Journal du 17 septembre 1999

Cité de la Mer
Tout se joue maintenant

Convocation d’une assemblée générale extraordinaire lundi 4 octobre. Et si, à cette date-là, aucune collectivité n’a répondu positivement à l’appel financier lancé, le conseil d’administration démissionnera collectivement. C’est la décision prise mercredi soir à l’unanimité par les dix conseillers (sur treize élus mais l’un est en vacances et les deux autres ont démissionné précédemment pour raisons professionnelles) qui ont confirmé leur soutien à Eric Tavernier en refusant en plus sa démission de président de l’ESTRAN.

La Cité de la mer est donc en sursis. L’ESTRAN, a calculé le conseil, peut actuellement assurer les salaires de septembre mais pas ceux d’octobre. Sauf si, d’ici là, la situation se décante. L’association table sur un document du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche pour infléchir la décision négative du conseil régional (lire notre enquête publiée mardi dernier). En effet, la charte des Centres de culture scientifique et technique (la Cité de la mer en est un) prévoit que "pour mener à bien sa mission, reçoit l’aide de l’État et des collectivités territoriales concernées... " C’est la théorie. La pratique, cependant, doit dépendre des choix des collectivités.

Du côté du conseil général, dont la décision de ne pas s’impliquer dans le fonctionnement de l’ESTRAN dans les conditions actuelles a déclenché la crise, pas d’élément nouveau.

Du côté de la ville, on attendait avec impatience le retour du Canada du député maire. Christian Cuvilliez s’est fait transmettre le dossier par fax. Et, hier soir, au conseil municipal, le soutien à Eric Tavernier, également membre de cette assemblée, était affirmé. De même était dénoncée la façon dont Charles Revet, président du conseil général, a opéré pour annoncer son refus de participer au fonctionnement de la Cité de la mer "alors que le Département en avait pris l’engagement lors d’une table ronde à la sous-préfecture". Mais, sur le fond, tout en insistant sur son attachement à la Cité de la mer, la municipalité n’apporte aucune solution miracle. C’est attendre et voir.

Et on verra donc le lundi 4 octobre si un pas a été fait. Sinon ce sera donc, a priori, selon la résolution du conseil d’administration mercredi soir, le dépôt de bilan, suivi d’une procédure collective : mais c’est le tribunal qui décidera alors entre redressement judiciaire et liquidation de biens, sans doute après une période d’observation.

Déficit : "seulement 464.000 F"

Pendant plusieurs heures donc, le conseil d’administration, présidé par Stéphane Costa, administrateur lui-même, a écouté les explications de Eric Tavernier et étudié l’audit du cabinet Axes management. Il confirma son soutien à son président et dénonça le travail effectué par le cabinet, qui intervenait à la demande du conseil général, l’assemblée départementale souhaitant y voir clair avant de prendre une décision. (lire par ailleurs).

Le trésorier, Pierre Josse, a confirmé que Eric Tavernier bénéficiait toujours de la signature bancaire ("si elle m’avait été retirée depuis quelque temps comme le prétend l’audit, j’aurais considéré cette mesure comme un désaveu et j’aurais alors aussitôt démissionné", plaide le président). En conséquence le conseil d’administration a estimé : "les motifs de la démission d’Eric Tavernier (annoncée vendredi dernier par l’intéressé) étant nuls et non avenus, elle n’a plus lieu d’être et il peut continuer à en exercer toutes les prérogatives".

Cependant, par prudence, pour assurer les affaires courantes, les membres du bureau pourront assurer tous les actes de gestion nécessaires au fonctionnement de l’association jusqu’à nouvel ordre". C’est à dire jusqu’à l’assemblée générale extraordinaire du 4 octobre.

Le conseil d’administration, auquel s’étaient joints les salariés, conteste les chiffres fournis par l’audit et notamment le montant du déficit cumulé : Axes Management l’a calculé à 1.700.000 F. Le trésorier, lui, estime le déficit de trésorerie à 464130 F, "chiffre inférieur aux ordres de grandeur annoncés régulièrement depuis le début de l’exercice et en contradiction formelle avec les affirmations écrites du président du conseil général". Et le conseil note d’ailleurs que Axes Management "n’a même pas pris la peine de rencontrer les commissaires aux comptes et les experts-comptables" avant de rédiger son rapport.

