| Louverture de la coquille a
été programmée par les autorités maritimes lundi à 0h00 (voir notre édition de
vendredi). Les premiers bateaux ont donc quitté le port dimanche vers 18h. Mais tous ne
sont pas partis. Les conditions météorologiques incertaines ont poussé certains marins
à différer leur départ au lundi matin. Seuls sont restés à quai les navires qui ne
possèdent pas toutes les autorisations (le Fernakie par exemple) ou qui ne sont pas
encore tout à fait prêts. Le Nicolas David a franchi le premier lécluse du bassin
Duquesne. Il était suivi du Saint-Liévin et du Chrispierre-Dauphin. Les premières
coquilles de la saison devraient revenir à Dieppe aujourdhui. Les pêches
séchelonneront jusquau 15 mai 2000. Avec cette année une nouveauté : un
label «fraîcheur du littoral de Haute-Normandie».Une nouveauté
cette année
Une coquille
estampillée «Haute-Normandie»
La démarche qualité est devenue incontournable. Viandes, oeufs, céréales,
etc, les consommateurs sont de plus en plus exigeants sur la provenance et la fraîcheur
des produits. Le poisson ne peut plus échapper à cette règle. Cest pourquoi le
comité régional des pêches a décidé de lancer cette année un label «fraîcheur du
littoral de Haute-Normandie». La coquille sert de précurseur à cette réforme qui
devrait être étendue dans lavenir à dautres poissons.
«Notre objectif est de valoriser la coquille St-Jacques qui est un des
produits phares de notre région. Ceux qui ne suivront pas le mouvement risquent
davoir des difficultés à vendre» estime Jacques Boucher, secrétaire du
comité. «Nous apportons notre soutien total à cette opération qui représente un
plus pour le port de Dieppe. Les autres régions ont également entamé les mêmes
démarches. Ce serait dommage de rester passifs» confirme Donald Lefaux, le
responsable du service des pêches.
Une démarche volontaire et
globale
Ladhésion au label «fraîcheur du littoral de
Haute-Normandie» nest pas volontaire. Elle seffectue sur la base du
volontariat. Mais le pêcheur qui la signe sengage à respecter un cahier des
charges précis et rigoureux. Pour être estampillées, les coquilles doivent être
pêchées en Manche entre le 1er octobre et le 15 mai. Dune taille supérieure ou
égale à 11cm, elles sont triées et nettoyées. Traitées dans les meilleures conditions
dhygiène et de fraîcheur, elles seront mises en vente au maximum 24 heures après
leur pêche. Enfin elles sont conditionnées en bourriches, à plat, valves plates sur le
dessus pour une conservation optimale.
La démarche qualité ne sarrête pas aux pêcheurs. Elle concerne tous
les acteurs de la filière. Tout est fait pour suivre la «traçabilité» du produit. A
la criée, les caisses «fraîcheur du littoral de Haute-Normandie» sont identifiées
avant dêtre vendues aux enchères. Les mareyeurs qui achètent les coquilles des
bateaux adhérents, sengagent à leur tour à respecter le «cahier des charges».
Ils traitent et expédient le produit le jour même. Chaque emballage est doté une
étiquette à numéro unique. A son tour, enfin, le poissonnier indentifie la coquille de
Haute-Normandie et la vend le jour même sous la marque du label. De la mer à
létal en 48h maximum. «Notre service qualité fera des contrôles et nous
ferons également appel à un organisme indépendant qui pourra oeuvrer de façon
inopinée» souligne Jacques Boucher.
Pour les producteurs, ladhésion à la démarche représente de nouvelles
contraintes. Mais ces dernières se transformeront petit à petit en avantage. Cest
du moins lavis de Donald Lefaux. «La campagne sappuie sur un support de
communication de qualité. La démarche sensibilise le consommateur sur la garantie que
lui offre la région» souligne le directeur du service des pêches. On peut espérer
que la coquille de Haute-Normandie profite vite de cette quête de reconnaissance.
Trois bateaux nont pas pu partir
Le coup de «gueule»
symbolique des pêcheurs
Lundi soir, pendant que beaucoup de leurs collègues
prenaient le chemin du retour, trois bateaux nétaient toujours pas partis. Le Fernakie,
le Titfrère et le Tit Germain sont restés bloqués au
port. Leur permis de navigation na pas été accordé. La stabilité na pas
été contrôlée. Et la prochaine commission de sécurité ne se réunit pas avant la fin
du mois de novembre. Un coup dur pour les armateurs et les marins bloqués sur le quai.
Ces derniers ont protesté. Le Fernakie et le Tit Frère ont donc
bloqué pendant une heure lentrée du chenal, hier vers 18 h 45. Un action qui
na pas gêné le trafic. Il sagissait juste dexprimer ses doléances.
Le Tit Frère par exemple a réalisé de nombreux travaux pour
mettre son embarcation aux normes. Surtout au niveau de la coque. Mais cela ne suffit pas
pour la commission de sécurité. Pour le propriétaire Bruno Hautemanière, cest la
catastrophe. Il doit payer ses fournisseurs et ne sattendait pas à une telle
situation : son bateau servait pour la coquille depuis sept ans. Prévenu trois jours
avant la date de louverture, il est coincé. Si une solution nest pas
trouvée, il risque de suspendre son activité.
Patrick Leroy, propriétaire du Fernakie a lui aussi de quoi être très
mécontent. Il venait dacheter le bateau qui à Boulogne navait connu aucun
problème dautorisation. Du coup, en plus de son permis coquille, il a perdu son
permis chalut. Il ne peut profiter de son investissement; le manque à gagner va être
conséquent.
Et il ne faut pas oublier les marins privés dune partie de la campagne de
pêche et qui ne peuvent plus trouver un autre navire. Les trois équipages seront
sûrement placés en chômage technique. Ce qui leur assurera un revenu... mais sûrement
bien moins élevé que celui que leur offre la campagne de la coquille.
Dominique Masson, président du comité régional des pêches, napprécie
pas beaucoup que des collègues soient bloqués à quai. «Plus on en fait, plus on en
demande. Il faut quon arrête de nous taper sur les doigts. A croire que les
Haut-Normands gênent. Nous demandons que les bateaux se voient accorder une dérogation
pour pouvoir naviguer et que les marins fassent leur métier».
En attendant, on voit mal les autorités maritimes laisser partir en mer un
coquillard dont le permis est mis en suspens. |