» lancée l’autre jeudi a porté un premier fruit, si elle a ouvert des portes (le préfet a enfin réagi), ce n’est qu’un premier acte. Un répit. «Le plus dur reste à venir», insistait Philippe Séraffin en sortant de la salle. Hélas, il n’a certainement pas tort.

Denis Leprettre


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