Journal du 8 octobre 1999

Aimé Jacquet a passé deux jours au CRJS de Yerville
"La Coupe du Monde,
c'est la victoire des éducateurs"

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Le sélectionneur champion du monde a dédicacé son livre
«Ma vie pour une étoile» aux acteurs du football haut-normand».

Le sélectionneur champion du monde était l’hôte du CRJS (Centre Régional de Jeunesse et Sports) de Yerville lundi soir et mardi toute la journée. La Haute-Normandie du football s’est déplacée en nombre pour saluer Aimé Jacquet et l’interroger sur la coupe du monde 1998, l’équipe de France actuelle ou son nouveau rôle au sein du football français. Disponible et ouvert, Aimé Jacquet n’a fui aucune question. Le Directeur Technique National (DTN) s’est prêté de bonne grâce à de longues séances d’autographes.

Accueilli lundi soir par Bernard Bacourt (président de la Ligue de Haute-Normandie de football et trésorier de la FFF) et Didier Fermé (directeur administratif), Aimé Jacquet a reçu également les honneurs du conseil régional. Le président Alain Le Vern s’était déplacé pour lui souhaiter la bienvenue, avant de vite repartir. Le sélectionneur champion du monde a conversé avec les dirigeants du football régional. Mardi, il retrouvait le terrain. Entouré de nombreux éducateurs, il dialogua avec eux en matinée avant de diriger un entraînement l’après-midi.

A peine arrivé dans le gymnase du CRJS de Yerville dirigé par Laurent Duhamel - par ailleurs arbitre international de football -, Aimé Jacquet remarque tout de suite la qualité des installations. Rapidement, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France est sollicité pour une séance de dédicaces. Eugène Guillemot - qui fête cette année ses 55 ans de football ! - ne manque pas l’occasion : Jacquet signe son livre «Ma vie pour une étoile» en y anotant : «Pour Gégéne et ses petits enfants».

Quelques clubs de la région dieppoise ont été invités à Yerville lundi soir : on relève notamment les présences de Antoine Mahieu (président de l’US Luneray) et de Jean-Claude Leroy (secrétaire de l’ES Arques). Le corps arbitral est présent en nombre avec MM. Michel, Fournier et Cressy. Quant au District des Vallées, il est représenté par le président Pierre Desjardins.

Maire de Yerville, Alfred Trassy-Paillogues interrompt la série d’autographes et lance la soirée : «Aimé Jacquet, lorsque vous étiez venu en mars 1996, nous vous avions demandé loin des micros, entre la poire et le fromage, si vous envisagiez d’intégrer Cantona en équipe de France. Vous nous aviez répondu : il n’en est pas question, je veux un collectif. Vous n’avez jamais changé d’optique et nous avons vu quel fut votre résultat».

M. Bonhomme (directeur de Jeunesse et Sports) note que «Aimé Jacquet nous a fait rêver. Une rencontre comme celle de ce soir permet de mesurer tout le travail en profondeur effectué dans le football, auquel nous sommes très attachés». De son côté, le président Bernard Bacourt s’est dit «heureux de voir réunis tous les membres des comités directeurs de la Ligue et des Districts pour la venue d’Aimé Jacquet. Vous allez ainsi avoir une meilleure vision de la direction technique nationale».

Bernard Bacourt souligne que «Aimé Jacquet lance les plans qui doivent permettre dans les années à venir de faire plus participer le football de masse. Nous devons tous avoir à l’esprit que nous sommes là pour travailler à faire avancer l’ensemble de notre discipline. A l’image de Mustapha Oumechouk qui va nous présenter les actions régionales».

«Lemerre est meilleur que moi !»

Lors de son exposé, le directeur technique régional évoqua les contrats d’ojectifs sur trois axes : «Les centres de perfectionnement, le football à l’école primaire et les classes à horaires aménagés. Nous avons participé à l’action «Un, deux, trois, tous à Mondeville» où 1 000 jeunes furent réunis autour du sport dont 600 sont passés sur le stand football. Sur l’ensemble de la Ligue, ce sont près de 1 500 journées-stagiaires qui ont été dénombrées. Cela a un coût mais c’est essentiel». Côté projets, la formation de cadres reste une priorité absolue.

Après avoir félicité les responsables de la Ligue pour la politique menée sur le football haut-normand, Aimé Jacquet disait «avoir deux casquettes. Celle de sélectionneur champion du monde et celle de DTN. Concernant Roger Lemerre, vous n’avez pas de soucis à vous faire. Son héritage est difficile à porter mais je dirai en forme de boutade : il est meilleur que moi puisqu’il a été major de ma promotion».

