Journal du 8 décembre 1998

La passerelle Ro-ro s'est retournée sur elle-même
Une épine de 540 tonnes dans l'arrière-port
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Dans la nuit de vendredi à samedi, pour des raisons encore inexpliquées, la passerelle Ro-ro s’est retournée, laissant apparaître ses flotteurs au-dessus du niveau de l’eau. Les mesures conservatoires prises rapidement, il faudra désormais trouver les raisons de ce retournement, désolidariser les deux éléments de la passerelle de 540 tonnes, et monter le tout sur le quai.

Il était 0 h 45 samedi quand les voisins - ils sont peu dans ce quartier - ont entendu un gros craquement, qui a résonné le long des bâtiments qui jouxtent l’arrière-port. La passerelle Ro-ro (Roll on-roll off) venait de céder. Pour des raisons encore méconnues, la passerelle pesant plus de 540 tonnes s’est, en deux temps, quasi complètement retournée sur elle-même, laissant apparaître ses flotteurs au-dessus du niveau de la mer. Au cours de la nuit, et toute la journée de samedi, les responsables de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dieppe à qui elle appartient via son service outillage, le commandant de port, la DDE Maritime ont oeuvré pour prendre toutes les mesures conservatoires. «Le principal, c’est qu’il n’y ait pas de victimes, de problèmes humains», insiste Philippe Offerlé, directeur des services techniques de la CCID.

Dans la matinée de samedi, les sapeurs-pompiers étaient à pied d’oeuvre pour installer des barrages anti-pollution. La passerelle contenait en effet encore près de 2.000 litres d’huile dont il fallait, pour le cas où, contenir toute propagation.

Dépannage des ferries

Tandis que les curieux se relayaient sur le quai Guynemer, simples badauds, riverains ou employés du service outillage, les questions sur les raisons de ce chavirement - elle a littéralement fait un demi-tour sur elle-même - ne s’avéraient encore que conjectures. «On ne sait pas exactement ce qui s’est passé, poursuit M. Offerlé, des plongeurs vont intervenir afin de déterminer les raisons exactes de ce retournement.». «Elle n’était plus utilisée depuis longtemps, indique M. Douvry, responsable du service outillage à la CCID, sinon pour des dépannages des ferries.» Ainsi en juillet 97. Mais la fin d’activité réelle de la passerelle Ro-Ro date du 22 mai 1990, avec le dernier chargement de l’Exxtor, le cargo de la société TOE qui assurait jusque-là le fret en direction de l’Angleterre. «Elle était utilisable en l’état, après maintenance», complète le directeur des services techniques de la CCI.

«Elle n’était plus en très bon état, dit cependant le commandant du port, une décision avait déjà été prise à son sujet: celle de ne plus l’utiliser.» Une rupture de la structure non mobile ? Un problème sur un flotteur ? Il faudra certainement une expertise poussée pour comprendre. Elinguée, amarrée, reposant pour partie sur le fond, la passerelle ne devrait plus bouger.

Mais c’est maintenant que les problèmes techniques se posent à la CCID. Comment faire pour remettre d’aplomb cette épine de 540 tonnes: 300 T de structures métalliques et 240 tonnes de corps mort permettant l’équilibre. «D’autant plus qu’avec le barrage anti-pollution, il risque d’y avoir des problèmes d’évitement pour les bateaux qui viennent décharger dans le bassin de Paris», estimait le commandant de port. Un problème qui sera vite résolu, puisque les plongeurs qui devaient hier ou ce matin matin faire l’inspection de la passerelle profiteront de leur plongée pour vider l’huile.

Inutilisée de manière habituelle depuis plusieurs années, la passerelle Ro-ro date de 1979, à l’époque où le Schiaffino avait été mis en service. De type MacGrégor, cette passerelle à une jumelle, toujours en activité, mais de taille plus modeste, dans le port de Cherbourg. «Dans un premier temps, on va essayer de comprendre», explique M. Offerlé, et ce n’est qu’après avoir compris qu’une décision sera prise. De toutes façons, il faudra monter la passerelle sur le quai en deux morceaux (le corps mort désolidarisé de la structure métallique). "Une opération sans grande difficulté technique, sinon le poids qui obligera à faire intervenir une grue en provenance de Hollande ou d’Allemagne."

Pour le directeur des services techniques de la CCID, si les raisons de l’accident ne sont pas insurmontables, il y aura choix de la réparer et remettre en état, prête à fonctionner à nouveau. Mais il y avait déjà de fortes chances hier pour que la passerelle restât en l’état pendant un bon bout de temps.

E.S.


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