Journal du 19 novembre 1999

Comité de soutien à Jean-Paul Lalitte
"Il ne s'est pas enrichi
à la chambre de commerce"

Annie Lalitte n’est pas dupe. «Je sais ce qui se dit à Dieppe. Mon mari est l’objet d’envies. Mais il n’est pas riche, il ne s’est pas enrichi à la CCI.» «Il se prépare au pire, à une longue détention, complète Juliette Lalitte, sa fille, et il ne comprend toujours pas. Il va entamer sa 6e semaine de prison. Il a été mis au «cachot» pour permettre à l’enquête de se poursuivre sans qu’il puisse communiquer avec qui que ce soit, et il ne se passe rien.» «C’est une partie de l’horreur de la situation, on ne sait rien», ajoute Annie Lalitte, dépitée.

Hier après-midi, dans une salle de l’hôtel La Présidence à Dieppe, le comité de soutien à Jean-Paul Lalitte, incarcéré depuis le 15 octobre à l’issue de sa garde-à-vue, a tenu une conférence de presse pour «communiquer» quelques éléments susceptibles selon ses membres d’informer au mieux l’opinion. Pour contrer les rumeurs, la famille Lalitte, entourée d’Alain Lefebvre, co-président du comité avec Juliette Lalitte, de Dominique Lemiegre, avocat du prévenu, a provoqué l’établissement d’un «rapport avec justificatifs à l’appui des éléments essentiels du patrimoine des époux Lalitte pendant la période de présidence à la CCID de Jean-Paul Lalitte du 1er janvier 86 au 31 décembre 98.»

L’agenda

«En 13 ans consacrés à défendre Dieppe et à travailler pour les autres, lança d’un ton sévère Alain Lefebvre, leur patrimoine a, en francs constants, baissé de 4, 17 %, voire même de 21, 52 % sous réserve de justificatifs. Sans compter les incidences de ce travail sur sa vie de famille et sa santé.» Le président du comité insistait de surcroît - en fournissant un agenda des activités de Jean-Paul Lalitte au jour le jour pendant ces années - sur les mandats qu’il assuma, «destinés à soutenir les investissements à réaliser pour sauver Dieppe», à l’Union des Ports Autonomes et des Chambres de Commerce et d’Industrie Maritimes, au Conseil National des Communautés Portuaires, à l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie, à la Chambre Régionale. «Son emploi du temps, insiste Alain Lefebvre, est parfaitement incompatible avec la thèse d’une omniprésence et d’une omnipotence... Il relève simplement son hyperactivité au service des autres.»

Activité que Me Dominique Lemiegre étayait à son tour avec un état du patrimoine de la concession CCI pendant la même période. «Le montant des investissements de la seule concession portuaire revenant à terme dans l’escarcelle de l’Etat s’est élevé à plus de 483 MF... En 13 ans, 37 MF de francs d’investissements en moyenne sont venus chaque année augmenter le seul service budgétaire du port qui comprend la concession portuaire... Ces chiffres sont donnés pour lever toute suspicion éventuelle, quasi automatique dès lors qu’une personne est inculpée et de surcroît incarcérée.»

L'exception

Dominique Lemiegre voulait enfoncer ce clou avec le rapport général du sénateur Massion relatif aux ports maritimes et évoquant «l’exception Dieppe» parmi les autres ports d’intérêt national, exception de renouveau tenant d’évidence, pour l’avocat, à l’abnégation du mis en examen.

Mais l’avocat se fit solennel en prenant l’exemple de l’affaire de son client dans le cadre plus général du fonctionnement de la justice, et du rôle des juges d’instruction, évitant de prendre à partie le seul juge dieppois à l’origine de la détention provisoire de Jean-Paul Lalitte. «Son emploi du temps ne lui permet de recevoir la défense que dans huit semaines. C’est qu’un juge d’instruction joue à la fois les rôles d’instructeur à charge, d’instructeur à décharge et de magistrat du siège, fonctions incompatibles entre elles.» La présomption d’innocence et le secret de l’instruction n’ont plus, pour Me Lemiègre, qu’un «effet boomerang et pervers qui se retourne contre la personne protégée.»

Personne protégée, en l’occurence Jean-Paul Lalitte, «qui tient grâce aux nombreux soutiens qu’il reçoit chaque jour, souligne sa fille, Juliette, 1.100 personnes sont signataires de la pétition. Les courriers arrivent en masse, les lettres, des dessins, des poèmes...» Et la jeune femme de citer la carte enfantine d’un petit chat suspendu du bout des griffes à une branche, avec au dos ce seul message : «Accroche-toi»

«Tout ceci est l’oxygène qui lui permet de tenir. L’opinion publique est manifestement choquée par cette détention.»

E.S


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