| Quelles sappellent foire à tout,
marché aux puces, vide-grenier ou autres, les ventes au déballage rencontrent auprès du
public un gros succès. Si gros dailleurs que les pouvoirs publics ont dû prendre
des mesures pour mieux contrôler cette activité. Dans beaucoup de départements, des
arrêtés préfectoraux ont été émis pour limiter la participation des étalants à la
commune dorganisation et aux communes limitrophes. La légalité de cette décision
a été contestée par le tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand en 1998. Depuis,
le préfet de lEure a publié un nouveau texte supprimant la limitation
géographique. En Seine-Maritime, sur le papier, rien na officiellement changé.
Mais à la préfecture, on laisse toute lattitude aux organisateurs . Doù un
certain flou... Tout part dun avis du tribunal administratif de
Clermont-Ferrand. Les magistrats ont en effet décidé que les réglementations sur les
foires à tout portaient une «atteinte irrégulière au principe dégalité des
citoyens devant la loi, par la différence de traitement entre habitants de la commune ou
des communes avoisinantes et ceux dautres communes, qui ne peut être fondée en
lespèce sur une réelle différence de situation, ni pour aucun motif
dintérêt général». Le Conseil dEtat semble lui même se ranger à cette
décision.
Du coup dans lEure, la préfecture a émis le 24 mars dernier un arrêté
abrogeant ses précédentes dispositions. Sur le territoire de ce département,
«laccès des particuliers aux manifestations organisées dans un lieu public, en
vue de la vente ou de léchange dobjets usagés est désormais libre». Chez
le voisin de Seine-Maritime, aucun nouveau texte nest sorti. Chaque organisateur
procède donc «à sa sauce». Ceux qui sont bien renseignés ouvrent les frontières au
delà des communes limitrophes. Les autres continuent de se référer à larrêté
préfectoral du 1er décembre 1995.
Cest le cas sur le secteur dieppois. Nos lecteurs ont pu sen rendre
compte. Les responsables de Quiberville Omnisports qui organisaient une foire à tout le
29 août, réclamaient entre autres un justificatif de domicile. Le comité des fêtes de
Lammerville limitait laccès à sa manifestation «aux habitants de la commune et
des communes limitrophes». A Avremesnil, le 12 septembre, on accepte seulement les gens
du village ou les voisins de Gueures, Luneray, St Denis-dAclon, Ouville-la-Rivière,
Longueil, Bourg-Dun, St-Pierre-le-Vieux et Ambrumesnil. Par contre, la foire à tout de
Martigny (le 5 septembre) était ouverte à tous. Pour les inscriptions du 12 septembre,
le comité des Amis du clocher de Royville rappelle «que la pratique des foires à tout
nest plus réservée aux habitants des communes limitrophes». Deux versions pour un
même type dorganisation.
Qui a raison ? Qui a tort ? Un coup de fil à la préfecture de Seine-Maritime
renvoie en fait les deux parties dos à dos. Lavis du Conseil dEtat et du
tribunal de Clermont rend larrêté du 1er décembre 1995 inefficace pour la
limitation de communes. Par contre rien nempêche un maire ou un président
dassociation de restreindre les modalités dinscriptions. Par ailleurs, les
autres articles de larrêté préfectoral sont toujours valables. Les exposants ne
peuvent normalement vendre quune seule fois par an. Une mesure contraignante même
si certains professionnels (antiquaires, brocanteurs, etc.) lestiment
incontrôlable.
Avenir
Il est par contre difficile de prévoir lévolution
future. Le préfet de Seine-Maritime suivra-t-il son collègue de lEure ?
Lavenir le dira. En tout cas, comme le souligne, le «Caldoche», le journal
spécialiste des foires à tout en Normandie, la position prise dans le «27» «risque
fort davoir des répercussions importantes quant à lorganisation de ces
manifestations sur le territoire national. La première dentre-elles étant de
créer une réglementation différente entre un département et le reste de la France».
Dans son commentaire, la parution indique également «quil serait souhaitable que
les autres préfets adoptent une règlementation équivalente, ce qui ne serait que
justice et aurait de plus pour conséquence dêtre conforme à la jurisprudence et
à légalité des citoyens devant la loi».
Mais tout le monde sera-t-il daccord pour se ranger à cette opinion ?
Tous les responsables accepteront-ils une arrivée massive de marchands quand on sait que
certains craignent le danger du recel ? Certains organisateurs voient sûrement la
disposition dun très bon oeil : étendre la possibilité de venue des exposants
augmente la probabilité dinscriptions.
Mais les petits vide-greniers de village ou de quartier pourraient souffrir de
la concurrence des gros marchés aux puces et brocantes dont les capacités de
communication sont plus grandes. Lexposant a en effet maintenant le choix dans le
calendrier des manifestations. Il y a donc plus de chances quil se dirige vers une
vente qui draîne un public nombreux...
Une chose est sûre, le débat sera toujours dactualité... tant que les
foires à tout auront du succès.
Reportage : Ghislain ANNETTA
Réactions
Yves Quatresous, organisateur de la foire à tout des Amis
du clocher à Royville le 12 septembre: «Jai appris le changement de
règlementation lors de la foire à tout dOuville-la-Rivière. Les gendarmes qui
venaient faire un contrôle ont expliqué les nouvelles dispositions. Jai ensuite
appelé la sous-préfecture qui ma donné confirmation.
Je pense que cette disposition peut nous permettre dattirer de nouveaux
exposants. Cest bon pour notre chiffre donc positif pour notre association».
Daniel Chevalier, président du comité des fêtes dAvremesnil qui propose
une foire à tout le 12 septembre : «Je nétais pas au courant du changement de
réglementation. Donc, jai repris le même communiqué que les années
précédentes. Mais je trouve que cest une bonne chose. Quand on ne touche que les
communes limitrophes, nous avons moins dexposants. Nous allons pouvoir élargir
notre champ daction».
Claude Guiho, antiquaire à Varengeville : «Je suis au courant de ce
changement. En Seine-Maritime, larrêté na pas été modifié. Il reste
toutjours lobligation de ne faire quune foire à tout par an... même
sil faut reconnaître que cette disposition est difficilement contrôlable.
Lancienne réglementation permettait dorganiser des manifestations bon enfant.
Il faut reconnaître quune foire à tout au dessus de 50 exposants est déjà
douteuse... Maintenant le maire reste maître chez lui et chacun fait ce quil
veut».
Alain Quessandier, président de lAmicale de Montigny : «Nous avions vu
dans la presse que certaines foires à tout étaient ouvertes à tout le monde. Par
contre, dautres restaient cantonnées aux communes limitrophes. Nous avons
finalement choisi, face au flou qui règne, de louvrir à tout le monde.
Dailleurs nous trouvons logique la décision du tribunal de Clermont-Ferrand. Il
ny a aucune raison de faire de la ségrégation entre telle ou telle commune.
Surtout à lheure où lon parle dintercommunalité. Il est logique que
tout le monde participe». |