Journal du 5 octobre 1999

Coquilles
Les premières attendues aujourd'hui

L’ouverture de la coquille a été programmée par les autorités maritimes lundi à 0h00 (voir notre édition de vendredi). Les premiers bateaux ont donc quitté le port dimanche vers 18h. Mais tous ne sont pas partis. Les conditions météorologiques incertaines ont poussé certains marins à différer leur départ au lundi matin. Seuls sont restés à quai les navires qui ne possèdent pas toutes les autorisations (le Fernakie par exemple) ou qui ne sont pas encore tout à fait prêts. Le Nicolas David a franchi le premier l’écluse du bassin Duquesne. Il était suivi du Saint-Liévin et du Chrispierre-Dauphin. Les premières coquilles de la saison devraient revenir à Dieppe aujourd’hui. Les pêches s’échelonneront jusqu’au 15 mai 2000. Avec cette année une nouveauté : un label «fraîcheur du littoral de Haute-Normandie».

Une nouveauté cette année

Une coquille estampillée «Haute-Normandie»

La démarche qualité est devenue incontournable. Viandes, oeufs, céréales, etc, les consommateurs sont de plus en plus exigeants sur la provenance et la fraîcheur des produits. Le poisson ne peut plus échapper à cette règle. C’est pourquoi le comité régional des pêches a décidé de lancer cette année un label «fraîcheur du littoral de Haute-Normandie». La coquille sert de précurseur à cette réforme qui devrait être étendue dans l’avenir à d’autres poissons.

«Notre objectif est de valoriser la coquille St-Jacques qui est un des produits phares de notre région. Ceux qui ne suivront pas le mouvement risquent d’avoir des difficultés à vendre» estime Jacques Boucher, secrétaire du comité. «Nous apportons notre soutien total à cette opération qui représente un plus pour le port de Dieppe. Les autres régions ont également entamé les mêmes démarches. Ce serait dommage de rester passifs» confirme Donald Lefaux, le responsable du service des pêches.

Une démarche volontaire et globale

L’adhésion au label «fraîcheur du littoral de Haute-Normandie» n’est pas volontaire. Elle s’effectue sur la base du volontariat. Mais le pêcheur qui la signe s’engage à respecter un cahier des charges précis et rigoureux. Pour être estampillées, les coquilles doivent être pêchées en Manche entre le 1er octobre et le 15 mai. D’une taille supérieure ou égale à 11cm, elles sont triées et nettoyées. Traitées dans les meilleures conditions d’hygiène et de fraîcheur, elles seront mises en vente au maximum 24 heures après leur pêche. Enfin elles sont conditionnées en bourriches, à plat, valves plates sur le dessus pour une conservation optimale.

La démarche qualité ne s’arrête pas aux pêcheurs. Elle concerne tous les acteurs de la filière. Tout est fait pour suivre la «traçabilité» du produit. A la criée, les caisses «fraîcheur du littoral de Haute-Normandie» sont identifiées avant d’être vendues aux enchères. Les mareyeurs qui achètent les coquilles des bateaux adhérents, s’engagent à leur tour à respecter le «cahier des charges». Ils traitent et expédient le produit le jour même. Chaque emballage est doté une étiquette à numéro unique. A son tour, enfin, le poissonnier indentifie la coquille de Haute-Normandie et la vend le jour même sous la marque du label. De la mer à l’étal en 48h maximum. «Notre service qualité fera des contrôles et nous ferons également appel à un organisme indépendant qui pourra oeuvrer de façon inopinée» souligne Jacques Boucher.

Pour les producteurs, l’adhésion à la démarche représente de nouvelles contraintes. Mais ces dernières se transformeront petit à petit en avantage. C’est du moins l’avis de Donald Lefaux. «La campagne s’appuie sur un support de communication de qualité. La démarche sensibilise le consommateur sur la garantie que lui offre la région» souligne le directeur du service des pêches. On peut espérer que la coquille de Haute-Normandie profite vite de cette quête de reconnaissance.

Trois bateaux n’ont pas pu partir

Le coup de «gueule» symbolique des pêcheurs

Lundi soir, pendant que beaucoup de leurs collègues prenaient le chemin du retour, trois bateaux n’étaient toujours pas partis. Le Fernakie, le Tit’frère et le Tit’ Germain sont restés bloqués au port. Leur permis de navigation n’a pas été accordé. La stabilité n’a pas été contrôlée. Et la prochaine commission de sécurité ne se réunit pas avant la fin du mois de novembre. Un coup dur pour les armateurs et les marins bloqués sur le quai. Ces derniers ont protesté. Le Fernakie et le Tit’ Frère ont donc bloqué pendant une heure l’entrée du chenal, hier vers 18 h 45. Un action qui n’a pas gêné le trafic. Il s’agissait juste d’exprimer ses doléances.

Le Tit’ Frère par exemple a réalisé de nombreux travaux pour mettre son embarcation aux normes. Surtout au niveau de la coque. Mais cela ne suffit pas pour la commission de sécurité. Pour le propriétaire Bruno Hautemanière, c’est la catastrophe. Il doit payer ses fournisseurs et ne s’attendait pas à une telle situation : son bateau servait pour la coquille depuis sept ans. Prévenu trois jours avant la date de l’ouverture, il est coincé. Si une solution n’est pas trouvée, il risque de suspendre son activité.

Patrick Leroy, propriétaire du Fernakie a lui aussi de quoi être très mécontent. Il venait d’acheter le bateau qui à Boulogne n’avait connu aucun problème d’autorisation. Du coup, en plus de son permis coquille, il a perdu son permis chalut. Il ne peut profiter de son investissement; le manque à gagner va être conséquent.

Et il ne faut pas oublier les marins privés d’une partie de la campagne de pêche et qui ne peuvent plus trouver un autre navire. Les trois équipages seront sûrement placés en chômage technique. Ce qui leur assurera un revenu... mais sûrement bien moins élevé que celui que leur offre la campagne de la coquille.

Dominique Masson, président du comité régional des pêches, n’apprécie pas beaucoup que des collègues soient bloqués à quai. «Plus on en fait, plus on en demande. Il faut qu’on arrête de nous taper sur les doigts. A croire que les Haut-Normands gênent. Nous demandons que les bateaux se voient accorder une dérogation pour pouvoir naviguer et que les marins fassent leur métier».

En attendant, on voit mal les autorités maritimes laisser partir en mer un coquillard dont le permis est mis en suspens.


Archives 1998   Archives 1999  recherche    accueil