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Journal du 17 novembre 1998 Le Camisard sombre au large des côtes anglaises Vendredi matin vers 7 h, le Camisard, un des chalutiers de Dieppe les plus performants, a coulé au large de Douvres. Un accident que le patron armateur Alain Freullet explique par la probable présence dun câble sous-marin. Indemnes, les sept membres déquipage ont pu regagner Dieppe dans la soirée. Avec un tempérament inaltéré, le patron dieppois envisage de reconstruire un bateau neuf. Il ne faisait pas mauvais temps, à cet endroit-là, nous étions à labri des côtes anglaises. Il restait juste une petite houle dun grain de la veille, mais rien à côté de ce quon a vécu ces dernières semaines.» Ses enfants et son épouse réunis autour de lui, Alain Freullet, malgré la fatigue de lépreuve quil vient de vivre, ne perd pas son optimisme. «On est tous là, cest le principal.» Le naufrage de son chalutier, le Camisard, Alain Freullet la pris comme un élément naturel des risques de son métier. Un des plus éprouvants et parfois, des plus injustes qui soit.
«Il nous restait une demi-heure de traîne à faire, explique-t-il, dun seul coup, les câbles du chalut ont arrêté de filer.» Le Camisard se trouve alors le long du banc de Falls, à une quinzaine de milles nautiques de Douvres. «Ce nest pas la première fois quon croche, même dans des gros temps, ça na jamais fait ça. Ce doit être un câble dans le fond, que je ne connaissais pas. A cet endroit, il ny a pas de carcasse.» Malgré les manoeuvres immédiates de léquipage très expérimenté, le bateau a vite pris de la gîte, embarquant beaucoup deau. Le patron bloqué Sans tenter limpossible, Alain Freullet donne lordre à ses matelots de mettre les bombards à leau. Les canots de sauvetage qui allaient permettre à léquipage de sen sortir sain et sauf. Tandis que le mécanicien Stéphane Delval expédie un SOS et donne la position du chalutier, les autres hommes se glissent à bord des canots. Mais tout va très vite, le bateau lève le nez. Et Alain Freullet, le patron, se retrouve à lintérieur de la cabine, incapable de sortir de seul. «Le bateau levé comme ça, cest comme si javais dû grimper un mur pour atteindre la porte de sortie. Cest mon second, Jean-Paul Pérez, et un autre matelot, René Clapisson, qui mont sorti.»Pendant ce temps, le Cross (centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage) Gris-Nez répercute le SOS. Un chalutier, un cargo roulier et un car-ferry se déroutent pour porter secours aux naufragés. «Une-demi-heure plus tard, le bateau sest enfoncé. Il a fait comme le Titanic, il est remonté et il a coulé tout droit.» En une demi-heure,(1) tout était joué. «Les gars ont été formidables, souligne Alain Freullet, tout le monde sest bien comporté, même le petit mousse de lécole de Fécamp, Thomas. Il avait appris des techniques de survie.» Thomas Pasquier, âgé de 16 ans et demi, en seconde année de formation de CAP de matelot au lycée maritime de Fécamp, se souviendra sûrement longtemps de son stage.Mais heureusement, tout léquipage (les matelots Guy Anger et Christian Desjardins en plus de ceux déjà cités, tous de la région dieppoise à lexception du mécanicien, un Boulonnais) était récupéré rapidement par le cargo roulier. Les sept hommes, après avoir subi des examens médicaux en Grande-Bretagne à lhôpital de Canterbury dans le Kent, ont été rapatriés à Calai, et ont rejoint Dieppe dans la soirée. Reconstruction «Pour les gars, cest pas marrant, ajoute Alain Freullet, il va falloir quils retrouvent du boulot, en attendant...» En attendant quil fasse reconstruire un bateau neuf. Parce quà peine remis de ses émotions, le patron armateur sait bien quil ne doit pas rester les deux pieds dans le même sabot. Il a encore quelques années avant la retraite. Et il a déjà prouvé quil était un excellent marin, battant et expérimenté. Avec un équipage permanent de huit hommes travaillant à tour de rôle pour respecter les repos et vacances, le Camisard était une valeur sûre. «La semaine dernière, on avait pêché trente tonnes. Avec des quantités pareilles, on doit vendre à Boulogne. A Dieppe, les marchés ne peuvent pas tout écouler.» Lancé en 1987, le chalutier de presque 24 mètres avait succédé au Père Camisard. «Il nétait plus assez gros, cest pour ça que javais fait construire celui-là.» Agé de 49 ans, Alain Freullet navigue depuis 34 ans. En 1964, il embarquait à lâge de 15 ans sur les sillages de son père et de son oncle, tous deux patrons pour de petits armateurs. Il prend son premier commandement à lâge de 22 ans. «Ensuite, avec les coopératives, cétait plus facile pour construire des bateaux. Aujourdhui, on na quasiment pas daide. Le conseil général et la Région naident pas beaucoup, comparé à dautres départements de France. Les banquiers devraient me suivre. Mais si ce nest pas possible, il faudra que je mexpatrie à Boulogne. Ce serait dommage, mon père, mon grand-père, mon arrière grand-père étaient des Dieppois.» Dun signe de tête, il désigne son fils aîné, âgé de 15 ans. «Il a envie de reprendre le métier, il faudra bien que je laide.» Pour le moment, la famille profite des retrouvailles. Mme Freullet soigne son petit monde. Pendant une demi-heure vendredi, elle a cru au pire. Un coup de fil lavait alertée du naufrage, prévenant que trois hommes seulement avaient été sauvés. Eric Sénécal (1)Conditions de naufrage qui font penser à celui subi il y a quelques semaines par léquipage du Ma Monette, un coquillard dieppois. nos archives recherche accueil |
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