Journal du 17 décembre 1999

PDG de la SONOGAD
Henri Lalitte en garde à vue

La garde à vue de Henri Lalitte s’achève ce vendredi matin. Le frère de Jean-Paul Lalitte a été interpellé mercredi par les policiers du SRPJ intervenant sur commission rogatoire délivrée par Jean-Vincent Imard, juge d’instruction chargé du dossier relatif au fonctionnement de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe. Le frère de Jean-Paul Lalitte (toujours incarcéré, lui, à la prison Bonne Nouvelle à Rouen), est PDG de la SONOGAD, une entreprise créée en décembre 1986 spécialisée dans la réparation portuaire et la chaudronnerie. Une société, dont l’existence était d’ailleurs justifiée par Jean-Paul Lalitte dans ses réponses à l’Inspection générale des Finances : «ARNO, SONOGAD, MIM, GIVON, elles résultaient du plan de relance de la construction navale à Dieppe avec des acteurs locaux s’impliquant personnellement».

«Mon client n’a pas accès au dossier et ne sait donc pas exactement ce qu’on lui reproche», s’insurge Me Michel Dubos. L’avocat du barreau de Rouen l’a rencontré au cours de la vingtième heure de garde à vue, comme l’autorise la loi. Mais les véritables questions, les policiers les posent après....

Henri Lalitte a passé plusieurs heures dans les locaux du commissariat de Dieppe avant d’être transféré mercredi soir dans les bureaux du SRPJ à Rouen pour la poursuite de l’interrogatoire qui risque de déboucher sur une mise en examen: c’est ce qui sera décidé aujourd’hui.

Mercredi, les policiers ont fait moisson de documents en perquisitionnant au siège de la SONOGAD, rue de l’Entrepôt à Dieppe, et au domicile de Henri Lalitte. Et sans doute ont-ils déjà commencé de les éplucher.

La SONOGAD est née il y a treize ans, prenant la suite de GAD SAD. C’est le tribunal de commerce qui a choisi comme repreneur un groupe de personnes comprenant notamment plusieurs membres de la famille Lalitte dont Henri et Jean-Paul. Jean-Paul en est devenu le PDG, poste qu’il a abandonné dès 1991, cédant d’ailleurs ses parts dès 1993. Et Henri en est donc le PDG.

La SONOGAD, dont le chiffre d’affaires avoisine annuellement les 11.000.000 F, a travaillé avec la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe traitant une partie des marchés selon la procédure des marchés publics et une autre selon la procédure des marchés négociés. «A priori, la justice s’intéresse à la période 1995-98», ajoute Me Michel Dubos. «Et elle soupçonnerait la SONOGAD d’avoir bénéficié de favoritisme». Les marchés SONOGAD/CCID porteraient sur une somme pouvant aller de 1.500.000 F à 2.000.000 F.

L’Inspection générale des Finances avait par exemple émis des réserves sur le marché de la construction de la passerelle roulier du terminal transmanche: équipements électriques et hydrauliques qui, en 1994, avait bénéficié à SDEM/SONOGAD pour 3.200.000 F alors qu’il était initialement de 2.600.000 F.

La Justice s’intéresserait aussi à la FRAP, une société créée dans le cadre de la loi Mellick, société où on retrouvait Henri et Jean-Paul Lalitte, mais aussi deux banques. Cette société a cependant vite cessé ses activités. De même la Justice aimerait avoir des éclaircissements sur des voyages effectués par Henri Lalitte payés par un pétrolier dont il était le concessionnaire.

«Mais le jour où mon client aura accès à son dossier - et il est anormal que ça ne soit pas le cas - il y verra plus clair» plaide Me Dubos, partisan, lui aussi, de la levée du secret lié à l’instruction d’un dossier.

D.L.

Jean-Paul Lalitte

DEMANDE DE MISE EN LIBERTE

«L’affaire Lalitte» se traduit pour l’instant par la mise en examen de Jean-Paul Lalitte, ancien président de la CCID, par la mise en examen de Philippe Offerlé, directeur des services techniques de la CCID, et par la garde à vue de Henri Lalitte. Jacques Bialek, ancien directeur général de la CCID, est entendu aujourd’hui par le juge d’instruction dans le cadre d’une autre affaire.

Jean-Paul Lalitte est en détention provisoire depuis la mi-octobre. Ses avocats Me Dominique Lemiegre, Me Anne Lavanant-Lemiegre et Me Leclerc, ont déposé le 25 novembre une demande de mise en liberté de leur client. Le juge d’instruction l’a refusée quelques jours plus tard. Les avocats ont fait appel de la décision du juge. Et la chambre d’accusation devrait examiner le dossier avant Noël. «Je rencontre le plus souvent possible mon père», confie Juliette Lalitte, co-présidente de son comité de soutien. «Il conserve le moral même s’il tourne en rond en prison. Il attend avec espoir la décision de la chambre d’accusation. On voudrait tant qu’il passe les fêtes de fin d’année avec nous...»


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