Journal du 29 juin 1999

Des capitaux britanniques pour Regma Solutions

Tout doit être impérativement bouclé pour le 30 juin. Or, le 30 juin, c’est mercredi. C’est donc aujourd’hui mardi que se règle le sort du personnel de Regma Solutions, nouveau nom de l’entreprise d’Arques-la-Bataille, reprise par Cabot Square. En effet, comme on pouvait le subodorer à la suite de la dernière audience générale au tribunal de commerce de Lyon, jeudi (lire Les Infos de vendredi dernier), le juge-commissaire a accepté la seule offre enregistrée pour le groupe Regma. Cabot-Square, c’est un groupe financier anglais, pas une société à but philanthropique. Priorité à la rentabilité, donc. Et comme toujours, ça commence par des suppressions d’emplois : Cabot Square en maintient 241 pour tout le groupe dont 150 à Arques-la-Bataille, où on dénombrait 260 salariés. La casse est donc importante, même si c’est un moindre mal car on a flirté avec la fermeture du site. Mais ce mardi sera difficilement supportable pour le personnel normand.

Pierre Jullien, le nouveau directeur de Regma Solutions, a rencontré le personnel hier après-midi à Arques-la-Bataille. C’est ce que Philippe Séraffin et les autres élus au comité d’entreprise ont appris le matin même. A peine rentrés de Lyon vendredi soir avec la bonne nouvelle espérée (un sauvetage in extremis) ils ont passé la matinée de lundi à faire le point sur le premier plan social, adopté en mai dernier, prévoyant le départ de quarante salariés sous des formes juridiques diverses (FNE, pré-retraites, départs volontaires...) : en effet, si le plan paraissait bien entériné au niveau des pouvoirs publics, il restait à la concrétiser administrativement. Or certaines commissions se réunissaient justement à l’heure à laquelle les syndicalistes arquais siégeaient à Lyon.

«A Lyon, nous avons rencontré les représentants de Cabot Square et Pierre Jullien, mais nous avons aussi commencé à étudier le second plan social avec Me Eric Bauland», précise Philippe Séraffin. En effet, c’est le liquidateur qui est apparemment chargé de composer la seconde charrette de licenciements.

29 départs volontaires de plus?

Qui choisir? C’est un cas de conscience terrible, naturellement. Mais les syndicalistes ont fait plusieurs remarques auprès de l’intéressé en espérant qu’il les fasse siennes. «En tenant compte du premier plan, il resterait encore 70 personnes en trop selon les projets du repreneur», calcule le syndicaliste. «On a enregistré ces derniers jours 29 candidatures supplémentaires pour des départs volontaires. Et on devrait logiquement ajouter aussi la dizaine de personnes placées directement par l’ancienne direction: on ne voit pas comment elles pourraient rester en place».

Il resterait encore une trentaine de salariés «en trop». Pour ces derniers cas, le représentant du personnel pense que l’âge devrait entrer en ligne de compte. «Mais ce n’est pas nous qui avons le pouvoir de décision», résume-t-il.

Hier encore donc, le personnel était dans le flou. Sur son propre avenir, mais aussi sur le présent. Devait-il ou non travailler? Quelles productions fallait-il privilégier? Ce n’était pas l’euphorie, pas plus que vendredi dernier quand fut connue la nouvelle de la reprise. «On est tous un peu désabusés et anxieux», commente un salarié. D’autant que sur le plan industriel, le plan Cabot Square n’apporte pas de nouveautés. «Et nous n’avons pu obtenir du juge-commissaire que Cabot-Square s’engage officiellement sur plusieurs années», regrette Philippe Séraffin.

Mais on ne devrait cependant pas tarder à y voir plus clair: ce mardi il est prévu à Arques tour à tour des sessions du comité central d’entreprise et des comités d’entreprise de Nanterre et d’Arques-la-Bataille.

Denis LEPRETTRE

 

Pierre Jullien

TOUT LE MONDE A INTERET A CE QUE LA MAISON TOURNE BIEN

N’attendez pas de moi que j’affiche des idées arrêtées. Mais nous ferons tout pour que Regma retrouve sa place. Avec vous...» Accompagné de Jean-Luc Louis, le directeur du site pour peu de temps encore (il fera partie du staff commercial), Pierre Jullien a devant lui le personnel de Regma qui, on s’en doute, remplit la salle de réunion. Tout le monde veut savoir ce qui l’attend (réponse seulement aujourd’hui) et ce que la nouvelle équipe proposera pour relancer l’entreprise.

Pierre Jullien ne finasse pas. Il va rapidement à l’essentiel. Il explique pourquoi il y croit mais aussi pourquoi il ne faut pas attendre plus longtemps pour relancer la machine. Il a déjà remis sur les rails Sacilor et d’autres entreprises: «C’est mon métier». Ensuite il passera la main, «sans doute dans un an».

Il n’a pas d’a priori, le nouveau président de Regma Solutions (la société qui remplacera toutes les autres composant le groupe Regma sous l’ère Sautereau). Mais il est forcément au courant du malaise qui a entraîné Regma sur la pente, menant presque au point de non-retour. Il sait aussi que des rancoeurs vis à vis de la direction sortante ne sont pas près de s’effacer. Il joue la franchise, la communication avec le personnel. Car il doit le (re)motiver. «Pour cela», résume à la fin d’une rencontre de plus de deux heures Philippe Séraffin, «il faut un bon projet, des investissements, la pérennité du site. Pour que tout le monde y croie».

