Journal du mardi 31 août

Ils rencontreront Catherine Trautmann jeudi
Sébastien et Vincent, emplois-jeunes,
soignent le patrimoine local

Depuis quelques mois, deux emplois-jeunes de l’association Avances sont mis à disposition de la Ville de Dieppe. Ils sont chargés de l’entretien du patrimoine local. Ils travaillent sur les églises St-Jacques et St-Rémy, au château et aux Tourelles. Ils rencontreront Catherine Trautmann, ministre de la Culture et de la communication, jeudi lors de sa visite dans la cité. A son programme notamment l’église Saint Jacques. Sébastien et Vincent présentent leur mission.

Dieppe, ville touristique, peut s’enorgueillir de quelques richesses patrimoniales. Les églises St-Jacques, St-Rémy et le château représentent des monuments très prisés des visiteurs. Mais leur grand âge ne les protège pas des dégradations, qu’elles soient naturelles ou humaines. Les abords sont souvent jonchés de détritus en tout genre. Les pigeons aiment se faufiler dans les trous du toit ou des tourelles. Les pierres soumises à l’épreuve du temps commencent à s’effriter. Ces bâtiments historiques nécessitent un entretien régulier que les services techniques de la Ville déjà occupés sur plusieurs fronts ne peuvent assurer. Les responsables municipaux ont donc songé à confier cette mission à des emplois-jeunes.

Ils ont chargé l’association Avances du recrutement et de la mise à disposition de ces employés. Deux jeunes Dieppois ont été embauchés. Ils s’appellent Sébastein Abot et Vincent Fécamp (voir par ailleurs). «Nous avons privilégié des candidats ayant une formation technique pour qu’ils soient capables d’intervenir rapidement. Pendant cinq ans, ils seront initiés aux techniques particulières de l’entretien des bâtiments historiques et à l’histoire de l’art. Ils prépareront également les concours administratifs» indique François Lefebvre d’Avances. Les services techniques de la Ville assurent le tutorat technique pendant que Pierre Farge, secrétaire général de mairie adjoint chargé des affaires culturelles joue le rôle de tuteur...culturel. «Sébastien et Vincent ont également travaillé pendant trois mois avec les spécialistes de Normandie Rénovation qui restaurent les églises St-Jacques et St-Rémy» souligne encore François Lefebvre.

Profil

Maintenant Sébastien et Vincent volent de leurs propres ailes. Ils ne manquent pas de travail. Sur le papier, leur tâche est de participer aux travaux d’entretien et d’aménagement des sites et de leurs abords. Ils assurent en particulier la bonne tenue des parties accessibles des églises et du château. Ils gèrent la bonne santé du patrimoine et préviennent des éventuels dégâts. Ils exercent donc une surveillance régulière et informent les visiteurs, etc. Concrètement, les deux agents passent du ramassage des papiers qui traînent près des monuments à l’installation d’un grillage pour empêcher les pigeons d’entrer dans les bâtiments. Ils ont changé une clanche et une sonnette dans les tourelles. Bientôt, ils donneront un coup de propre sur la chaire de l’église St-Jacques. Bien d’autres missions les attendent encore (voir encadré).

L’objectif final est de pérenniser ces deux postes dans les cinq ans à venir. Deux solutions s’offrent à Sébastien et Vincent. Soit, ils réussisssent leur concours et intègrent la fonction publique. Soit, ils restent au sein de l’association Avances qui sera parvenue à créer une véritable brigade d’entretien du patrimoine. «Nous avons un projet d’élargissement vers d’autres communes. Nous sommes en contact avec la municipalité d’Arques-la-Bataille pour l’entretien du château» remarque François Lefebvre. Cette opportunité permettrait de créer un troisième poste.

« Enormément de travail à faire »

L’entretien des monuments historiques. Cette mission n’est pas aussi simple qu’elle peut paraître. Sébastien et Vincent s’en sont vite rendus compte. «Il y a énormément de travail à faire, annoncent-ils. Quand on commence quelque chose, on s’aperçoit vite qu’on en a pour longtemps». Ils acceptent pourtant la situation sans se plaindre. «Parce que nous intervenons sur des sites exceptionnels» glissent-ils.

L’église Saint-Jacques

«La première église a été bâtie autour de l’an 1.000. Elle a été rasée ensuite. La seconde construction a débuté à la fin du XIIe siècle. L’édifice est de pur style gothique. La transept sud est la plus vieille partie existante» décrit Sébastien Abot.

Vincent Fécamp et lui apprennent de jour en jour à connaître le monument. «Nous avons nettoyé le triforium, déambulatoire situé en hauteur et qui fait le tour de l’église. Il était vraiment très sale, la poussière s’était accumulée. La femme de ménage qui travaille ici depuis quinze ans n’avait jamais vu quelqu’un s’en occuper... C’est à se demander si ça a été fait un jour» ironisent-ils.

Les deux compères sont également allés en observation dans le clocher. Ils savent qu’un gros travail les attend là haut. Cadavres de pigeons et gravas divers peuplent pour l’instant le lieu. «Nous avons visité tous les recoins du bâtiment en participant aux travaux de Normandie Rénovation» précisent-ils. Ils en ont également profité pour toucher à la maçonnerie et aux techniques d’échafaudage.

