Journal du 19 octobre 1999

B&B, Première classe, l'Epsom, l'Univers, le Select
Hôtels : créations aux Vertus
reconversions en ville

D’ici quelques mois, l’agglomération dieppoise comptera deux hôtels de plus : un B&B et un Première classe aux Vertus. Ainsi en a décidé la commission nationale d’équipement commercial, cassant la décision rendue l’hiver dernier au niveau départemental. Deux hôtels de chaîne comme il en existe déjà d’autres dans ce secteur à l’entrée de Dieppe. Chacun offrira soixante chambres, ce qui fera faire un bond au secteur avec plus de neuf cents chambres : depuis quelques années la capacité hôtelière était stable, avec huit cents chambres. En avait-on besoin ? La fédération de l’industrie hôtelière assure que non. «C’est fou, la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe joue contre les hôteliers de Dieppe», s’insurge Gérard Tanvet (Le Windsor), président de la fédération départementale. «On était déjà en surcapacité», ajoute-t-il. Même son de cloche de la part d’Alain Ber (L’Aguado et L’Europe) : «L’été a été bon, mais septembre a été catastrophique. On a reperdu alors tout ce qu’on avait pu engranger avant». Deux hôtels de plus ne vont sûrement rien arranger. Mais la CCID, on s’en souvient (Les Infos en avaient parlé dans une enquête publiée en décembre 1998), estime que les hôtels de chaîne aux Vertus ne concurrencent pas les hôtels du front de mer : ils n’ont pas la même fréquentation. En outre, le B & B sera construit sur un terrain vendu... par la chambre de commerce, en face de l’hôtel Climat fermé l’an dernier ! Quant au Première classe, il sortira de terre près de l’hôtel Campanile.

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L'Univers, "un site exceptionnel"

Si deux hôtels ouvrent, trois autres ont quitté le paysage dieppois ces dernières années et se transforment actuellement en immeubles d’habitation ou de bureaux : L’Epsom, Le Select et L’Univers. Ainsi va la vie...

Concernant l’Epsom, c’est le projet le plus avancé. Sur le front de mer un groupe immobilier rouennais l’a démoli pour construire à la place une résidence de standing divisée en appartements : la résidence de l’Esplanade. Le bar au rez-de-chaussée, réputé pour ses cocktails, a fermé en avril et les travaux ont commencé, perturbés quelques jours par un coup de pelle mettant à jour des restes de l’enceinte de la ville et un peu plus tard par la destruction d’un mur mettant à jour l’intérieur de logements de la rue de l’Epée. Tout est rapidement rentré dans l’ordre. Le gros oeuvre est désormais bien avancé et en passant boulevard de Verdun, chacun peut se rendre compte du visage qu’offrira cet ensemble habité l’an prochain.

Juste à côté, c’est le domaine de L’Univers. Un des anciens hôtels qui faisaient la renommée du front de mer, dirigé par M. et Mme Tilquin. Il a fermé ses portes il y a deux ou trois ans. Plusieurs projets ont été étudiés pour qu’il ne devienne pas une friche. Finalement, l’affaire a été traitée avec un promoteur de la Somme, M. Decarne.

Quarante appartements

Souvenirs de l’ère hôtelière, la pancarte symbole de la chaîne France-Accueil, les lettres «L» et «U» sur l’avancée bleue protégeant l’entrée de l’établissement et l’enseigne au niveau de la terrasse. Mais le jardin témoigne de l’état d’abandon, même si un rosier essaime encore ses pétales.

«Tout cela va bientôt changer, annonce M. Decarne, venu d’Abbeville pour rencontrer un client. Vous verrez dans quelque temps à la place la résidence de L’Univers». Elle comptera quarante appartements de grand standing, du deux au cinq pièces. «On en a déjà vendu 60 %», se réjouit le prometeur. Ce qui permet effectivement de lancer le chantier.

«Nous avons obtenu le permis de démolir et la destruction démarrera en décembre. La construction suivra dès le début 2000 pour s’achever un an plus tard», précise M. Decarne. Ce sera la première réalisation sur Dieppe de Decarne Promotion : «Un ami abbevillais m’avait signalé que cet ancien hôtel était à vendre, raconte-t-il. Je suis venu voir et j’ai apprécié la situation sur le front de mer. C’est exceptionnel».

