| «Si vous nélargissez pas la passe à
lentrée du bassin de Paris, vous pourrez dire adieu aux bananes et ananas
ivoiriens». Les spécialistes des exportations de ces productions ivoiriennes réunis en
conclave européen à Dieppe il y a deux ans avaient été rassurés : Jean-Paul Lalitte
leur avait annoncé un début prochain du chantier délargissement. La passe a été
effectivement portée à 26 mètres de large. Le bassin de commerce ne refuse plus
dorénavant les navires de plus de 21,60 m de large. Le premier dentre eux a été
salué comme il se doit vendredi matin. Mais le record établi par le Pacific Reefer
naura pas la vie dure : il sera battu dès la semaine prochaine. Dieppe se tourne
vers le large... Plus larges, parfois plus longs aussi (mais les 160 mètres constituent
déjà une bonne taille pour Dieppe). Donc plus volumineux aussi. Ce qui nécessite un
cercle dévitage certainement plus grand entre les chantiers navals et le quai
Guynemer. Mais une passerelle occupe les lieux. Renversée il y a un an, elle sera
bientôt hissée sur le quai. Elle sera certainement pas replacée là, sans quune
autre solution de secours soit apparemment proposée pour linstant. Mais une fois de
plus, la chambre de commerce, gestionnaire du port, devra sadapter à ces nouvelles
circonstances. Ce sera le prix à payer pour survivre dabord, pour se développer
ensuite. Dautant que lon attend toujours (sans cesse reculé par Seatruck pour
des raisons techniques) le retour du fret. Dautre part, une seconde passerelle hors
marée ne sera pas un luxe : une seule, cest trop risqué. Et là, quelle que soit
la largeur des bateaux... Denis LEPRETTRE.
Si la passe navait pas été élargie, on ne serait pas là
aujourdhui pour applaudir lentrée dun cargo. Hommage à ceux qui ont
décidé cet aménagement, à ceux qui se sont investis dans ce dossier...» André Bodel
na pas cité Jean-Paul Lalitte mais lassistance admirant le passage -
couronné de quelques coups de sirène - du Pacific Reefer avait naturellement une pensée
pour lancien président de la chambre de commerce et dindustrie de Dieppe,
toujours détenu.
La vie continue et pour le port de Dieppe elle passe par laccueil de
bateaux dune nouvelle génération, plus larges donc de plus grande capacité. Une
première étape a été franchie vendredi matin avec les 22,60 m du Pacific Reefer. Le
record ne tiendra pas longtemps : dès lundi prochain, le Hansa Visby, lui aussi chargé
de bananes et dananas ivoiriens, le battra avec 23 mètres de large. «Une
génération cargos de 165 m de long, de 24 m de large, pouvant amener jusquà 5 000
palettes en cales et 3 000 en conteneurs est née, ajoute le PDG des Entreprises maritimes
Leon Vincent, mais il nen est pas prévu pour le moment à Dieppe.»
Le Pacific Reefer - entré dans le bassin du commerce sous les applaudissements
dEveline Duhamel, présidente de la CCID, de M. Jaouen, commandant de port, de
Daniel Lefèvre, conseiller général, de M. Emelec, chef du quartier des Affaires
maritimes et de nombreux réprésentants du monde portuaire dieppois - a livré 3 170
palettes de bananes et dananas chargés à Abidjan.
«Lan dernier, rappelle André Bodel, Dieppe a reçu 240 000 palettes de
fruits ivoiriens ou dagrumes et primeurs marocains. Ce trafic fruitier, maintenant
conservé grâce à lélargissement à 26 mètres de la passe à lentrée du
bassin, devrait se développer». Même si les contacts pris dans lhémisphère sud,
et notamment en Afrique du Sud, pour faire venir à Dieppe des fruits également
lété nont pas encore connu de résultats concrets.
Quant au Pacific Reefer, il a quitté Dieppe durant le week-end avec des
palettes de pommes de terre et doignons plus des marchandises diverses.
Affrêté par loffice de commercialisation de lananas et de la
banane, il effectuera encore une rotation entre la Côte dIvoire et Dieppe avant
dêtre rendu à ses propriétaires.
PASSERELLE GUYNEMER : SAUVETAGE
PROCHE
Le samedi 5 décembre 1998, peu après minuit, la passerelle
Guynemer se retournait dans larrière-port. Sans engendrer, heureusement, de
victimes : personne ne se trouvait dessus. Depuis, cet ouvrage de 540 tonnes mis en
service il y a vingt ans pour le compte de larmement Schiaffino, attend, boudins en
lair, que lon veuille bien soccuper delle.
En fait, elle na jamais été oubliée. Dailleurs, vu sa taille on
ne risquait pas. Mais les expertises se sont multipliées. Puis il fallait décider
comment on allait opérer, qui paierait les travaux et ce quon en ferait ensuite.
Le dossier est pratiquement bouclé. Il reste cependant encore quelques points
à affiner. En effet, même pendant la période de relevage, lactivité portuaire
doit se poursuivre. Or, la passerelle est proche de la passe donnant accès au bassin du
commerce.
Selon toute vraisemblance, lopération, très spectaculaire, interviendra
la semaine prochaine à laide dun ponton grue - le Waasland - et dun
navire-bigue - le Norma - venus de Belgique. Du même type sans doute que ceux ayant servi
il y a vingt ans à la suite du naufrage de deux dragues dans le chenal près du pont
Colbert.
La passerelle sera remontée et déposée sur le quai Guynemer : un colis aussi
lourd quencombrant. Elle devrait être réparée. «Mais elle ne sera assurément
pas remise en place au même endroit, affirme Eveline Duhamel. Avec les cargos plus grands
désormais attendus dans le bassin de Paris il faut accroître le cerle dévitage.
La passerelle constituerait une gêne».
Il faudra donc réfléchir à une autre localisation, car une passerelle de
secours non tributaire des marées est indispensable, ne serait-ce que pour assurer la
fiabilité du transmanche.
On sen est bien rendu compte lorsque la passerelle utilisée par les
car-ferries de larmement naval SNCF dans lavant-port, au début des années
1980, sétait rompue. |