| Le sélectionneur champion du monde était
lhôte du CRJS (Centre Régional de Jeunesse et Sports) de Yerville lundi soir et
mardi toute la journée. La Haute-Normandie du football sest déplacée en nombre
pour saluer Aimé Jacquet et linterroger sur la coupe du monde 1998, léquipe
de France actuelle ou son nouveau rôle au sein du football français. Disponible et
ouvert, Aimé Jacquet na fui aucune question. Le Directeur Technique National (DTN)
sest prêté de bonne grâce à de longues séances dautographes. Accueilli
lundi soir par Bernard Bacourt (président de la Ligue de Haute-Normandie de football et
trésorier de la FFF) et Didier Fermé (directeur administratif), Aimé Jacquet a reçu
également les honneurs du conseil régional. Le président Alain Le Vern sétait
déplacé pour lui souhaiter la bienvenue, avant de vite repartir. Le sélectionneur
champion du monde a conversé avec les dirigeants du football régional. Mardi, il
retrouvait le terrain. Entouré de nombreux éducateurs, il dialogua avec eux en matinée
avant de diriger un entraînement laprès-midi.
A peine arrivé dans le gymnase du CRJS de Yerville dirigé par Laurent Duhamel
- par ailleurs arbitre international de football -, Aimé Jacquet remarque tout de suite
la qualité des installations. Rapidement, lancien sélectionneur de léquipe
de France est sollicité pour une séance de dédicaces. Eugène Guillemot - qui fête
cette année ses 55 ans de football ! - ne manque pas loccasion : Jacquet signe son
livre «Ma vie pour une étoile» en y anotant : «Pour Gégéne et ses petits enfants».
Quelques clubs de la région dieppoise ont été invités à Yerville lundi soir
: on relève notamment les présences de Antoine Mahieu (président de lUS Luneray)
et de Jean-Claude Leroy (secrétaire de lES Arques). Le corps arbitral est présent
en nombre avec MM. Michel, Fournier et Cressy. Quant au District des Vallées, il est
représenté par le président Pierre Desjardins.
Maire de Yerville, Alfred Trassy-Paillogues interrompt la série
dautographes et lance la soirée : «Aimé Jacquet, lorsque vous étiez venu en mars
1996, nous vous avions demandé loin des micros, entre la poire et le fromage, si vous
envisagiez dintégrer Cantona en équipe de France. Vous nous aviez répondu : il
nen est pas question, je veux un collectif. Vous navez jamais changé
doptique et nous avons vu quel fut votre résultat».
M. Bonhomme (directeur de Jeunesse et Sports) note que «Aimé Jacquet nous a
fait rêver. Une rencontre comme celle de ce soir permet de mesurer tout le travail en
profondeur effectué dans le football, auquel nous sommes très attachés». De son
côté, le président Bernard Bacourt sest dit «heureux de voir réunis tous les
membres des comités directeurs de la Ligue et des Districts pour la venue dAimé
Jacquet. Vous allez ainsi avoir une meilleure vision de la direction technique
nationale».
Bernard Bacourt souligne que «Aimé Jacquet lance les plans qui doivent
permettre dans les années à venir de faire plus participer le football de masse. Nous
devons tous avoir à lesprit que nous sommes là pour travailler à faire avancer
lensemble de notre discipline. A limage de Mustapha Oumechouk qui va nous
présenter les actions régionales».
«Lemerre est meilleur que moi
!»
Lors de son exposé, le directeur technique régional
évoqua les contrats dojectifs sur trois axes : «Les centres de perfectionnement,
le football à lécole primaire et les classes à horaires aménagés. Nous avons
participé à laction «Un, deux, trois, tous à Mondeville» où 1 000 jeunes
furent réunis autour du sport dont 600 sont passés sur le stand football. Sur
lensemble de la Ligue, ce sont près de 1 500 journées-stagiaires qui ont été
dénombrées. Cela a un coût mais cest essentiel». Côté projets, la formation de
cadres reste une priorité absolue.
Après avoir félicité les responsables de la Ligue pour la politique menée
sur le football haut-normand, Aimé Jacquet disait «avoir deux casquettes. Celle de
sélectionneur champion du monde et celle de DTN. Concernant Roger Lemerre, vous
navez pas de soucis à vous faire. Son héritage est difficile à porter mais je
dirai en forme de boutade : il est meilleur que moi puisquil a été major de ma
promotion».
