Journal du 16 novembre 1999

Liaison fret Dieppe - Newhaven
Vivement demain

Mercredi matin, le directeur du management de Seatruck rencontrera à Dieppe les délégués de l’ITF, (la fédération internationale des transports) en l’occurrence des représentants des marins FO, de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe et de la municipalité au quartier des Affaires maritimes à Dieppe. Au centre de cette réunion : le dossier de la liaison fret entre Dieppe et Newhaven, toujours bloqué. «Attention, il s’agit d’une réunion simplement destinée aux uns et aux autres à se retrouver pour confronter leurs points de vue», insiste Eric Mévellec, le chef de quartier. Il faut cependant espérer que l’on dépasse ce stade dans l’intérêt de cette liaison qui, autrement, pourrait avorter avant même d’avoir vu le jour.

Le coup de gueule des transporteurs dieppois il y a quelques jours (lire Les Infos de vendredi dernier) aura eu le mérite de relancer le débat. Ils s’inquiètent de cette absence de liaison fret qui dure depuis fin janvier. Et, on le sait, ils redoutent des délocalisations ou des fermetures d’agences à Dieppe. Trois cents emplois sont en jeu.

Ce groupement des transporteurs a rencontré vendredi Christian Cuvilliez pour lui exprimer ses doléances et ses craintes. «J’ai aussitôt écrit au préfet pour l’alerter», précise le député-maire. «Je souhaite avec eux que les pouvoirs publics usent de leur autorité pour créer les conditions d’un fonctionnement normal de la liaison prévue avec l’opérateur britannique d’un navire roulier, le Landi».

Le hasard fait quand même parfois bien les choses. «J’ai rencontré le représentant local de Seatruck et il m’a annoncé la visite ce mercredi à Dieppe de Kevin Hobbs, directeur du management de Seatruck. J’ai aussi eu l’occasion de m’entretenir avec les représentants des marins FO de l’ITF. J’ai proposé aux uns et aux autres de se retrouver dans mes locaux. Il faut avant tout que les différentes parties se parlent et que l’on dédramatise l’affaire», commente Eric Mévellec.

Pavillon chypriote, équipage allemand et estonien

Une affaire à la fois simple et compliquée. Pour assurer cette liaison entre Dieppe et Newhaven, Seatruck a passé un accord tant avec la CCID qu’avec les autorités de Newhaven. Mais cette société, qui assure déjà une liaison fret entre la Grande-Bretagne et l’ Irlande, avait besoin d’affréter un bateau. Or les cargos correspondant aux besoins de l’opérateur (vitesse supérieure à 18 noeuds, longueur et tirant d’eau compatibles avec les possibilités offertes tant à Dieppe qu’à Newhaven, possibilité de recevoir plusieurs dizaines de véhicules dont des remorques accompagnées avec des cabines pour les chauffeurs) ne courent pas les mers.

Seatruck en a découvert un seul, actuellement disponible : le Landi. Seulement il navigue sous pavillon chypriote avec un état-major allemand et un équipage estonien. L’ITF n’apprécie guère une telle composition pour assurer une liaison franco-britannique.

Or le propriétaire du navire ne paraît pas décidé à changer d’équipage. Seatruck hésite donc à s’embarquer dans l’aventure si la société n’a pas les garanties que le cargo ne sera pas bloqué par les marins de l’ITF dès sa première touchée en France.

On en est là mais on ne peut en rester là. En effet, Seatruck risque fort de se lasser et d’aller assurer une autre liaison avec le Landi. Ce qui ne ferait pas les affaires de l’agglomération dieppoise car la CCID a déjà eu bien du mal à trouver un opérateur.

Il faut donc convaincre l’ITF que si, effectivement, des emplois de marins échappent aux Français, en revanche on sauve des emplois français notamment dans le monde du transport et on en crée même une vingtaine (des agents des services généraux pour assurer la gestion de la desserte) à terre. Des arguments qui devraient peser.

En tout état de cause, c’est Seatruck qui prendra la décision d’ouvrir ou non la ligne. En attendant le Landi reste à quai à Kiel en Allemagne. S’il vient enfin à Dieppe, les Affaires maritimes examineront alors si, en matière de sécurité, toutes les règles sont bien observées. Ensuite la liasion fret pourrait débuter.

Mais pour espérer atteindre ce but, il faut au préalable que le syndicat des marins et Seatruck se rencontrent. D’où l’intérêt de la réunion de demain.

D. L.


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