| Tout doit être impérativement bouclé pour
le 30 juin. Or, le 30 juin, cest mercredi. Cest donc aujourdhui mardi
que se règle le sort du personnel de Regma Solutions, nouveau nom de lentreprise
dArques-la-Bataille, reprise par Cabot Square. En effet, comme on pouvait le
subodorer à la suite de la dernière audience générale au tribunal de commerce de Lyon,
jeudi (lire Les Infos de vendredi dernier), le juge-commissaire a accepté la seule
offre enregistrée pour le groupe Regma. Cabot-Square, cest un groupe financier
anglais, pas une société à but philanthropique. Priorité à la rentabilité, donc. Et
comme toujours, ça commence par des suppressions demplois : Cabot Square en
maintient 241 pour tout le groupe dont 150 à Arques-la-Bataille, où on dénombrait 260
salariés. La casse est donc importante, même si cest un moindre mal car on a
flirté avec la fermeture du site. Mais ce mardi sera difficilement supportable pour le
personnel normand. Pierre Jullien, le nouveau directeur de Regma
Solutions, a rencontré le personnel hier après-midi à Arques-la-Bataille. Cest ce
que Philippe Séraffin et les autres élus au comité dentreprise ont appris le
matin même. A peine rentrés de Lyon vendredi soir avec la bonne nouvelle espérée (un
sauvetage in extremis) ils ont passé la matinée de lundi à faire le point sur le
premier plan social, adopté en mai dernier, prévoyant le départ de quarante salariés
sous des formes juridiques diverses (FNE, pré-retraites, départs volontaires...) : en
effet, si le plan paraissait bien entériné au niveau des pouvoirs publics, il restait à
la concrétiser administrativement. Or certaines commissions se réunissaient justement à
lheure à laquelle les syndicalistes arquais siégeaient à Lyon.
«A Lyon, nous avons rencontré les représentants de Cabot Square et Pierre
Jullien, mais nous avons aussi commencé à étudier le second plan social avec Me Eric
Bauland», précise Philippe Séraffin. En effet, cest le liquidateur qui est
apparemment chargé de composer la seconde charrette de licenciements.
29 départs volontaires de
plus?
Qui choisir? Cest un cas de conscience terrible, naturellement. Mais les
syndicalistes ont fait plusieurs remarques auprès de lintéressé en espérant
quil les fasse siennes. «En tenant compte du premier plan, il resterait encore
70 personnes en trop selon les projets du repreneur», calcule le syndicaliste. «On
a enregistré ces derniers jours 29 candidatures supplémentaires pour des départs
volontaires. Et on devrait logiquement ajouter aussi la dizaine de personnes placées
directement par lancienne direction: on ne voit pas comment elles pourraient rester
en place».
Il resterait encore une trentaine de salariés «en trop». Pour ces derniers
cas, le représentant du personnel pense que lâge devrait entrer en ligne de
compte. «Mais ce nest pas nous qui avons le pouvoir de décision»,
résume-t-il.
Hier encore donc, le personnel était dans le flou. Sur son propre avenir, mais
aussi sur le présent. Devait-il ou non travailler? Quelles productions fallait-il
privilégier? Ce nétait pas leuphorie, pas plus que vendredi dernier quand
fut connue la nouvelle de la reprise. «On est tous un peu désabusés et anxieux»,
commente un salarié. Dautant que sur le plan industriel, le plan Cabot Square
napporte pas de nouveautés. «Et nous navons pu obtenir du
juge-commissaire que Cabot-Square sengage officiellement sur plusieurs années»,
regrette Philippe Séraffin.
Mais on ne devrait cependant pas tarder à y voir plus clair: ce mardi il est
prévu à Arques tour à tour des sessions du comité central dentreprise et des
comités dentreprise de Nanterre et dArques-la-Bataille.
Denis LEPRETTRE
Pierre Jullien
TOUT LE MONDE A INTERET A CE QUE LA
MAISON TOURNE BIEN
Nattendez pas de moi que jaffiche des idées
arrêtées. Mais nous ferons tout pour que Regma retrouve sa place. Avec vous...»
Accompagné de Jean-Luc Louis, le directeur du site pour peu de temps encore (il fera
partie du staff commercial), Pierre Jullien a devant lui le personnel de Regma qui, on
sen doute, remplit la salle de réunion. Tout le monde veut savoir ce qui
lattend (réponse seulement aujourdhui) et ce que la nouvelle équipe
proposera pour relancer lentreprise.
Pierre Jullien ne finasse pas. Il va rapidement à lessentiel. Il explique
pourquoi il y croit mais aussi pourquoi il ne faut pas attendre plus longtemps pour
relancer la machine. Il a déjà remis sur les rails Sacilor et dautres entreprises:
«Cest mon métier». Ensuite il passera la main, «sans doute dans un an».
Il na pas da priori, le nouveau président de Regma Solutions (la
société qui remplacera toutes les autres composant le groupe Regma sous lère
Sautereau). Mais il est forcément au courant du malaise qui a entraîné Regma sur la
pente, menant presque au point de non-retour. Il sait aussi que des rancoeurs vis à vis
de la direction sortante ne sont pas près de seffacer. Il joue la franchise, la
communication avec le personnel. Car il doit le (re)motiver. «Pour cela», résume
à la fin dune rencontre de plus de deux heures Philippe Séraffin, «il faut un
bon projet, des investissements, la pérennité du site. Pour que tout le monde y croie».
