| «Jean-Paul Lalitte est en pleine
forme, décidé à se battre. Mais il est écoeuré...» Me Dominique Lemiegre, son
avocat, sest rendu dès samedi après-midi à la maison darrêt de Rouen où
lancien président de la Chambre de commerce et dindustrie de Dieppe venait de
passer sa première nuit. .../...
Laudition de Jean-Paul Lalitte succédait à dautres auditions
programmées en début de semaine dernière, toutes les personnes ayant pu regagner
ensuite leur domicile. Lex-président de la CCID de Dieppe a été placé en garde
à vue mercredi matin à 9h et emmené dans les locaux de la PJ à Rouen. Son avocat, Me
Dominique Lemiegre, a pu, comme le prévoit la loi, le rencontrer pendant une demi-heure
au bout de la vingtième heure, cest à dire jeudi à 5 heures du matin. Puis
lavocat dieppois a appris que la garde à vue était prolongée de vingt-quatre
heures. Et vendredi matin il a été prévenu que son client était ramené au Palais de
Justice de Dieppe pour être déféré au Parquet, à lorigine de lenquête
préliminaire.
«Jean-Paul Lalitte est arrivé fatigué et abattu», commente Me
Dominique Lemiegre. «Mais il a repris confiance. Jai pu avoir accès au dossier.
Il était 9 h 45. Le lire même en le survolant ma pris jusquà plus de midi».
Lavocat a alors pu constater que, comme cétait prévisible, le rapport de
lInspection Générale des Finances servait bien de fil conducteur à
lenquête de la PJ.
A partir de 13 heures on a franchi une étape avec cette mise en examen pour
prise illégale dintérêt et favoritisme portant sur différents marchés qui vont
être épluchés un à un par les enquêteurs. Cependant, Jean-Paul Lalitte a accepté non
pas de répondre succintement comme il en avait le droit, mais de fournir des explications
détaillées. Ce qui explique la longueur de laudition dans le bureau du juge
dinstruction.
Empêcher toute pression
Ensuite M. Imard a fait venir Mme Lamy, procureur de la
République, pour connaître les raisons de la demande dincarcération. En
loccurence: empêcher toute pression sur des témoins ou sur des personnes pouvant
être entendues ultérieurement. Doù un débat contradictoire, lavocat de
Jean-Paul Lalitte, naturellement, tentant de démonter point par point
largumentation de la représentante du Ministère public et suggérant une remise en
liberté sous contrôle judiciaire.
Mais cest le juige dinstruction qui prend seul la décision de
délivrer ou non un mandat de dépôt. Et il sest retiré pendant une demi-heure,
jaugeant le pour et le contre.
A 18 h 30, vendredi, cette phase était achevée: M. Imard avait annoncé à
Jean-Paul Lalitte sa mise en détention. Mme Lamy quittait alors le Palais de Justice,
suivie quelques minutes plus tard des conseils du prévenu.
«Lorsque le juge dinstruction a annoncé la mise en détention,
Jean-Paul Lalitte est resté très digne», note Me Lemiegre. Son client a donc été
emmené par les policiers de la PJ jusquà la prison Bonne Nouvelle. «Jai
obtenu un permis de visite pour aller le voir à tout moment, et mes collaborateurs et
moi-même ny manquerons pas» ajoute-t-il, «car il ne faut pas quil se
sente isolé».
Dès samedi après-midi, Me Lemiegre se rendait à Rouen. Et déjà il prépare
une demande de mise en liberté auprès de la Chambre daccusation.
CE QUIL RISQUE
Jean-Paul Lalitte est donc mis en examen pour prise illégale dinterêt et
pour favoritisme. La prise illégale dintérêt a été prévue par le code de
procédure pénal (article 432-12) de 1994. Elle succède au délit dingérence. La
peine nest pas la même: elle est passée de 2 ans à 5 ans de prison et
saccompagne dune amende de 500.000 francs. Son assiette a été élargie et
concerne des personnes ayant passé marché avec une société où elle a des intérêts,
même indirects.
Le délit de favoritisme est puni dune peine de 2 ans de prison et
dune amende de 200.000 f. Il est prévu à larticle 432-14 du nouveau code. Il
concerne les personnes qui, à la tête dun organisme, procurent à dautres
des avantages injustifiés même si elles nen tirent aucun avantage.
Lire aussi :
Journal du 15 octobre 1999
La police enquête sur la CCID
Journal du 9 février 1999
Evelyne Duhamel succède à Jean-Paul Lalitte à la
tête de la CCID
Dieppoise, et fière de
l'être
Journal du 12 janvier 1999
CCID : la démission de
Jean-Paul Lalitte
"Ma succession
est bien préparée" |