Le champion du monde s’est encore dit «heureux de retrouver la base de mon itinéraire. Je suis parti d’une petite région, nichée dans la Loire, dans un petit village, dans un département qui vit bien le foot. J’ai eu la chance d’avoir un grand club comme Saint-Etienne qui m’a permis de faire une belle carrière. Comme j’ai eu beaucoup de chance lors de cette carrière, j’ai souhaité redonner un peu aux autres. Je me lance donc dans ma mission de DTN avec beaucoup d’enthousiasme».

Aimé Jacquet a tout connu dans le football, notamment une période de chômage avant d’intégrer la direction technique nationale : «On ne peut pas avoir oublié qu’un soir de 1993, nous vivions une sale soirée (Ndlr : défaite au Parc des Princes contre la Bulgarie). D’un seul coup, tout le football français était devenu mauvais. Evidemment, c’était faux. Le sport est injuste et, nous, les hommes de terrain, on connaît ces injustices qui font que l’on perd tel match au lieu de le gagner».

«Heureux de parcourir la France»

Dans sa carrière, Aimé Jacquet dit avoir connu «des hauts et des bas. Mais, en tous temps, j’ai conservé la même passion du football. Mon cycle est terminé : j’ai décidé de revenir travailler à la base du football parce que c’est dans ma philosophie. Je pouvais tranquillement partir dans des grands clubs. J’ai préféré repartir de là où je venais. C’est pour cela que je suis heureux de parcourir la France».

Quand il évoque l’Europe, Aimé Jacquet a le poil qui se hérisse : «Nous étions trop bien organisés et l’Europe nous a déstabilisés. Maintenant, il n’y a plus de cadre juridique. Nous devons pourtant garder le cap malgré le pillage organisé par nos voisins étrangers. La force de notre football de masse, c’est ce que vous faites au quotidien sur les terrains. La saison dernière, 19 000 éducateurs ont été formés en France. Je pense que la Coupe du Monde, c’est la victoire des éducateurs».

Tout cela, c’est notamment Georges Boulogne qui l’a instauré. «J’ai toujours une pensée pour lui, note Aimé Jacquet. Il a eu l’idée géniale de créer les centres de formations. C’est notre grande force. Si nous ne les avions pas, il n’y aurait pas de football professionnel puisque nous avons été pillés. Malgré les nombreux départs de joueurs vers l’étranger, nous avons un championnat national agréable et performant. On le voit en coupe d’Europe». Aimé Jacquet a encore évoqué «les centres de pré-formation d’où sortent Nicolas Anelka et Thierry Henry. L’objectif, ce n’est pas de fabriquer des champions mais de dispenser une formation sportive de qualité».

«L’argent de la Coupe du Monde, c’est l’argent du foot»

Dans la salle, les questions furent nombreuses autant lundi que mardi : «Qu’en est-il des retombées financières de la coupe du monde pour les petits clubs ?» Réponse de Bernard Bacourt : «La coupe du monde a laissé un reliquat de 500 millions de francs sur lequel l’Etat a prélevé 250 millions. Pour le reste, une commission a été mise en place. Elle statuera sur les retombées de la coupe du monde. Mais les clubs amateurs ne doivent pas se faire trop d’illusions...» Et Aimé Jacquet d’ajouter : «L’argent de la coupe du monde, c’est l’argent du foot. Alors, ce serait bien que ça lui revienne».

Autre interrogation : «Comment conserver les jeunes qui partent vers l’étranger ?» Réponse d’Aimé Jacquet: «Il nous manque un cadre juridique à l’échelon européen. Il faudrait peut-être s’inspirer de ce qui a été fait sur le dopage. C’est déconcertant de voir des clubs étrangers venir chercher à 13 ou 14 ans les enfants que nous avons formés. Cela a quelque chose de choquant, tout comme je suis choqué des sommes qui circulent autour de certains transferts».

Concluant sur le sujet de l’actualité du football, le dernier match de l’équipe de France en éliminatoires du championnat d’Europe des Nations contre la Finlande, Aimé Jacquet s’est voulu rassurant : «Notre équipe peut être championne d’Europe. Donc, je n’imagine pas un instant une élimination devant l’Islande». Nous verrons demain soir s’il avait raison d’être aussi optimiste.

Christophe Quesne


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