Journal du 18 septembre 1998

Interceptées au terminal ferry, elles demandent l’asile politique
QUI PEUT HÉBERGER DES FAMILLES DE KOSSOVARS ?

Le 31 juillet, treize Kurdes étaient interceptés à Dieppe, cherchant à s’embarquer pour Newhaven. Amenés -contre finances - par un passeur, ils avaient été finalement recueillis par Information Solidarité Réfugiés puis, une fois leur situation provisoirement régularisée, ils ont disparu dans la nature. Sont-ils toujours en France? Le docteur Eric Schando ne le sait pas. Mais il vient d’être saisi pour un nouveau drame humanitaire. Cette fois il s’agit de onze Kossovars. Qui, eux aussi, tentaient de gagner la Grande-Bretagne.

Ils ont fui leur pays de peur des Serbes. Dans des conditions extrêmement pénibles. "D’après ce que j’ai pu comprendre, par l’intermédiaire d’une amie Croate car ils ne parlent pas français, ils sont partis à vingt dans un camion de Pej, une cité du Kossovo albanais". A trois mille dollars par famille, le passeur a fait une bonne affaire! Pour trouver une telle somme, les exilés ont tout vendu : biens, maison et ont reçu une aide de leur famille le plus souvent.

Franchissant apparemment sans trop de problèmes les frontières, le véhicule et son chargement (on n’ose pas écrire ses passagers vu les conditions) sont arrivés à Paris après dix jours de voyage. Dans la capitale, un Albanais prend le relais et assure aux trois familles qui lui sont confiées pouvoir les mener en Grande-Bretagne via Dieppe.

Et voilà un couple et ses trois enfants, un couple et ses deux enfants et un jeune couple sans enfant (des enfants de 1 à 6 ans), harassés, sans vêtements de rechange, longeant le terminal. vendredi vers 3 heures du matin. Et pour pénétrer dans l’enceinte, le guide leur conseille de passer par dessus les grilles... Autant dire qu’ils étaient sûrs de se faire repérer. Ce qui n’a pas manqué : arrivés du côté du chantier des graves de mer ils cherchaient à entrer clandestinement

En franchissant une barrière. Ils n’avaient ni papiers ni argent sur eux et ne parlaient pas français. Seule certitude pour les policiers de la Dicilec, l’ex Police de l’Air et des Frontières : ils sont en situation irrégulière. La justice est donc prévenue puis la sous-préfecture auprès de laquelle les Kossovars font une demande d’asile politique.

Des aides mais dans deux mois

Mais le plus urgent c’est de s’occuper d’eux car ils n’ont rien pour subvenir à leurs besoins et ils sont physiquement très affaiblis. "J’ai été alerté, raconte Eric Schando car il leur fallait déjà dans un premier temps des couvertures pour qu’ils puissent dormir : les enfants étaient étalés à même le sol. Un médecin a pu venir aussi et des médicaments ont été fournis".

Puis, les trois familles ayant demandé le droit d’asile, elles ont pu, avec l’aide de la sous-préfecture de Dieppe, obtenir rapidement une autorisation - provisoire - de séjour. Elles sont donc désormais libres de partir.

"Partir mais pour aller où? Car il n’existe aucune structure officielle d’accueil", regrette le Dr Schando. Et seules des organisations caritatives - ou des particuliers - peuvent servir de relais. Ce que fait Information Solidarité Service, avec le concours cette fois et pour quelques jours du pasteur Bernard Cornet de la communauté de Caulmont, près de Fécamp. "Seulement, elle reprend son régime hôtellerie à la fin du mois, et nourrir ces trois familles, ça a un coût. ISR a des économies qui vont servir, mais pas suffisamment. Et il nous faut aussi conserver un peu de réserves pour d’autres cas." Car Eric Schando s’attend à d’autres "arrivées" de Kossovars.

Les trois familles bénéficieront dans quelque temps - et temporairement - de droits sociaux (une enveloppe de 2000 francs par le service social d’aide aux immigrants et 1300F par l’ Assedic)."Mais pas avant deux mois", note le Dr Schando. "Alors comment vont-ils vivre en attendant, d’autant qu’il ne faut pas dissocier les familles : les enfants doivent rester avec leurs parents".

Faut-il parler pour autant de "carences et de vide inacceptables" comme le souligne le responsable d’ISR?

Chacun sur un tel sujet peut avoir son opinion. En tout cas, si vous pouvez héberger une de ces familles ou si vous voulez aider ISR, contacter d’urgence le Dr Schando au 8, rue Desmarquets à Dieppe (tél : 02.35.84.52.36).

D.L.


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