| «On a été gentils, mais cest fini».
François Laumonier, délégué CGC, traduisait lopinion du personnel de Regma hier
après-midi à la fin de la réunion dinformation achevée par le vote dune «grève
dure». Dès hier soir, les grévistes sinstallaient dans un mouvement
quils estiment être celui de la dernière chance. Cent cinquante
employés, sur les deux cent soixante, remplissent la salle. Et comme lors du 11 novembre
ou du 8 mai on fait lappel: non pas des morts, mais des «condamnés par à
quitter lentreprise». Ceux qui sont «sacrifiés sur lautel de la
connerie» senflamme le syndicaliste. Ceux qui, cette semaine, ont été
convoqués par le chef du personnel officiellement, pour adhérer à une convention de
conversion. Et qui devraient recevoir leur lettre de licenciement prochainement.
«Lheure est grave», insiste Philippe Serafin (FO) au nom des
représentants des salariés. «Cette liste de noms ne constitue quune première
charrette». Car plus personne ne se fait dillusions. «Cest le moment
de passer à laction», surenchérit François Laumonier. «En effet,
mercredi, au tribunal de commerce de Lyon, nous avons appris lexistence de plusieurs
candidats à la reprise. Les licenciements ne pourraient se comprendre que si un
véritable plan industriel faisait suite. Or tant que la famille Sautereau restera aux
commandes, ce nest pas possible».
Et le personnel, hier, a demandé son départ une nouvelle fois, en en faisant
une condition à toute reprise du travail. Il ne veut plus avoir affaire au PDG ni à sa
famille, ni à ses représentants locaux. «Louverture de négociations ne peut
intervenir quavec ladministrateur judiciaire ou avec un médiateur de la
Direction du Travail».
Mais le mot dordre prioritaire est «non au plan social, non aux
licenciements». Dautant que quatorze personnes sont volontaires pour partir et
huit dentre elles ne font même pas partie de la liste. «Et nous pronons en
priorité le départ en F.N.E. des plus de 56 ans au nombre de trente cinq à Arques»,
reprend la motion. «Et si ça ne suffit pas, nous sommes prêts à négocier une
réduction du temps de travail limitée dans le temps».
Le tribunal a accordé jusquau 9 juin à Jacques Sautereau pour proposer
un plan de continuation fiable. Alors que, depuis le dépôt de bilan en janvier, Regma a
encore perdu 8.500.000 francs. Alors que le chiffre daffaires davril sera
nettement en dessous de ce qui est demandé. «Encore un mois de perdu», selon les
syndicalistes. «Car plus personne na confiance en Jacques Sautereau. Ça parait
bientôt fini pour lui, mais avant de mourir, il veut sacrifier quarante personnes..»
«On nous écoute poliment», commente François Laumonier, «mais on
ne nous entend pas. Pour être entendu, ce sera fonction du rapport de force».
Doù lappel à une «grève dure», immédiate.
«On na pas envie de mourir tranquillement»...
Denis LEPRETTRE.
les syndicats : «un plan
inutile»
Nous avons été convoqués individuellement. Pour nous
informer quon serait licencié. Cest dur, très dur à supporter».
Certains ont craqué aussitôt. Dautres senferment dans le mutisme. Cest
tout Regma qui était abattu, traumatisé en début de semaine. Mardi, un comité
dentreprise classique se tenait et les délégués partaient aussitôt pour Lyon: le
tribunal de commerce avait fixé audience pour mercredi.
Cest le chef du personnel qui a reçu les gens ayant suffisamment
dancienneté dans lentreprise pour prétendre à un congé de conversion.
Seront-ils les trente cinq licenciés prévus par la direction dans le plan social? Nul ne
peut laffirmer avec certitude. «Le plan, on est contre et, en outre, lorsque la
direction veut lappliquer elle ne respecte même pas les critères quelle
avait envisagés (ancienneté, charges de famille...)», dénonce François Laumonier
(CGC). «Alors on peut comprendre que le personnel soit énervé».
En outre, sur le plan activité économique, Regma affiche profil plutôt bas.
Elle est insuffisante et les difficultés dapprovisionnement liées à la situation
juridique actuelle (redressement judiciaire) narrangent rien.
«Devant le tribunal de commerce, le représentant des créanciers a
dailleurs demandé aux juges de prononcer la liquidation judiciaire de Regma et
dordonner le départ de la famille Sautereau», ajoute le syndicaliste. Tout
comme les représentants du personnel. Mais sans doute avec des analyses différentes.
Cependant le tribunal a reporté sa décision.
«Nous avons demandé aux juges de confier la direction de Regma à un
administrateur ayant les pleins pouvoirs, industriels et commerciaux,» précisent les
représentants des salariés. «Nous leur avons demandé darrêter le plan
social, inutile, déprimant, préjudiciable à létat desprit général, seul
gage dun plan de redressement de lentreprise. En effet, la perte de confiance
envers la direction générale est totale».
Mais on nen est pas là. Le tribunal a ordonné la poursuite de la
période dobservation; il a demandé à ladministrateur, Me Sapin
dintensifier ses recherches pour trouver un repreneur et a prévenu M. Sautereau que
la situation actuelle ne saurait perdurer au-delà de la prochaine audience, fixée au
mercredi 9 juin.
D.L.
ET LA TABLE
RONDE AVEC LE PREFET ?
Il y a plusieurs semaines, Les Infos en avaient parlé, une table ronde
sétait tenue à linitiative des représentants du personnel de Regma dans les
locaux du comité dentreprise à Arques-la-Bataille.
Mairie dArques, représentant de Christian Cuvilliez, député-maire,
représentante de la chambre de commerce et dindustrie de Dieppe, représentants des
unions locales CGT, CFDT et CGC, représentant du conseil général avaient unanimement
appuyé la demande des syndicalistes de Regma pour obtenir «très rapidement»,
cest à dire dans les jours suivants, une réunion à la préfecture afin de faire
le point sur ce dossier. Depuis, plus de nouvelles.
Apparemment, le personnel de Regma na pu obtenir quune rencontre
avec le sous-préfet. Quil nest pas question pour Les Infos de mettre en cause
dans cette affaire. Mais les représentants du personnel se seraient entendu dire que dans
ce dossier lEtat ne pouvait rien faire. Comme avec le dossier P &O/Stena Line.
Et pourtant les contribuables ont versé beaucoup dargent, à travers des
subventions et des aides diverses, lors de la reprise de Regma il y a quatre ans, en
échange de 107 emplois. Hélas, sans aucune garantie.
Ce nest pas la première fois. Si au moins cétait la dernière... |