Journal du 15 décembre 1998

L'assemblée s'engage dans le maintien de la liaison Dieppe - Newhaven
Le conseil général parie sur un retour à l'équilibre dès 2001

La ligne Dieppe/Newhaven est rentable, il faut la pérenniser. Le conseil général engage la procédure d’urgence pour lancer une étude approfondie sur les conditions juridiques, financières et techniques pour la reprise de la liaison. Il conforte sa volonté de s’impliquer dans le maintien de ce lien transmanche, estimant possible un retour à l’équilibre dès 2001 à condition de prendre différentes mesures. C’est la bonne nouvelle qui ressort de la session de l’assemblée départementale, hier après-midi.

Durant une heure, les conseillers généraux ont discuté à partir du rapport sur la «situation de la ligne transmanche Dieppe/Newhaven» établi à la demande du président Charles Revet et lu par Alfred Trassy-Paillogues, président de la commission des Affaires économiques.

A un moment où la lassitude gagne le personnel de P &O/Stena Line, où une décision émanant de l’armement clarifierait la situation, cet engagement unanime du conseil général redonnera du baume au coeur non seulement aux marins et aux sédentaires, mais à tous ceux qui se mobilisent depuis plusieurs semaines pour «sauver la Ligne».

Rien n’est gagné, mais on peut effectivement penser que, avec P & O ou un autre armement, la liaison Dieppe/Newhaven survivra à l’actuelle tourmente. D’autant que, on le sait, le conseil régional lui aussi doit prendre sa part dans l’étude menée sur l’avenir du transmanche, Alain Le Vern, son président, l’a confirmé lundi dernier lors du meeting salle Paul Eluard.

Quel serait, sera, le montant de cet engagement financier? Est-il légal en regard des directives européennes? On peut penser que le conseil général et son président y ont réfléchi avant de proposer ce rapport hier. Il faudra désormais attendre la conclusion de l’étude affinée décidée hier pour en savoir davantage. Mais c’est donc tout le département, en attendant que ce soit toute la région, qui se bat avec Dieppe pour garder la Ligne.

Les actions marketing gelées

Le rapport présenté et adopté hier fait suite à la promesse faite par Charles Revet le 23 novembre d’apporter des éléments nouveaux lors de la session de décembre.

Le rapport rappelle que la reprise par Stena-Line en 1992 s’est effectuée sans l’intervention de fonds publics Il évoque la fusion avec P& 0 annoncée en octobre 1996 et seulement officialisée en mars 1998: «Le retard pris dans la réalisation de cette fusion finalement acceptée par la commission européenne a eu pour conséquence de geler les actions marketing d’août 96 à août 98...»

Le rapport évoque ensuite l’impact économique que représente cette liaison, les emplois directs et indirects générés, les dépenses des touristes britanniques et les causes de la chute de fréquentation actuelle: ouverture du tunnel, capacité insuffisante et manque de fiabilité de la flotte entre Dieppe et Newhaven, quasi absence de promotion, service inadapté aux attentes de la clientèle...

Des solutions

Et on en arrive à l’essentiel.

«En fait, compte-tenu de ces éléments qui ne paraissent pas irréversibles, une première approche effectuée par le cabinet Arthur Andersen propose comme hypothèse sérieuse un retour à l’équilibre dès 2001 sous réserve du respect de certaines conditions:

MODIFICATION DES TARIFS

Il paraît utile d’envisager comme l’ont fait les concurrents de la ligne une augmentation tarifaire pour 1999. Pour les années 2000 et 2001 un retour à la stabilité des prix pourrait être préconisé

EVOLUTION DU VOLUME D’ACTIVITE

Grâce à une campagne promotionnelle importante dès 1999, de meilleurs horaires, une fiabilité et une qualité de service accrues, 200.000 nouveaux passagers supplémentaires pourraient être reconquis en deux ans. Au niveau du frêt, grâce à la mise en service de nouvelles capacités, le niveau de 1996 pourrait être de nouveau atteint en 1999.

MISE A DISPOSITION D’UNE NOUVELLE FLOTTE

Dans l’objectif d’offrir un rythme de rotation satisfaisant pour la clientèle, la constitution d’une flotte avec trois navires (un car-ferry mixte, un navire rapide et un freighter) devrait être retenue, le coût d’achat de ces navires s’élevant respectivement à 150 millions de francs, 200 millions de francs et le coût d’affretage pour le freighter à 492.000f par an.

Ces différentes mesures intègrent la disparition des boutiques duty-free, cette éventualité étant la plus pénalisante si elle se confirmait. En effet, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Irlande, l’Espagne et le Royaume-Uni ont demandé un report de la supression des boutiques hors taxes dans les aéroports et dans les ferries. Cette demande a, de surcroît, été réitérée lors du dernier sommet franco-britannique.

Compte-tenu de ce qui précède et à partir du volume d’activité suivant:

-1999: frêt 40.000 passages; 690.000 touristes; 138.000 voitures
-2000: frêt 44.000 passages; 760.000 touristes; 152.000 voitures
-2001: frêt 47.000 passages; 820.000 touristes; 164.000 voitures

le chiffre d’affaires annuel serait de l’ordre de 233 millions de francs en 1999, de 267 millions de francs en 2000 et de 293 millions de francs en 2001.

En conclusion,

-Considérant les conséquences économiques que représenterait la supression de la Ligne;
-Considérant les investissements extrêmement importants effectués par le conseil général sur le port de Dieppe (il a participé indirectement au Transmanche grâce aux subventions consenties à la Chambre de commerce et d’industrie de Dieppe pour l’aménagement du port: avant-port, passerelle roll on-roll off et construction de la gare maritime);
-Considérant les perspectives ouvertes permettant à terme de 3 ans de retrouver un équilibre financier:
Le conseil général confirme sa volonté de s’impliquer totalement dans le maintien de la ligne transmanche et autorise son président à lancer une étude complémentaire à la première analyse, permettant d’affiner les conditions notamment juridiques, financières et techniques de reprise de la ligne en proposant différentes hypothèses».


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