Le champion du monde sest encore dit «heureux de retrouver la base de mon
itinéraire. Je suis parti dune petite région, nichée dans la Loire, dans un petit
village, dans un département qui vit bien le foot. Jai eu la chance davoir un
grand club comme Saint-Etienne qui ma permis de faire une belle carrière. Comme
jai eu beaucoup de chance lors de cette carrière, jai souhaité redonner un
peu aux autres. Je me lance donc dans ma mission de DTN avec beaucoup
denthousiasme».
Aimé Jacquet a tout connu dans le football, notamment une période de chômage
avant dintégrer la direction technique nationale : «On ne peut pas avoir oublié
quun soir de 1993, nous vivions une sale soirée (Ndlr : défaite au Parc des
Princes contre la Bulgarie). Dun seul coup, tout le football français était devenu
mauvais. Evidemment, cétait faux. Le sport est injuste et, nous, les hommes de
terrain, on connaît ces injustices qui font que lon perd tel match au lieu de le
gagner».
«Heureux de parcourir la
France»
Dans sa carrière, Aimé Jacquet dit avoir connu «des hauts
et des bas. Mais, en tous temps, jai conservé la même passion du football. Mon
cycle est terminé : jai décidé de revenir travailler à la base du football parce
que cest dans ma philosophie. Je pouvais tranquillement partir dans des grands
clubs. Jai préféré repartir de là où je venais. Cest pour cela que je
suis heureux de parcourir la France».
Quand il évoque lEurope, Aimé Jacquet a le poil qui se hérisse : «Nous
étions trop bien organisés et lEurope nous a déstabilisés. Maintenant, il
ny a plus de cadre juridique. Nous devons pourtant garder le cap malgré le pillage
organisé par nos voisins étrangers. La force de notre football de masse, cest ce
que vous faites au quotidien sur les terrains. La saison dernière, 19 000 éducateurs ont
été formés en France. Je pense que la Coupe du Monde, cest la victoire des
éducateurs».
Tout cela, cest notamment Georges Boulogne qui la instauré.
«Jai toujours une pensée pour lui, note Aimé Jacquet. Il a eu lidée
géniale de créer les centres de formations. Cest notre grande force. Si nous ne
les avions pas, il ny aurait pas de football professionnel puisque nous avons été
pillés. Malgré les nombreux départs de joueurs vers létranger, nous avons un
championnat national agréable et performant. On le voit en coupe dEurope». Aimé
Jacquet a encore évoqué «les centres de pré-formation doù sortent Nicolas
Anelka et Thierry Henry. Lobjectif, ce nest pas de fabriquer des champions
mais de dispenser une formation sportive de qualité».
«Largent de la Coupe du
Monde, cest largent du foot»
Dans la salle, les questions furent nombreuses autant lundi
que mardi : «Quen est-il des retombées financières de la coupe du monde pour les
petits clubs ?» Réponse de Bernard Bacourt : «La coupe du monde a laissé un reliquat
de 500 millions de francs sur lequel lEtat a prélevé 250 millions. Pour le reste,
une commission a été mise en place. Elle statuera sur les retombées de la coupe du
monde. Mais les clubs amateurs ne doivent pas se faire trop dillusions...» Et Aimé
Jacquet dajouter : «Largent de la coupe du monde, cest largent du
foot. Alors, ce serait bien que ça lui revienne».
Autre interrogation : «Comment conserver les jeunes qui partent vers
létranger ?» Réponse dAimé Jacquet: «Il nous manque un cadre juridique à
léchelon européen. Il faudrait peut-être sinspirer de ce qui a été fait
sur le dopage. Cest déconcertant de voir des clubs étrangers venir chercher à 13
ou 14 ans les enfants que nous avons formés. Cela a quelque chose de choquant, tout comme
je suis choqué des sommes qui circulent autour de certains transferts».
Concluant sur le sujet de lactualité du football, le dernier match de
léquipe de France en éliminatoires du championnat dEurope des Nations contre
la Finlande, Aimé Jacquet sest voulu rassurant : «Notre équipe peut être
championne dEurope. Donc, je nimagine pas un instant une élimination devant
lIslande». Nous verrons demain soir sil avait raison dêtre aussi
optimiste.
Christophe Quesne |