Journal du 9 novembre 1999

Port : le record de largeur battu vendredi tombera lundi
Le Pacific Reefer, le Hansa Visby et les autres

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«Si vous n’élargissez pas la passe à l’entrée du bassin de Paris, vous pourrez dire adieu aux bananes et ananas ivoiriens». Les spécialistes des exportations de ces productions ivoiriennes réunis en conclave européen à Dieppe il y a deux ans avaient été rassurés : Jean-Paul Lalitte leur avait annoncé un début prochain du chantier d’élargissement. La passe a été effectivement portée à 26 mètres de large. Le bassin de commerce ne refuse plus dorénavant les navires de plus de 21,60 m de large. Le premier d’entre eux a été salué comme il se doit vendredi matin. Mais le record établi par le Pacific Reefer n’aura pas la vie dure : il sera battu dès la semaine prochaine. Dieppe se tourne vers le large... Plus larges, parfois plus longs aussi (mais les 160 mètres constituent déjà une bonne taille pour Dieppe). Donc plus volumineux aussi. Ce qui nécessite un cercle d’évitage certainement plus grand entre les chantiers navals et le quai Guynemer. Mais une passerelle occupe les lieux. Renversée il y a un an, elle sera bientôt hissée sur le quai. Elle sera certainement pas replacée là, sans qu’une autre solution de secours soit apparemment proposée pour l’instant. Mais une fois de plus, la chambre de commerce, gestionnaire du port, devra s’adapter à ces nouvelles circonstances. Ce sera le prix à payer pour survivre d’abord, pour se développer ensuite. D’autant que l’on attend toujours (sans cesse reculé par Seatruck pour des raisons techniques) le retour du fret. D’autre part, une seconde passerelle hors marée ne sera pas un luxe : une seule, c’est trop risqué. Et là, quelle que soit la largeur des bateaux...

Denis LEPRETTRE.

Si la passe n’avait pas été élargie, on ne serait pas là aujourd’hui pour applaudir l’entrée d’un cargo. Hommage à ceux qui ont décidé cet aménagement, à ceux qui se sont investis dans ce dossier...» André Bodel n’a pas cité Jean-Paul Lalitte mais l’assistance admirant le passage - couronné de quelques coups de sirène - du Pacific Reefer avait naturellement une pensée pour l’ancien président de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe, toujours détenu.

La vie continue et pour le port de Dieppe elle passe par l’accueil de bateaux d’une nouvelle génération, plus larges donc de plus grande capacité. Une première étape a été franchie vendredi matin avec les 22,60 m du Pacific Reefer. Le record ne tiendra pas longtemps : dès lundi prochain, le Hansa Visby, lui aussi chargé de bananes et d’ananas ivoiriens, le battra avec 23 mètres de large. «Une génération cargos de 165 m de long, de 24 m de large, pouvant amener jusqu’à 5 000 palettes en cales et 3 000 en conteneurs est née, ajoute le PDG des Entreprises maritimes Leon Vincent, mais il n’en est pas prévu pour le moment à Dieppe.»

Le Pacific Reefer - entré dans le bassin du commerce sous les applaudissements d’Eveline Duhamel, présidente de la CCID, de M. Jaouen, commandant de port, de Daniel Lefèvre, conseiller général, de M. Emelec, chef du quartier des Affaires maritimes et de nombreux réprésentants du monde portuaire dieppois - a livré 3 170 palettes de bananes et d’ananas chargés à Abidjan.

«L’an dernier, rappelle André Bodel, Dieppe a reçu 240 000 palettes de fruits ivoiriens ou d’agrumes et primeurs marocains. Ce trafic fruitier, maintenant conservé grâce à l’élargissement à 26 mètres de la passe à l’entrée du bassin, devrait se développer». Même si les contacts pris dans l’hémisphère sud, et notamment en Afrique du Sud, pour faire venir à Dieppe des fruits également l’été n’ont pas encore connu de résultats concrets.

Quant au Pacific Reefer, il a quitté Dieppe durant le week-end avec des palettes de pommes de terre et d’oignons plus des marchandises diverses.

Affrêté par l’office de commercialisation de l’ananas et de la banane, il effectuera encore une rotation entre la Côte d’Ivoire et Dieppe avant d’être rendu à ses propriétaires.

PASSERELLE GUYNEMER : SAUVETAGE PROCHE

Le samedi 5 décembre 1998, peu après minuit, la passerelle Guynemer se retournait dans l’arrière-port. Sans engendrer, heureusement, de victimes : personne ne se trouvait dessus. Depuis, cet ouvrage de 540 tonnes mis en service il y a vingt ans pour le compte de l’armement Schiaffino, attend, boudins en l’air, que l’on veuille bien s’occuper d’elle.

En fait, elle n’a jamais été oubliée. D’ailleurs, vu sa taille on ne risquait pas. Mais les expertises se sont multipliées. Puis il fallait décider comment on allait opérer, qui paierait les travaux et ce qu’on en ferait ensuite.

Le dossier est pratiquement bouclé. Il reste cependant encore quelques points à affiner. En effet, même pendant la période de relevage, l’activité portuaire doit se poursuivre. Or, la passerelle est proche de la passe donnant accès au bassin du commerce.

Selon toute vraisemblance, l’opération, très spectaculaire, interviendra la semaine prochaine à l’aide d’un ponton grue - le Waasland - et d’un navire-bigue - le Norma - venus de Belgique. Du même type sans doute que ceux ayant servi il y a vingt ans à la suite du naufrage de deux dragues dans le chenal près du pont Colbert.

La passerelle sera remontée et déposée sur le quai Guynemer : un colis aussi lourd qu’encombrant. Elle devrait être réparée. «Mais elle ne sera assurément pas remise en place au même endroit, affirme Eveline Duhamel. Avec les cargos plus grands désormais attendus dans le bassin de Paris il faut accroître le cerle d’évitage. La passerelle constituerait une gêne».

Il faudra donc réfléchir à une autre localisation, car une passerelle de secours non tributaire des marées est indispensable, ne serait-ce que pour assurer la fiabilité du transmanche.

On s’en est bien rendu compte lorsque la passerelle utilisée par les car-ferries de l’armement naval SNCF dans l’avant-port, au début des années 1980, s’était rompue.


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