Mais ils gardent surtout de l’église St-Jacques le souvenir du nettoyage du pourtour. «Derrière les grilles, ca n’avait jamais été entretenu. Des arbres commençaient même à pousser. Nous avons retrouvé toutes sortes de déchets. Des canettes, des fruits et légumes lancés après le marché. Le caniveau était plein. La mousse avait tout envahi. Nous avons été obligés de la frotter et de la javeliser avec un pulvérisateur». Heureusement, la bâtisse religieuse offre aussi de belles compensations. «Le clocher se situe à 42m de haut. Quand le temps est clair, la vue est superbe. On arrive même à deviner le clocher de l’église d’Arques» notent les deux agents d’entretien du patrimoine.

L’église Saint-Rémy

«L’église St-Rémy est plus abîmée que l’église St Jacques. Elle est plus récente mais on sent quelle n’est pas aussi solide» confirment les deux emplois-jeunes. Ces derniers ont d’ailleurs l’occasion d’y intervenir souvent. Et pas toujours pour des travaux faciles. «Nous avons vidé un comble. Il était rempli de fientes de pigeons, de reste de couverture et de gravas de pierres de taille. Nous avons aussi nettoyé les tourelles. Elles en avaient besoin. On ne reconnaissait même plus les marches de l’escalier en colimaçon qui mène jusqu’à la trappe. Nous avons tout descendu au seau. Pour le clocher, nous espérons bénéficier d’une goulotte et d’une benne. Ce sera plus commode» commentent nos deux interlocuteurs qui ont également donné un coup de propre sur les chéneaux et participer à la maçonnerie des baies.

Grâce à Normandie Rénovation, ils ont appris à couler la pierre. Une technique originale qui leur a bien plu. Les deux camarades aimeraient d’ailleurs suivre une formation de tailleur de pierre. «Nous avons eu la chance de rencontrer celui employé par l’entreprise. C’était vraiment très intéressant».

Le château

Le conservateur du château souhaite également profiter des services de Sébastien et Vincent. «Nous allons désherber la muraille. Un lière énorme (30m de haut) y a poussé. Nous débrousaillerons le grand fossé. Nous mettrons à nu les fondations. Nous viderons aussi la cave de la tour ouest mais nous devons attendre que les services de déminage de l’armée passent. Il risque de rester des bombes» expliquent les emplois-jeunes qui redonneront un coup de jeune aux tourelles de la plage.

Sébastien, le dessinateur

A 25 ans, Sébastien Abot est titulaire d’un B.T.S. «mécanisme automatisme industriel» qu’il a passé au lycée Pablo Néruda. Mais la passion de ce Dieppois, c’est le dessin. Il a tenté deux fois le concours d’entrée aux Beaux-Arts. Sans succès. Cela ne l’a pas empêché d’exposer ses travaux. «ça a bien marché» confie le jeune peintre qui collabore pour le fanzine local l’Entonnoir. Il a même réalisé récemment un tableau qu’il compte offrir à Catherine Trautmann, la ministre de la culture et de la communication.

Intéressé par la recherche et le patrimoine, Sébastien n’a pas hésité à accepter le poste proposé par Avances. Recruté deux mois avant Vincent, il a passé son temps dans les archives. Il est maintenant incollables sur les monuments locaux.

Comme son collègue, Vincent Fécamp est Dieppois. Mais il est plus jeune. A 22 ans, il a pour bagage professionnel un C.A.P. de couvreur. «Nous avions besoin de quelqu’un qui pouvait accéder aux parties hautes des églises sans être victime du vertige» explique François Lefebvre, responsable de l’association Avances pour justifier son embauche.

Vincent ne s’en plaint pas. Après avoir terminé son apprentissage au sein de l’entreprise Harpin de Dieppe, il cherchait un emploi. Il a failli accepter un contrat emploi-solidarité (C.E.S.). Mais l’opportunité de l’emploi jeune l’a poussé à changer d’avis. Cet ancien footballeur découvre ainsi un métier qui lui plaît. «Nous avons la chance d’aller dans des endroits où personne ne va» souligne-t-il.

Le programme de Catherine Trautmann

Catherine Trautmann ministre de la culture et de la communication sera jeudi à Dieppe. Elle profitera de son passage pour découvrir plusieurs sites culturels de la cité.

- 14h30 : accueil sur le parvis de l’église St Jacques par Christian Cuvilliez, député-maire. Visite de l’église et des travaux de rénovation en cours.

- 15h15 : Présentation à l’école nationale de musique de «musique à l’école», du festival de musique ancienne et de l’académie de musique et de danse.

- 16h15 : Visite du drakkar, centre culturel et social à Neuville-lès-Dieppe.

- 17h : Présentation à Dieppe Scène Nationale du film de César Vayssié, les Disparates, d’après la chorégraphie de Boris Charmatz et de Dimitri Chamblas (sur invitation).

- 18h : Réception à l’hôtel-de-Ville


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