Journal du 30 avril 1999

Regma : le personnel en grève contre les quarante licenciements
Sacrifiés sur l'autel de la bêtise

«On a été gentils, mais c’est fini». François Laumonier, délégué CGC, traduisait l’opinion du personnel de Regma hier après-midi à la fin de la réunion d’information achevée par le vote d’une «grève dure». Dès hier soir, les grévistes s’installaient dans un mouvement qu’ils estiment être celui de la dernière chance.

Cent cinquante employés, sur les deux cent soixante, remplissent la salle. Et comme lors du 11 novembre ou du 8 mai on fait l’appel: non pas des morts, mais des «condamnés par à quitter l’entreprise». Ceux qui sont «sacrifiés sur l’autel de la connerie» s’enflamme le syndicaliste. Ceux qui, cette semaine, ont été convoqués par le chef du personnel officiellement, pour adhérer à une convention de conversion. Et qui devraient recevoir leur lettre de licenciement prochainement.

«L’heure est grave», insiste Philippe Serafin (FO) au nom des représentants des salariés. «Cette liste de noms ne constitue qu’une première charrette». Car plus personne ne se fait d’illusions. «C’est le moment de passer à l’action», surenchérit François Laumonier. «En effet, mercredi, au tribunal de commerce de Lyon, nous avons appris l’existence de plusieurs candidats à la reprise. Les licenciements ne pourraient se comprendre que si un véritable plan industriel faisait suite. Or tant que la famille Sautereau restera aux commandes, ce n’est pas possible».

Et le personnel, hier, a demandé son départ une nouvelle fois, en en faisant une condition à toute reprise du travail. Il ne veut plus avoir affaire au PDG ni à sa famille, ni à ses représentants locaux. «L’ouverture de négociations ne peut intervenir qu’avec l’administrateur judiciaire ou avec un médiateur de la Direction du Travail».

Mais le mot d’ordre prioritaire est «non au plan social, non aux licenciements». D’autant que quatorze personnes sont volontaires pour partir et huit d’entre elles ne font même pas partie de la liste. «Et nous pronons en priorité le départ en F.N.E. des plus de 56 ans au nombre de trente cinq à Arques», reprend la motion. «Et si ça ne suffit pas, nous sommes prêts à négocier une réduction du temps de travail limitée dans le temps».

Le tribunal a accordé jusqu’au 9 juin à Jacques Sautereau pour proposer un plan de continuation fiable. Alors que, depuis le dépôt de bilan en janvier, Regma a encore perdu 8.500.000 francs. Alors que le chiffre d’affaires d’avril sera nettement en dessous de ce qui est demandé. «Encore un mois de perdu», selon les syndicalistes. «Car plus personne n’a confiance en Jacques Sautereau. Ça parait bientôt fini pour lui, mais avant de mourir, il veut sacrifier quarante personnes.

«On nous écoute poliment», commente François Laumonier, «mais on ne nous entend pas. Pour être entendu, ce sera fonction du rapport de force». D’où l’appel à une «grève dure», immédiate.

«On n’a pas envie de mourir tranquillement»...

Denis LEPRETTRE.

 

les syndicats : «un plan inutile»

Nous avons été convoqués individuellement. Pour nous informer qu’on serait licencié. C’est dur, très dur à supporter». Certains ont craqué aussitôt. D’autres s’enferment dans le mutisme. C’est tout Regma qui était abattu, traumatisé en début de semaine. Mardi, un comité d’entreprise classique se tenait et les délégués partaient aussitôt pour Lyon: le tribunal de commerce avait fixé audience pour mercredi.

C’est le chef du personnel qui a reçu les gens ayant suffisamment d’ancienneté dans l’entreprise pour prétendre à un congé de conversion. Seront-ils les trente cinq licenciés prévus par la direction dans le plan social? Nul ne peut l’affirmer avec certitude. «Le plan, on est contre et, en outre, lorsque la direction veut l’appliquer elle ne respecte même pas les critères qu’elle avait envisagés (ancienneté, charges de famille...)», dénonce François Laumonier (CGC). «Alors on peut comprendre que le personnel soit énervé».

En outre, sur le plan activité économique, Regma affiche profil plutôt bas. Elle est insuffisante et les difficultés d’approvisionnement liées à la situation juridique actuelle (redressement judiciaire) n’arrangent rien.

«Devant le tribunal de commerce, le représentant des créanciers a d’ailleurs demandé aux juges de prononcer la liquidation judiciaire de Regma et d’ordonner le départ de la famille Sautereau», ajoute le syndicaliste. Tout comme les représentants du personnel. Mais sans doute avec des analyses différentes. Cependant le tribunal a reporté sa décision.

«Nous avons demandé aux juges de confier la direction de Regma à un administrateur ayant les pleins pouvoirs, industriels et commerciaux,» précisent les représentants des salariés. «Nous leur avons demandé d’arrêter le plan social, inutile, déprimant, préjudiciable à l’état d’esprit général, seul gage d’un plan de redressement de l’entreprise. En effet, la perte de confiance envers la direction générale est totale».

Mais on n’en est pas là. Le tribunal a ordonné la poursuite de la période d’observation; il a demandé à l’administrateur, Me Sapin d’intensifier ses recherches pour trouver un repreneur et a prévenu M. Sautereau que la situation actuelle ne saurait perdurer au-delà de la prochaine audience, fixée au mercredi 9 juin.

D.L.

ET LA TABLE RONDE AVEC LE PREFET ?

Il y a plusieurs semaines, Les Infos en avaient parlé, une table ronde s’était tenue à l’initiative des représentants du personnel de Regma dans les locaux du comité d’entreprise à Arques-la-Bataille.

Mairie d’Arques, représentant de Christian Cuvilliez, député-maire, représentante de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe, représentants des unions locales CGT, CFDT et CGC, représentant du conseil général avaient unanimement appuyé la demande des syndicalistes de Regma pour obtenir «très rapidement», c’est à dire dans les jours suivants, une réunion à la préfecture afin de faire le point sur ce dossier. Depuis, plus de nouvelles.

Apparemment, le personnel de Regma n’a pu obtenir qu’une rencontre avec le sous-préfet. Qu’il n’est pas question pour Les Infos de mettre en cause dans cette affaire. Mais les représentants du personnel se seraient entendu dire que dans ce dossier l’Etat ne pouvait rien faire. Comme avec le dossier P &O/Stena Line.

Et pourtant les contribuables ont versé beaucoup d’argent, à travers des subventions et des aides diverses, lors de la reprise de Regma il y a quatre ans, en échange de 107 emplois. Hélas, sans aucune garantie.

Ce n’est pas la première fois. Si au moins c’était la dernière...


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