Journal du 26 novembre 1999

Elle a enfin été déposée sur le quai Guynemer hier midi
La passerelle était plus lourde que prévu

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Ouf! La passerelle Guynemer est enfin sortie de l’arrière-port. Depuis un an, elle attendait qu’on la tire de sa fâcheuse position: en pleine nuit, le 8 décembre 1998, elle s’était retournée. L’expert a commencé de se pencher sur elle afin de comprendre l’origine de cet incident qui, heureusement, ne fit aucune victime. On ne sait naturellement pas encore si elle pourra être réutilisable un jour et, le cas échéant où elle pourrait être réinstallée. Le port de commerce, lui, peut donc reprendre du service, la passe à l’entrée étant à nouveau accessible aux cargos. La passerelle a fait de la résistance, retardant l’échéance de plusieurs marées. Mais le navire-bigue Norma a eu raison de ses quelque quatre cents tonnes hier midi. Sous le regard de spécialistes et de curieux attirés par le grand spectacle.

C’est une belle manipulation. Sur le quai, elle est vraiment impressionnante...» Directeur de Frabeltra, M Michaux s’entretient avec Thierry Hubscher et Jacques Courbier, les responsables locaux de la Direction départementale de l’Equipement, chargée de l’opération de relevage. Il pourra aussi féliciter ses techniciens pour la qualité du travail: on a incontestablement affaire à des pros.

Il est presque 13 heures en ce jeudi 25 novembre. Et chacun pourra aller déjeuner l’esprit tranquille. La passerelle repose enfin sur ses massifs de poutres constitués sur des lits de gravier. «C’est bon, elle est calée», souffle Jacques Courbier, un paquet de sacs PVC à la main. Car la passerelle s’égoutte toujours et le quai risque d’être rapidement transformé en piscine. Il lui faut fabriquer une rigole pour orienter l’eau vers le bassin tout proche.

Il n’a pas beaucoup dormi ces dernières nuits, l’ingénieur des services maritimes de la DDE. Il avait annoncé la couleur (lire Les Infos de vendredi dernier): «relever la passerelle Guynemer ne sera pas une mince affaire». Et les premières tentatives devaient lui donner raison: élinguée comme prévu aux deux extrémités à partir du ponton-grue Waasland et du navire-bigue Norma, elle penchait d’un côté.

Pourtant la première opération, mardi matin, s’était déroulée à la perfection: couper les chaines la liant au corps mort. Et alors tout laissait espérer le respect du planning: le relevage de la passerelle dans la nuit de mardi à mercredi, puis du corps mort, et retournement de la passerelle. Et l’arrière-port devait être libéré vendredi, un, cargo étant attendu en fin de semaine venant du Maroc. Il trouvera finalement place libre mais les ingénieurs de la DDE et de Frabeltra et les autorités portuaires auront eu des sueurs froides.

De marée en marée

MARDI MIDI : Les chaînes ont été coupées par des plongeurs. On commence à vider les ballasts afin d’alléger au maximum l’ensemble long de 60 m et d’un poids estimé sans le corps mort à 250-300 tonnes. Tout paraît prêt pour les manoeuvres de relevage de la passerelle, programmées pour la marée de la nuit.

MARDI SOIR : Des curieux s’installent le long des barrières isolant le chantier ou sur la passerelle Amiral Rolland. La pleine mer est à 23 h 47. La passerelle semble planer au dessus de l’eau, suspendue aux filins des deux bateaux de Frabeltra. Elle a été décalée par rappport au quai et tirée vers la passe. La pluie et l’absence de toute intervention font progressivement fuir les badauds. En effet, dans la soirée, l’opération a été remise à la marée suivante pour des raisons techniques.