Travailler avec le secteur
commercial
«Y croire? Mais si Cabot Square ny croyait pas en Regma, je ne serais
pas là», senflamme-t-il sereinement. «Oui Regma peut reprendre sa place
mais en travaillant différemment. Tout repose sur votre volonté de travailler, mais en
relation avec les commerciaux et donc avec les clients». Concrètement: produire,
mais aussi vendre.
Produire ce que le client souhaite et trouver des créneaux, des niches
porteurs. Car la concurrence ne fait pas de cadeaux à Regma et ce nest pas
daujourdhui: «Elle déclare partout que Regma cest foutu»,
insiste-t-il. Et il veut que le contraire soit démontré. «Pour cela il faut être
plus efficace, travailler plus collectivement».
Le personnel, qui estime avoir été blousé depuis plusieurs années, en est
conscient.
- «Vos prédecesseurs sont venus pour se faire du fric, cétait leur
seul but. On a peur que vous soyez là dans le même esprit», lancera un «ancien».
Pierre Jullien sourit : «Cest vrai, nous sommes aussi des financiers. Mais on
est là pour relancer la machine. Nos intérêts convergent. Vous comme les actionnaires
avez intérêt à ce quelle marche». Après, quand elle fera des bénéfices,
les analyses divergeront, cest certain. «Mais ce nest pas en six mois
quon y arivera» tempère-t-il.
Je ferai régulièrement le
point avec vous
«Dabord, martèle le président, «il faut retrouver les
clients perdus et quils ne soient pas déçus. La priporité, cest la
reconquête du marché. Sinon, ce nest pas la peine...» Et ça va se jouer dès
juillet, une fois les retombées du plan social éliminées. «Il faut que le carnet de
commandes se regarnisse car elles sont tombées bas. Linvestisseur le sait mais il
accepte de prendre ce risque. Lessentiel, cest de relancer lactivité».
Et «autrement quavant» naturellement. «Pour y arriver nhésitez
pas à faire valoir votre opinion sur la manière dont on peut gagner en efficacité».
Mais on ne met pas le personnel de Regma dans sa poche aussi facilement. Il
aimerait bien en savoir plus sur les fabrications nouvelles par exemple («des produits
Regma sont toujours leaders et des accords encore en pointillé sont passés avec
dautres industriels pour en trouver dautres»), sur la nouvelle équipe
dirigeante, sur la communication dans lentreprise.
«Je serai là souvent et je ferai le point avec vous régulièrement,
cest indispensable», rassure-t-il.
Il aura à ses côté un directeur général («il sera là pour assurer la
cohésion, une meilleure articulation, lharmonisation entre services, et ça ne se
choisit pas en un jour») un responsable administratif et financier, un responsable
dun service chargé dassurer la liaison entre la production et les ventes et
de tester des nouveaux produits,et trois responsables commerciaux dont Jean-Luc Louis, ce
qui provoquera lire du personnel. La rancoeur...
Car le personnel sait qu'une centaine de têtes doivent tomber. Dans ses rangs
essentiellement. «Mais leffectif prévu dans le plan est le minimum. Si ça
marche, on réembauchera» assure-t-il. Mais pour linstant... Pour
linstant Regma Solutions se donne les moyens de redémarrer : «Il a fallu
convaincre les banques qu il y avait du changement» commente Pierre Jullien
Largent reste le nerf de la guerre bien sûr. «Comme vos
prédecesseurs vous êtes là pour vous en faire...» La question ressemble presque à
une affirmation. Pierre Jullien sourit, ne la récuse pas: «Evidemment, tout
investisseur espère gagner de largent. Mais ici, pour linstant , en dehors
des produits Regma il ny a rien qui vaille. Et si vous ne produisez
pas...Linvestisseur veut une boîte qui marche et cest votre meilleure
garantie. Ils apportent de largent et leur crédit dans le monde de la finance mais
ce ne sont pas eux qui feront tourner la maison. Alors oui des investissements sont
prévus. Mais ils seront programmés en fonction des besoins réels, après réflexion».
Cabot Square est une banque dinvestissement avec ses fonds propres. Elle a
des équipes spécialisées dans le conseil en matière de risque, dans le choix des
investissements. La société a trouvé intérêt au groupe Regma lautomne dernier.
Mais elle a compris que avec la direction en place ça ne se passerait pas comme elle le
voulait. Elle la lâché. Doù un plan de cession, puis un second la semaine
dernière. «Cest rare», plaide-t-il, «habituellement une liquidation
sachève par la vente des tables et des chaises».
Heureusement ça nest pas le cas pour Regma. Car Pierre Jullien y croit.
Et comme en outre le personnel na pas dautre carte à jouer...
104 LICENCIEMENTS
Le plan social étudié -et certainement adopté- aujourdhui porte sur 104
licenciements à la fois sur Arques et Nanterre:
-26 ouvriers
-57 employés
-21 cadres
Il restrait 186 salariés dont environ 150 à Arques, plus 16 chez Photogay et
39 chez Unic MT2R regroupés eux aussi désormais sous Regma Solutions.
Il serait pris en compte les départs volontaires et partiraient en
pré-retraite tous les salariés nés avant août 1943. |