| Convocation dune assemblée générale extraordinaire lundi
4 octobre. Et si, à cette date-là, aucune collectivité na répondu positivement
à lappel financier lancé, le conseil dadministration démissionnera
collectivement. Cest la décision prise mercredi soir à lunanimité par les
dix conseillers (sur treize élus mais lun est en vacances et les deux autres ont
démissionné précédemment pour raisons professionnelles) qui ont confirmé leur soutien
à Eric Tavernier en refusant en plus sa démission de président de lESTRAN. La
Cité de la mer est donc en sursis. LESTRAN, a calculé le conseil, peut
actuellement assurer les salaires de septembre mais pas ceux doctobre. Sauf si,
dici là, la situation se décante. Lassociation table sur un document du
ministère de lEnseignement supérieur et de la Recherche pour infléchir la
décision négative du conseil régional (lire notre enquête publiée mardi dernier). En
effet, la charte des Centres de culture scientifique et technique (la Cité de la mer en
est un) prévoit que "pour mener à bien sa mission, reçoit laide de
lÉtat et des collectivités territoriales concernées... " Cest la
théorie. La pratique, cependant, doit dépendre des choix des collectivités.
Du côté du conseil général, dont la décision de ne pas simpliquer
dans le fonctionnement de lESTRAN dans les conditions actuelles a déclenché la
crise, pas délément nouveau.
Du côté de la ville, on attendait avec impatience le retour du Canada du
député maire. Christian Cuvilliez sest fait transmettre le dossier par fax. Et,
hier soir, au conseil municipal, le soutien à Eric Tavernier, également membre de cette
assemblée, était affirmé. De même était dénoncée la façon dont Charles Revet,
président du conseil général, a opéré pour annoncer son refus de participer au
fonctionnement de la Cité de la mer "alors que le Département en avait pris
lengagement lors dune table ronde à la sous-préfecture". Mais, sur
le fond, tout en insistant sur son attachement à la Cité de la mer, la municipalité
napporte aucune solution miracle. Cest attendre et voir.
Et on verra donc le lundi 4 octobre si un pas a été fait. Sinon ce sera donc,
a priori, selon la résolution du conseil dadministration mercredi soir, le dépôt
de bilan, suivi dune procédure collective : mais cest le tribunal qui
décidera alors entre redressement judiciaire et liquidation de biens, sans doute après
une période dobservation.
Déficit : "seulement 464.000 F"
Pendant plusieurs heures donc, le conseil dadministration, présidé par
Stéphane Costa, administrateur lui-même, a écouté les explications de Eric Tavernier
et étudié laudit du cabinet Axes management. Il confirma son soutien à son
président et dénonça le travail effectué par le cabinet, qui intervenait à la demande
du conseil général, lassemblée départementale souhaitant y voir clair avant de
prendre une décision. (lire par ailleurs).
Le trésorier, Pierre Josse, a confirmé que Eric Tavernier bénéficiait
toujours de la signature bancaire ("si elle mavait été retirée depuis
quelque temps comme le prétend laudit, jaurais considéré cette mesure comme
un désaveu et jaurais alors aussitôt démissionné", plaide le
président). En conséquence le conseil dadministration a estimé : "les
motifs de la démission dEric Tavernier (annoncée vendredi dernier par
lintéressé) étant nuls et non avenus, elle na plus lieu dêtre et
il peut continuer à en exercer toutes les prérogatives".
Cependant, par prudence, pour assurer les affaires courantes, les membres du
bureau pourront assurer tous les actes de gestion nécessaires au fonctionnement de
lassociation jusquà nouvel ordre". Cest à dire jusquà
lassemblée générale extraordinaire du 4 octobre.