MERCREDI MIDI: Une marée de 9,80 m et un coefficient de 109. Pas de vent, pas de houle. C’est bon. Et vu l’heure, d’autres spectateurs s’accoudent aux barrières. Un zodiac examine les flotteurs. Mais quelques minutes plus tard, le staff technique s’en va. Nouveau report. La raison : l’unité pèse quelques dizaines de tonnes de plus que prévu à une extrémité, malgré la vidange des ballasts. Son séjour dans la vase sans doute. Il faut revoir l’élingage pour éviter tout déséquilibre.

MERCREDI MINUIT : Les spectateurs se font très rares. Avec raison car le relevage a été une nouvelle fois décommandé dans la soirée. Un problème de centre de gravité, toujours à cause du poids supplémentaire. Les calculs sont refaits. Et, en tenant compte de la disposition des lieux, un choix est fait: seule la Norma prendra en charge ce colis (très) lourd.

JEUDI MIDI : La Norma est en position. La marée est encore de 9,80 m. A partir de vendredi elle baisse et le relevage commencera à poser problème pour l’activité portuaire. C’est donc le jour où jamais. Vers 11 h la passerelle est suspendue dans le vide au bout de la Norma: ça s’annonce enfin bien.

A 12 h : le navire-bigue commence à approcher du quai. Les spectateurs sortent leurs appareils-photo mais retiennent leur souffle. Les techniciens aussi. Vers 12 h 15 la passerelle surplombe la terre ferme. Des techniciens passent dessous pour disposer des baches car elle fuit. «Ils ont drôlement confiance dans leur matériel», murmure un officier du Port. Car ils ont quelque trois cents tonnes au-dessus de leur tête.Et le casque, en cas de rupture, ne les protégerait guère.

12 h 30 : La Norma dépose délicatement la passerelle sur ses assises. C’est gagné.

Il ne reste plus qu’à vérifier quelques calages...et à préparer la suite.

La suite, c’est le relevage du corps mort, pesant a priori 240 tonnes. Il devrait intervenir au cours de la nuit dernière. Et, heureusement, il n’était pas envasé, contrairement à ce qui était redouté.

La fin technique, c’est le découpage des flotteurs, pour cette fin de semaine. Et le départ des deux engins de Frabeltra vers d’autres gros chantiers...

Denis LEPRETTRE

Frabeltra:

«Heureusement, on avait vu grand»

Une belle manipulation», répète M. Michaud sur le quai Guynemer. «C’est notre travail, c’est vrai mais c’est quand même un engin impressionnant quand on le voit ainsi à terre». Le directeur de la société Frabeltra est donc satisfait. «Dans ce genre d’intervention, on amène toujours des moyens plus importants que ceux a priori prévus», commente-t-il. «On ne sait jamais».

Et l’expérience a bien parlé. Car la passerelle avoisinait finalement les quatre cents tonnes, soit bien plus que prévu. «Mais la Norma peut en soulever six cents», assure le spécialiste. «Heureusement qu’on peut disposer de tels moyens», le coupe Thierry Hubscher (DDE). «Sinon jamais on n’aurait pu relever la passerelle».

Frabeltra, récemment s’est occupée de l’écluse de Tancarville au Havre. A Dieppe la société a il y a quelques mois travaillé à la pose d’un duc d’albe dans le port extérieur pour protéger le Superseacat. Mais le relevage de la passerelle constituait un chantier d’une toute autre envergure!

Et maintenant?

Maintenant, place à l’expert qui a commencé à examiner la passerelle pour essayer de comprendre pourquoi elle s’est retournée l’an dernier, ce qui s’était déjà produit vers 1980, une année après sa mise en service.

Après, tout dépendra si elle peut ou non reprendre du service. Mais Eveline Duhamel, présente sur place hier midi, a déjà souligné que, quelle que soit la décision, elle ne serait pas remise en place dans l’arrière-port, les navires plus volumineux désormais attendus ayant besoin de davantage d’aisance pour éviter (faire demi-tour) à cet endroit.

Pour mémoire, voir l'article dans notre journal du 8 décembre 1998
La passerelle Ro-ro s'est retournée sur elle-même
Une épine de 540 tonnes dans l'arrière-port

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