Journal du vendredi 20 août

Double affichage des fruits et légumes
Une mesure inutile

Le double affichage, temporaire, de certains fruits et légumes est obligatoire à partir d'aujourd'hui vendredi. Si les arrêtés signés dans l'urgence par le ministre de l'Agriculture et de la Pêche Jean Glavany doivent en théorie permettre la transparence, la réalité est nettement moins claire. Tour d'horizon dans les grandes surfaces et petits distributeurs dieppois.

Si petits et grands distributeurs sont parfois en guerre, aujourd'hui ils sont unanimes pour dénoncer les arrêtés signés dans l'urgence par le ministre de l'Agriculture et de la Pêche Jean Glavany et imposant le double affichage de neuf fruits et légumes (lire ci-contre). «C'est une mesure inutile», confient la majorité des professionnels interrogés par Les Informations dieppoises. «Ce que le client regarde, c'est le rapport qualité-prix. C'est la seule chose qui l'intéresse», assure le propriétaire de Tutti-Frutti, rue Saint-Jacques.

Rue de la Barre, un primeur souligne que «la multiplication des prix sur les affichettes risque d'embrouiller davantage le consommateur». Paul Robert, également primeur dans la Grande-Rue, n'hésite pas à parler «d'aberration. Le client veut un produit bon et pas cher. Ce que le producteur ou le commerçant gagne ne le regarde pas

D'autant que la transparence que doit permettre le double étiquetage est loin d'être évidente. «Le marché des fruits et légumes est très complexe. Il y a d'abord le producteur qui revend à une coopérative qui elle-même revend le produit à un grossiste avant qu'il n'arrive dans nos étals à nous les distributeurs. Et quand le produit arrive chez nous, nous ne connaissons pas le prix d'achat au producteur. Qui va nous donner ce prix de départ ? Notre fournisseur. Mais quelles seront nos garanties quant à l’exactitude de ce prix ?», interroge le propriétaire de Tutti-Frutti.

Des prix qui par ailleurs changent tous les jours et qui, pour un même fruit, peuvent varier selon son calibre. C’est le cas notamment des nectarines et des abricots qui comptent jusqu’à quatre calibres différents.

«Cette mesure est de la poudre aux yeux. Elle ne changera rien ni pour le consommateur, ni pour le producteur», affirme Paul Robert.

Triple affichage

Du côté des grands distributeurs, même si l’on pense qu’effectivement cette mesure ne modifiera en rien la réalité économique du marché «fruits et légumes», on veut jouer le jeu. Le directeur de l’hypermarché Leclerc Jacky Hennebil a même décidé qu’un triple affichage serait effectué dans son magasin : le prix d’achat de départ par le fournisseur, le prix d’achat de l’hypermarché à son fournisseur et enfin le prix de vente.

Un étiquetage supplémentaire qui ne devrait cependant pas demander une charge de travail plus importante pour le responsable du rayon. «Le plus embêtant pour nous sera de récolter les informations nécessaires pour pouvoir effectuer correctement cet affichage», confie M. Hennebil. Les prix seront quant à eux réévalués à chaque nouvelle livraison.

«Il aurait fallu aller plus loin»

«Si l’on voulait donner une information réelle pour déterminer les marges de chacun, il aurait fallu aller plus loin dans la démarche, ajoute le directeur du centre Leclerc. Il aurait fallu par conséquent afficher aussi les marges de chaque intermédiaire. Par exemple, le coût de transport des marchandises est énorme et c’est un service réel. Le distributeur est bien obligé d’en tenir compte dans son prix de vente

«La grande distribution est montrée du doigt. Je pense qu’elle n’est qu’un bouc émissaire, poursuit M. Hennebil. Ce n’est pas la grande distribution qui réalise le plus de marge mais les intermédiaires. Or, eux, n’ont aucun compte à rendre. Quelles seront les conséquences de ce double ou triple affichage ? Je n’en sais rien. Je crois simplement que les producteurs ne gagnent effectivement pas grand chose sur un kilo de pommes ou de raisins

Neuf produits concernés

Le double affichage des prix sur les fruits et légumes est temporaire. Il varie de un à trois mois selon les produits et est en théorie obligatoire à partir d’aujourd’hui.

Il concerne neuf produits d’été en crise à savoir les pommes, poires, raisins de table, pêches, nectarines, abricots, melons, tomates et concombres.

Ce qu’en pensent les consommateurs

Marie-Thérèse Obry, de Martin-Eglise :

Interrogée sur le double affichage des fruits et légumes, Marie-Thérèse Obry affirme que cette mesure ne changera rien dans son comportement d’achat. «Si j’ai besoin d’un produit, je l’achèterai, témoigne-t-elle. En revanche, je trouve qu’il est intéressant de connaître le prix de départ d’un fruit et celui d’arrivée. On peut se demander où passe la différence ? Est-ce réellement les intermédiares qui s’en mettent plein les poches comme beaucoup le disent ?»

Quant à la multiplication des prix sur les affichettes, cela ne la gêne en aucune manière.

Catherine Nicolle, d’Aubermesnil- Beaumais.

Quand je dois acheter un produit, je l’achète. Le double étiquetage des fruits et légumes ne m’influencera certainement pas et je ne ferai pas jouer la concurrence pour autant», déclare Catherine Nicolle.

Fidèle à son hypermarché, Mme Nicolle l’est depuis qu’il a ouvert ses portes en 1981. C’est là qu’elle vient y faire ses courses de façon régulière et qu’elle y a ses habitudes. Elle n’envisage donc pas de changer de magasin «même si les fruits et légumes sont un ou deux francs moins chers ailleurs», assure-t-elle.

Suzanne Byczeck, d’Arques-la-Bataille.

Ce qui m’intéresse avant tout, c’est le rapport qualité-prix. Le reste m’importe peu, confie Suzanne Byczeck. Je suis prête à payer un peu plus cher un produit si je sais qu’il est de qualité. Le double affichage va nous permettre en effet de connaître le prix de départ des fruits ét légumes, mais cela ne changera rien pour le consammateur et je ne pense pas que cela changera davantage quelque chose pour le producteur. La preuve c’est qu’ils manifestent encore leur mécontentement aujourd’hui.»

«Ce que je crois, poursuit Mme Byczeck, c’est que les actionnaires des grandes surfaces ne veulent en aucun cas perdre de l’argent que ce soit sur les fruits et légumes ou sur tout autre produit


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