Le conseil dadministration, auquel sétaient joints les salariés,
conteste les chiffres fournis par laudit et notamment le montant du déficit cumulé
: Axes Management la calculé à 1.700.000 F. Le trésorier, lui, estime le déficit
de trésorerie à 464130 F, "chiffre inférieur aux ordres de grandeur annoncés
régulièrement depuis le début de lexercice et en contradiction formelle avec les
affirmations écrites du président du conseil général". Et le conseil note
dailleurs que Axes Management "na même pas pris la peine de rencontrer
les commissaires aux comptes et les experts-comptables" avant de rédiger son
rapport.
Cependant, le conseil dadministration réaffirme la nécessité dune
aide extérieure annuelle de 700.000 F pour boucler le budget, évalué à 2.000.000 F
Après avoir entendu les chefs de projets des actions et "le respect de
leurs plans de trésorerie", le conseil dadministration constate donc que
lESTRAN "est en mesure de payer les salaires de septembre mais ne pourra plus
assurer les paiements courants à fin octobre". Doù la décision de convoquer
une assemblée générale extraordinaire le 4 octobre.
"Jai remercié le conseil dadministration de son soutien et
tous ceux qui ont fait de même : CIO, PAIO, OTSI, ESTRAN", conclut Eric
Tavernier. Et il ajoute, mais sans illusion : "Jen attends de même du
conseil général... "
Denis LEPRETTRE
Mélanger insertion et musée ?
LESTRAN, on le sait, comprend deux secteurs :
-le musée de la mer (déficitaire)
-les actions de recherche et dinsertion (équilibrées)
LESTRAN assure pour le compte des actions dinsertion des services
généraux tels que secrétariat, comptabilité, matériel, locaux. En contrepartie ces
actions reversent à lESTRAN une part de leurs subventions de fonctionnement. "Ces
sommes figurent dans les budgets prévisionnels et étaient connues et acceptées comme
telles", commente Pierre Josse, trésorier. Car les deux parties y trouvaient
leur compte...
Le trésorier de lESTRAN constate que laudit dAxes management
trouve "le principe correct". Mais il note aussi que "certains
conseillers généraux nont pas hésité à déclarer que par ce moyen lESTRAN
finançait du tourisme avec des fonds destinés à linsertion !
Si le Département applique désormais cette logique, les
présidents de clubs sportifs qui reçoivent de lui des subventions doivent savoir que
lorsquils affrèteront un autocar pour un déplacement et si le chauffeur se paye
une nouvelle tondeuse à gazon, ils seront accusés davoir financé une jardinerie
avec largent du conseil général... "
En bref
En cas de fermeture
Imaginons le pire : pas daide extérieure, dépôt de bilan suivi
dune liquidation judiciaire et dune cessation dactivité. "Financièrement",
assure Eric Tavernier, "lactif épongerait sans problème le passif. Nous
sommes propriétaires du bâtiment, nous avons des stocks, un bail en cours. Les
fournisseurs pourraient être dédommagés sans problème".
"Mais", ajoute-t-il aussitôt, "on veut tous vivre et
fonctionner sereinement".
Le conseil général persiste : "Un bon outil mais mal géré"
"Bon outil, mais mal géré" : lanalyse du conseil
général na pas changé. Hier, à lHôtel du Département, on confirmait les
propos de Charles Revet tenus la semaine dernière à Dieppe : laudit a révélé de
sérieux problèmes et des carences. "Si le président de lESTRAN nest
pas daccord avec les conclusions de laudit réalisé par un des plus grands
cabinets de France, quil fasse un mémoire en défense. Pour linstant, nous le
répétons, nous navons pris aucune décision : si lESTRAN présente un projet
de redressement sérieux, un projet constructif, un projet qui tient la route, le conseil
général en tiendra compte".
Mais le conseil général confirme sa ligne de conduite : pas question
dengager les deniers du contribuable pour combler des trous sous prétexte que la
gestion de lassociation nest pas assurée de manière compétente. Et il est
donné en exemple le Rouen Hockey Club et son ancienne équipe dirigeante : le
Département a cessé de subventionner le club lorsquun déficit important a été
découvert. Par contre avec une nouvelle équipe repartant sur des bases plus saines et
plus réalistes, le conseil général a cette année débloqué une subvention. |