Travailler avec le secteur commercial

«Y croire? Mais si Cabot Square n’y croyait pas en Regma, je ne serais pas là», s’enflamme-t-il sereinement. «Oui Regma peut reprendre sa place mais en travaillant différemment. Tout repose sur votre volonté de travailler, mais en relation avec les commerciaux et donc avec les clients». Concrètement: produire, mais aussi vendre.

Produire ce que le client souhaite et trouver des créneaux, des niches porteurs. Car la concurrence ne fait pas de cadeaux à Regma et ce n’est pas d’aujourd’hui: «Elle déclare partout que Regma c’est foutu», insiste-t-il. Et il veut que le contraire soit démontré. «Pour cela il faut être plus efficace, travailler plus collectivement».

Le personnel, qui estime avoir été blousé depuis plusieurs années, en est conscient.

- «Vos prédecesseurs sont venus pour se faire du fric, c’était leur seul but. On a peur que vous soyez là dans le même esprit», lancera un «ancien». Pierre Jullien sourit : «C’est vrai, nous sommes aussi des financiers. Mais on est là pour relancer la machine. Nos intérêts convergent. Vous comme les actionnaires avez intérêt à ce qu’elle marche». Après, quand elle fera des bénéfices, les analyses divergeront, c’est certain. «Mais ce n’est pas en six mois qu’on y arivera» tempère-t-il.

Je ferai régulièrement le point avec vous

«D’abord, martèle le président, «il faut retrouver les clients perdus et qu’ils ne soient pas déçus. La priporité, c’est la reconquête du marché. Sinon, ce n’est pas la peine...» Et ça va se jouer dès juillet, une fois les retombées du plan social éliminées. «Il faut que le carnet de commandes se regarnisse car elles sont tombées bas. L’investisseur le sait mais il accepte de prendre ce risque. L’essentiel, c’est de relancer l’activité». Et «autrement qu’avant» naturellement. «Pour y arriver n’hésitez pas à faire valoir votre opinion sur la manière dont on peut gagner en efficacité».

Mais on ne met pas le personnel de Regma dans sa poche aussi facilement. Il aimerait bien en savoir plus sur les fabrications nouvelles par exemple («des produits Regma sont toujours leaders et des accords encore en pointillé sont passés avec d’autres industriels pour en trouver d’autres»), sur la nouvelle équipe dirigeante, sur la communication dans l’entreprise.

«Je serai là souvent et je ferai le point avec vous régulièrement, c’est indispensable», rassure-t-il.

Il aura à ses côté un directeur général («il sera là pour assurer la cohésion, une meilleure articulation, l’harmonisation entre services, et ça ne se choisit pas en un jour») un responsable administratif et financier, un responsable d’un service chargé d’assurer la liaison entre la production et les ventes et de tester des nouveaux produits,et trois responsables commerciaux dont Jean-Luc Louis, ce qui provoquera l’ire du personnel. La rancoeur...

Car le personnel sait qu'une centaine de têtes doivent tomber. Dans ses rangs essentiellement. «Mais l’effectif prévu dans le plan est le minimum. Si ça marche, on réembauchera» assure-t-il. Mais pour l’instant... Pour l’instant Regma Solutions se donne les moyens de redémarrer : «Il a fallu convaincre les banques qu’ il y avait du changement» commente Pierre Jullien

L’argent reste le nerf de la guerre bien sûr. «Comme vos prédecesseurs vous êtes là pour vous en faire...» La question ressemble presque à une affirmation. Pierre Jullien sourit, ne la récuse pas: «Evidemment, tout investisseur espère gagner de l’argent. Mais ici, pour l’instant , en dehors des produits Regma il n’y a rien qui vaille. Et si vous ne produisez pas...L’investisseur veut une boîte qui marche et c’est votre meilleure garantie. Ils apportent de l’argent et leur crédit dans le monde de la finance mais ce ne sont pas eux qui feront tourner la maison. Alors oui des investissements sont prévus. Mais ils seront programmés en fonction des besoins réels, après réflexion».

Cabot Square est une banque d’investissement avec ses fonds propres. Elle a des équipes spécialisées dans le conseil en matière de risque, dans le choix des investissements. La société a trouvé intérêt au groupe Regma l’automne dernier. Mais elle a compris que avec la direction en place ça ne se passerait pas comme elle le voulait. Elle l’a lâché. D’où un plan de cession, puis un second la semaine dernière. «C’est rare», plaide-t-il, «habituellement une liquidation s’achève par la vente des tables et des chaises».

Heureusement ça n’est pas le cas pour Regma. Car Pierre Jullien y croit. Et comme en outre le personnel n’a pas d’autre carte à jouer...

104 LICENCIEMENTS

Le plan social étudié -et certainement adopté- aujourd’hui porte sur 104 licenciements à la fois sur Arques et Nanterre:
-26 ouvriers
-57 employés
-21 cadres

Il restrait 186 salariés dont environ 150 à Arques, plus 16 chez Photogay et 39 chez Unic MT2R regroupés eux aussi désormais sous Regma Solutions.

Il serait pris en compte les départs volontaires et partiraient en pré-retraite tous les salariés nés avant août 1943.


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