Or cette société paraît spécialisée dans la naissance de résidences sur le bord de mer : «En trente années d’exercice, j’ai quatre mille logements à mon actif le long de la côte d’Opale mais aussi sur Valenciennes. J’ai donc pensé qu’il y avait une carte à jouer à Dieppe». M. Decarne a rencontré M. et Mme Tilquin et ils sont parvenus à un accord à la fin de l’année dernière.

Le nouvel immeuble, conçu par M. Boutor, architecte et collaborateur de M. Decarne, offrira quarante appartements (l’hôtel avait quarante chambres) sur mesure répartis sur six étages (soit un de moins que la résidence voisine). Il disposera de quarante garages en sous-sol, sera chauffé à l’électricité. Chaque logement bénéficiera d’un balcon. On jugera du résultat en 2001.

Quant à M. Decarne, il ne devrait pas se contenter de ce coup d’essai sur Dieppe : «J’ai un autre projet», confie-t-il. Mais il n’en dira pas plus pour l’instant.

Le Select, une vocation administrative

Quittons le front de mer. Par la rue de Sygogne naturellement. Et arrêtons-nous au bout, place de la Barre. L’hôtel Select a fermé ses portes il y a un an laissant de nombreux touristes anglais orphelins. L’établissement servait de cadre aussi à des soirées jazz le vendredi. Mais il aurait fallu investir énormément pour le moderniser et le mettre aux normes. Hors de proportion avec les moyens du couple à sa tête.

Le propriétaire de l’immeuble a donc récupéré son bien. Il a finalement traité avec une société venue de Picardie elle aussi. «Nous sommes basés à Cayeux, en baie de Somme», précise Jean-Pierre Canesan, chargé de la commercialisation de l’édifice. La SCI à laquelle il collabore a déjà oeuvré rue du Commandant-Fayolle et s’est porté candidate pour l’ex-hôtel, officiellement installé au 1, rue Toustain. «Il deviendra un immeuble à vocation administrative tant au rez-de-chaussée que sur les trois étages, desservis par l’ascenseur», explique-t-il. Chaque plateau (niveau) offrira 140 mètres carrés.

La façade ravalée

«Nous refaisons les réseaux, la plomberie, l’électricité, le chauffage au gaz. Nous allons ravaler la façade pour retrouver l’aspect d’origine de cet immeuble qui fait partie du patrimoine dieppois, plaide Jean-Pierre Canesan, déjà au travail au rez-de-chaussée. Chaque acquéreur aménagera ses bureaux comme il l’entendra». Ce qui se produit déjà actuellement au rez-de chaussée, acheté par un assureur dieppois M. Le Cann.

Les travaux devraient durer quatre mois sans compter le nettoyage de la façade. «Il était temps de s’occuper de cet immeuble, commente-t-il. Même la toiture connaissait des problèmes». Il a d’abord fallu évacuer tout ce qui restait encore à l’intérieur : matelas, sommiers... Cinq bennes auront été nécessaires...


«NOUS SOMMES AU BOUT DU ROULEAU»

Les hôteliers-restaurateurs ont manifesté il y a huit jours à Paris, demandant un taux de TVA réduit à 5, 5% pour lutter «plus équitablement» avec la restauration rapide. Une délégation dieppoise conduite par Gérard Tanvet, président départemental de la fédération nationale de l’industrie hôtelière, a participé à ce rassemblement mouvementé, des grenades lacrymogènes répondant au jet d’oeufs et de farine sur les forces de l’ordre.

«Nous souhaitions nous rendre à l’Assemblée nationale, explique Géard Tanvet. Mais ça nous a été refusé et on nous a envoyé les CRS». D’où les «cadeaux» réciproques. Puis le cortège a pris deux bateau-mouche pour rejoindre Bercy, siège du ministère des Finances et «hurler son mécontentement».

«D’habitude, on est cool, résume l’hôtelier-restaurateur dieppois. Mais nous sommes au bout du rouleau, on veut nous faire crever»... Les échauffourées se sont achevées par une cinquantaine d’interpellations. Les Dieppois y ont échappé.


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