Journal du 4 mai 1999

Si Regma boit la tasse...

manifRegma.jpg (20651 octets) ... les Arquais vont trinquer. C'est le titre du tract distribué à la population et aux automobilistes hier midi lors d'une manifestation dans la cité. Entre la direction et le personnel en grève, rien ne va plus. Et les lettres recommandées pleuvent. Du côté des politiques, c'est le silence. Etonnant.

REGMA : usine ouverte
mais usine (pratiquement) morte

La clef du cadenas? Mais on ne sait pas qui l’a. On ne sait d’ailleurs pas qui l’a posé ce cadenas. Peut-être est-ce un représentant de la direction..

Devant le tribunal statuant en référé, vendredi soir, on aurait presqu’envie de rire. Mais le procès en cours concerne Regma. Où la situation actuelle n’a rien de réjouissant pour le personnel, les uns redoutant l’arrivée dans les prochains jours de leur lettre de licenciement, les autres s’attendant à faire partie de la prochaine charrette.

A l’appel des délégués syndicaux CGC, FO, CGT et CFDT, les salariés ont voté la grève jeudi après-midi (lire Les Infos de vendredi dernier). Le lendemain matin, des banderoles ornaient les grilles, et un feu réchauffait ceux qui distribuaient des tracts d’explication aux automobilistes. Et les grilles étaient fermées. Cadenassées. D’où l’appel de la direction à la justice...

Hier matin, les grilles étaient bien ouvertes: le personnel a entendu le message du juge. «Mais seulement quelques personnes sont entrées», constatent avec satisfaction les représentants syndicaux qui s’attendent à une grève dure, dernière chance selon leur analyse pour faire fléchir le tribunal de commerce de Lyon et lui faire revoir sa position. En effet, le plan de continuation se poursuit et Jacques Sautereau, le PDG de Regma, a obtenu un nouveau délai d’un mois: la prochaine audience a été fixée au 9 juin.

Fax à l’administrateur judiciaire

D’ici là, la situation aura-t-elle évolué? Vraisemblablement car production et expéditions ont cessé. «On a envoyé un fax ce matin à Me Sapin, l’administrateur judiciaire, pour l’en informer et pour solliciter une rencontre avec lui», nous précisait hier matin François Laumonier, délégué CGC tout en défilant dans les rues d’Arques pour sensibiliser la population.

Il faut l’avouer, la situation n’est pas brillante. «Vendredi matin, nous sommes allés à la sous-préfecture», raconte Philippe Séraffin, représentant du personnel auprès du tribunal de commerce. «Nous avons demandé une entrevue avec le préfet, vu l’urgence de la situation et vu le conflit en cours. Nous l’avons obtenue pour l’après-midi même».

Mais au moment de partir pour Rouen, la délégation syndicale dut se partager. En effet, un huissier venait d’apporter à Eric Depoilly (CGT) et à François Laumonier (CGC) une assignation à comparaître pour 18 heures au Palais de Justice de Dieppe. Tous se retrouvèrent dans la soirée aux portes du Palais pour faire le point.

«A Rouen, nous avons été reçus par le directeur adjoint du cabinet du préfet», précise Philippe Séraffin. «Hélas, les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances. Nous avons appris que l’Etat n’avait pas été sollicité pour accompagner financièrement les licenciements projetés. Et il nous a été répété que le dossier se trouvant dans les mains de la justice, il fallait tenir compte de la séparation des pouvoirs».

C’est donc vers le tribunal de commerce que le personnel de Regma doit se tourner s’il veut obtenir l’annulation du plan social (c’est peu probable) ou une révision tendant à l’établissement d’un plan FNE s’ajoutant aux départs volontaires. D’où le fax adressé à l’administrateur judiciaire...

Plus d’entrave

Pendant ce temps, donc, les deux autres délégués, accompagnés d’une vingtaine de grèvistes, se retrouvaient dans la salle du Palais de Justice de Dieppe. En effet, le matin, le chef du personnel accompagné d’un huissier, Me Folliot, avait en vain cherché à pénétrer dans l’usine: les grilles étaient fermées et un cadenas avait été posé. Une entrave à la liberté du travail aussitôt exploitée, on s’en doute, par la direction. Et Me Jean-François des Guerrots, son avocat, ne manqua pas d’insister sur ce point.

Seulement, l’assignation ne concernait que deux personnes, qui assurèrent n’y être pour rien. «Pourquoi avoir justement choisi M Depoilly et M Laumonier, d’autant que M Laumonier, la veille encore, lors du vote de la grève, avait rappelé qu’il était contre une telle entrave», insista Me Thévenin. «Ils ne pouvaient donc dire qui avait la clef ni qui avait mis chaine et cadenas».

Et l’avocat demanda donc que la direction soit déboutée de sa demande qui avait aussi une incidence financière non-négligeable.

Le tribunal a suivi Me Thévenin dans sa plaidoirie. Mais la direction, sans doute avisée de son erreur stratégique, avait depuis introduit dans le référé une seconde requête, beaucoup plus habile: elle concernait cette fois l’ensemble des grévistes, appelés à libérer les accès et à ne plus les entraver sous peine de pousuites. Et cette fois, le juge a suivi l’avocat de la direction.

Dans la soirée, d’ailleurs, chaine et cadenas étaient ôtés par la direction. Et hier matin, pouvait entrer qui voulait. Mais, apparemment, ils n’étaient pas beaucoup à le vouloir...

 

Denis LEPRETTRE

 

CGT-Regma : OÙ EST PASSE L’ARGENT?

Le syndicat CGT-Regma communique:

«En 1995, Jacques Sauterau, notre PDG, disait: le but est de faire d’Arques le coeur de notre entreprise, mais tout dépendra des aides que nous pourrons obtenir du Département, de la Région et d’autres partenaires. Un projet qui pourrait se traduire par la création d’une centaine d’emplois (107).

Porté par la CCI de Dieppe, ce projet va bénéficier d’un investissement municipal de 1,2 million de francs, l’Etat et le conseil général mettant 22,5% de la somme et la CCI, la plus grosse part, soit 36 millions sur les 48 millions de francs de l’opération.

Aujourd’hui qu’en est-il? Trente-cinq licenciements sur le site d’Arques, trois à Nanterre et 2 à Vaulx-en-Velin pour commencer.

On demande des comptes, on veut savoir ce qu’est devenu l’argent de nos impôts et de notre travail».


Archives 1998   Archives 1999  recherche    accueil