REGMA :
usine ouverte
mais usine (pratiquement) morte
La clef du cadenas? Mais on ne sait pas qui la. On
ne sait dailleurs pas qui la posé ce cadenas. Peut-être est-ce un
représentant de la direction...»
Devant le tribunal statuant en référé, vendredi soir, on aurait
presquenvie de rire. Mais le procès en cours concerne Regma. Où la situation
actuelle na rien de réjouissant pour le personnel, les uns redoutant
larrivée dans les prochains jours de leur lettre de licenciement, les autres
sattendant à faire partie de la prochaine charrette.
A lappel des délégués syndicaux CGC, FO, CGT et CFDT, les salariés ont
voté la grève jeudi après-midi (lire Les Infos de vendredi dernier). Le lendemain
matin, des banderoles ornaient les grilles, et un feu réchauffait ceux qui distribuaient
des tracts dexplication aux automobilistes. Et les grilles étaient fermées.
Cadenassées. Doù lappel de la direction à la justice...
Hier matin, les grilles étaient bien ouvertes: le personnel a entendu le
message du juge. «Mais seulement quelques personnes sont entrées», constatent
avec satisfaction les représentants syndicaux qui sattendent à une grève dure,
dernière chance selon leur analyse pour faire fléchir le tribunal de commerce de Lyon et
lui faire revoir sa position. En effet, le plan de continuation se poursuit et Jacques
Sautereau, le PDG de Regma, a obtenu un nouveau délai dun mois: la prochaine
audience a été fixée au 9 juin.
Fax à ladministrateur
judiciaire
Dici là, la situation aura-t-elle évolué? Vraisemblablement car
production et expéditions ont cessé. «On a envoyé un fax ce matin à Me Sapin,
ladministrateur judiciaire, pour len informer et pour solliciter une rencontre
avec lui», nous précisait hier matin François Laumonier, délégué CGC tout en
défilant dans les rues dArques pour sensibiliser la population.
Il faut lavouer, la situation nest pas brillante. «Vendredi
matin, nous sommes allés à la sous-préfecture», raconte Philippe Séraffin,
représentant du personnel auprès du tribunal de commerce. «Nous avons demandé une
entrevue avec le préfet, vu lurgence de la situation et vu le conflit en cours.
Nous lavons obtenue pour laprès-midi même».
Mais au moment de partir pour Rouen, la délégation syndicale dut se partager.
En effet, un huissier venait dapporter à Eric Depoilly (CGT) et à François
Laumonier (CGC) une assignation à comparaître pour 18 heures au Palais de Justice de
Dieppe. Tous se retrouvèrent dans la soirée aux portes du Palais pour faire le point.
«A Rouen, nous avons été reçus par le directeur adjoint du cabinet du
préfet», précise Philippe Séraffin. «Hélas, les résultats ne sont pas à la hauteur
de nos espérances. Nous avons appris que lEtat navait pas été sollicité
pour accompagner financièrement les licenciements projetés. Et il nous a été répété
que le dossier se trouvant dans les mains de la justice, il fallait tenir compte de la
séparation des pouvoirs».
Cest donc vers le tribunal de commerce que le personnel de Regma doit se
tourner sil veut obtenir lannulation du plan social (cest peu probable)
ou une révision tendant à létablissement dun plan FNE sajoutant aux
départs volontaires. Doù le fax adressé à ladministrateur judiciaire...
Plus dentrave
Pendant ce temps, donc, les deux autres délégués, accompagnés dune
vingtaine de grèvistes, se retrouvaient dans la salle du Palais de Justice de Dieppe. En
effet, le matin, le chef du personnel accompagné dun huissier, Me Folliot, avait en
vain cherché à pénétrer dans lusine: les grilles étaient fermées et un cadenas
avait été posé. Une entrave à la liberté du travail aussitôt exploitée, on
sen doute, par la direction. Et Me Jean-François des Guerrots, son avocat, ne
manqua pas dinsister sur ce point.
Seulement, lassignation ne concernait que deux personnes, qui assurèrent
ny être pour rien. «Pourquoi avoir justement choisi M Depoilly et M Laumonier,
dautant que M Laumonier, la veille encore, lors du vote de la grève, avait rappelé
quil était contre une telle entrave», insista Me Thévenin. «Ils ne pouvaient
donc dire qui avait la clef ni qui avait mis chaine et cadenas».
Et lavocat demanda donc que la direction soit déboutée de sa demande qui
avait aussi une incidence financière non-négligeable.
Le tribunal a suivi Me Thévenin dans sa plaidoirie. Mais la direction, sans
doute avisée de son erreur stratégique, avait depuis introduit dans le référé une
seconde requête, beaucoup plus habile: elle concernait cette fois lensemble des
grévistes, appelés à libérer les accès et à ne plus les entraver sous peine de
pousuites. Et cette fois, le juge a suivi lavocat de la direction.
Dans la soirée, dailleurs, chaine et cadenas étaient ôtés par la
direction. Et hier matin, pouvait entrer qui voulait. Mais, apparemment, ils
nétaient pas beaucoup à le vouloir...
Denis LEPRETTRE
CGT-Regma : OÙ EST PASSE LARGENT?
Le syndicat CGT-Regma communique:
«En 1995, Jacques Sauterau, notre PDG, disait: le but est de faire
dArques le coeur de notre entreprise, mais tout dépendra des aides que nous
pourrons obtenir du Département, de la Région et dautres partenaires. Un projet
qui pourrait se traduire par la création dune centaine demplois (107).
Porté par la CCI de Dieppe, ce projet va bénéficier dun investissement
municipal de 1,2 million de francs, lEtat et le conseil général mettant 22,5% de
la somme et la CCI, la plus grosse part, soit 36 millions sur les 48 millions de francs de
lopération.
Aujourdhui quen est-il? Trente-cinq licenciements sur le site
dArques, trois à Nanterre et 2 à Vaulx-en-Velin pour commencer.
On demande des comptes, on veut savoir ce quest devenu largent de
nos impôts et de notre travail». |