Cependant, le conseil d’administration réaffirme la nécessité d’une aide extérieure annuelle de 700.000 F pour boucler le budget, évalué à 2.000.000 F

Après avoir entendu les chefs de projets des actions et "le respect de leurs plans de trésorerie", le conseil d’administration constate donc que l’ESTRAN "est en mesure de payer les salaires de septembre mais ne pourra plus assurer les paiements courants à fin octobre". D’où la décision de convoquer une assemblée générale extraordinaire le 4 octobre.

"J’ai remercié le conseil d’administration de son soutien et tous ceux qui ont fait de même : CIO, PAIO, OTSI, ESTRAN", conclut Eric Tavernier. Et il ajoute, mais sans illusion : "J’en attends de même du conseil général... "

Denis LEPRETTRE

 

Mélanger insertion et musée ?

L’ESTRAN, on le sait, comprend deux secteurs :

-le musée de la mer (déficitaire)
-les actions de recherche et d’insertion (équilibrées)

L’ESTRAN assure pour le compte des actions d’insertion des services généraux tels que secrétariat, comptabilité, matériel, locaux. En contrepartie ces actions reversent à l’ESTRAN une part de leurs subventions de fonctionnement. "Ces sommes figurent dans les budgets prévisionnels et étaient connues et acceptées comme telles", commente Pierre Josse, trésorier. Car les deux parties y trouvaient leur compte...

Le trésorier de l’ESTRAN constate que l’audit d’Axes management trouve "le principe correct". Mais il note aussi que "certains conseillers généraux n’ont pas hésité à déclarer que par ce moyen l’ESTRAN finançait du tourisme avec des fonds destinés à l’insertion !

Si le Département applique désormais cette logique, les présidents de clubs sportifs qui reçoivent de lui des subventions doivent savoir que lorsqu’ils affrèteront un autocar pour un déplacement et si le chauffeur se paye une nouvelle tondeuse à gazon, ils seront accusés d’avoir financé une jardinerie avec l’argent du conseil général... "

En bref

En cas de fermeture

Imaginons le pire : pas d’aide extérieure, dépôt de bilan suivi d’une liquidation judiciaire et d’une cessation d’activité. "Financièrement", assure Eric Tavernier, "l’actif épongerait sans problème le passif. Nous sommes propriétaires du bâtiment, nous avons des stocks, un bail en cours. Les fournisseurs pourraient être dédommagés sans problème".

"Mais", ajoute-t-il aussitôt, "on veut tous vivre et fonctionner sereinement".

Le conseil général persiste : "Un bon outil mais mal géré"

"Bon outil, mais mal géré" : l’analyse du conseil général n’a pas changé. Hier, à l’Hôtel du Département, on confirmait les propos de Charles Revet tenus la semaine dernière à Dieppe : l’audit a révélé de sérieux problèmes et des carences. "Si le président de l’ESTRAN n’est pas d’accord avec les conclusions de l’audit réalisé par un des plus grands cabinets de France, qu’il fasse un mémoire en défense. Pour l’instant, nous le répétons, nous n’avons pris aucune décision : si l’ESTRAN présente un projet de redressement sérieux, un projet constructif, un projet qui tient la route, le conseil général en tiendra compte".

Mais le conseil général confirme sa ligne de conduite : pas question d’engager les deniers du contribuable pour combler des trous sous prétexte que la gestion de l’association n’est pas assurée de manière compétente. Et il est donné en exemple le Rouen Hockey Club et son ancienne équipe dirigeante : le Département a cessé de subventionner le club lorsqu’un déficit important a été découvert. Par contre avec une nouvelle équipe repartant sur des bases plus saines et plus réalistes, le conseil général a cette année débloqué une subvention.


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