| Le double affichage, temporaire, de certains
fruits et légumes est obligatoire à partir d'aujourd'hui vendredi. Si les arrêtés
signés dans l'urgence par le ministre de l'Agriculture et de la Pêche Jean Glavany
doivent en théorie permettre la transparence, la réalité est nettement moins claire.
Tour d'horizon dans les grandes surfaces et petits distributeurs dieppois. Si
petits et grands distributeurs sont parfois en guerre, aujourd'hui ils sont unanimes pour
dénoncer les arrêtés signés dans l'urgence par le ministre de l'Agriculture et de la
Pêche Jean Glavany et imposant le double affichage de neuf fruits et légumes (lire
ci-contre). «C'est une mesure inutile», confient la majorité des professionnels
interrogés par Les Informations dieppoises. «Ce que le client regarde, c'est
le rapport qualité-prix. C'est la seule chose qui l'intéresse», assure le
propriétaire de Tutti-Frutti, rue Saint-Jacques.
Rue de la Barre, un primeur souligne que «la multiplication des prix sur les
affichettes risque d'embrouiller davantage le consommateur». Paul Robert, également
primeur dans la Grande-Rue, n'hésite pas à parler «d'aberration. Le client veut un
produit bon et pas cher. Ce que le producteur ou le commerçant gagne ne le regarde pas.»
D'autant que la transparence que doit permettre le double étiquetage est loin
d'être évidente. «Le marché des fruits et légumes est très complexe. Il y a
d'abord le producteur qui revend à une coopérative qui elle-même revend le produit à
un grossiste avant qu'il n'arrive dans nos étals à nous les distributeurs. Et quand le
produit arrive chez nous, nous ne connaissons pas le prix d'achat au producteur. Qui va
nous donner ce prix de départ ? Notre fournisseur. Mais quelles seront nos garanties
quant à lexactitude de ce prix ?», interroge le propriétaire de Tutti-Frutti.
Des prix qui par ailleurs changent tous les jours et qui, pour un même fruit,
peuvent varier selon son calibre. Cest le cas notamment des nectarines et des
abricots qui comptent jusquà quatre calibres différents.
«Cette mesure est de la poudre aux yeux. Elle ne changera rien ni pour le
consommateur, ni pour le producteur», affirme Paul Robert.
Triple affichage
Du côté des grands distributeurs, même si lon pense
queffectivement cette mesure ne modifiera en rien la réalité économique du
marché «fruits et légumes», on veut jouer le jeu. Le directeur de lhypermarché
Leclerc Jacky Hennebil a même décidé quun triple affichage serait effectué dans
son magasin : le prix dachat de départ par le fournisseur, le prix dachat de
lhypermarché à son fournisseur et enfin le prix de vente.
Un étiquetage supplémentaire qui ne devrait cependant pas demander une charge
de travail plus importante pour le responsable du rayon. «Le plus embêtant pour nous
sera de récolter les informations nécessaires pour pouvoir effectuer correctement cet
affichage», confie M. Hennebil. Les prix seront quant à eux réévalués à chaque
nouvelle livraison.
«Il aurait fallu aller plus
loin»
«Si lon voulait donner une information réelle
pour déterminer les marges de chacun, il aurait fallu aller plus loin dans la démarche,
ajoute le directeur du centre Leclerc. Il aurait fallu par conséquent afficher aussi
les marges de chaque intermédiaire. Par exemple, le coût de transport des marchandises
est énorme et cest un service réel. Le distributeur est bien obligé den
tenir compte dans son prix de vente.»
«La grande distribution est montrée du doigt. Je pense quelle
nest quun bouc émissaire, poursuit M. Hennebil. Ce nest pas la
grande distribution qui réalise le plus de marge mais les intermédiaires. Or, eux,
nont aucun compte à rendre. Quelles seront les conséquences de ce double ou triple
affichage ? Je nen sais rien. Je crois simplement que les producteurs ne gagnent
effectivement pas grand chose sur un kilo de pommes ou de raisins.»
Neuf produits concernés
Le double affichage des prix sur les fruits et légumes est
temporaire. Il varie de un à trois mois selon les produits et est en théorie obligatoire
à partir daujourdhui.
Il concerne neuf produits dété en crise à savoir les pommes, poires,
raisins de table, pêches, nectarines, abricots, melons, tomates et concombres.
Ce quen pensent les
consommateurs
Marie-Thérèse Obry, de Martin-Eglise :
Interrogée sur le double affichage des fruits et légumes, Marie-Thérèse Obry
affirme que cette mesure ne changera rien dans son comportement dachat. «Si
jai besoin dun produit, je lachèterai, témoigne-t-elle. En
revanche, je trouve quil est intéressant de connaître le prix de départ dun
fruit et celui darrivée. On peut se demander où passe la différence ? Est-ce
réellement les intermédiares qui sen mettent plein les poches comme beaucoup le
disent ?»
Quant à la multiplication des prix sur les affichettes, cela ne la gêne en
aucune manière.
Catherine Nicolle, dAubermesnil-
Beaumais.
Quand je dois acheter un produit, je lachète. Le double étiquetage
des fruits et légumes ne minfluencera certainement pas et je ne ferai pas jouer la
concurrence pour autant», déclare Catherine Nicolle.
Fidèle à son hypermarché, Mme Nicolle lest depuis quil a ouvert
ses portes en 1981. Cest là quelle vient y faire ses courses de façon
régulière et quelle y a ses habitudes. Elle nenvisage donc pas de changer de
magasin «même si les fruits et légumes sont un ou deux francs moins chers ailleurs»,
assure-t-elle.
Suzanne Byczeck,
dArques-la-Bataille.
Ce qui mintéresse avant tout, cest le rapport qualité-prix. Le
reste mimporte peu, confie Suzanne Byczeck. Je suis prête à payer un peu plus cher
un produit si je sais quil est de qualité. Le double affichage va nous permettre en
effet de connaître le prix de départ des fruits ét légumes, mais cela ne changera rien
pour le consammateur et je ne pense pas que cela changera davantage quelque chose pour le
producteur. La preuve cest quils manifestent encore leur mécontentement
aujourdhui.»
«Ce que je crois, poursuit Mme Byczeck, cest que les
actionnaires des grandes surfaces ne veulent en aucun cas perdre de largent que ce
soit sur les fruits et légumes ou sur tout autre produit.» |