| Si tout se passe comme espéré, la première
liaison fret entre Dieppe et Newhaven pourrait intervenir vers le 8 décembre. Cest
le fruit de la rencontre, mercredi matin dans les locaux des Affaires maritimes à Dieppe,
entre Seatruck, les délégués des sections maritimes des syndicats CFDT, FO et CGT, la
chambre de commerce, la ville, le commandant du port et ladministrateur des Affaires
maritimes. Il ne manquait - et cest peut être dommage - quun représentant du
groupement des transporteurs dieppois dont le coup de gueule, la semaine dernière, a
permis certainement daccélérer le processus. Et ils seront des utilisateurs de
cette liaison. «Cette longue réunion - deux heures et demie -
sest déroulée dans un excellent climat», se réjouit Eric Mévelec. «Chacun
a exprimé son point de vue. Tout le monde se voulait constructif.»
Le problème, rappelons-le, est simple. La CCID est tombée daccord avec
Seatruck pour exploiter une liaison fret entre Dieppe et Newhaven. Cet armement sest
mis en quête dun bateau en conformité avec les équipements portuaires des deux
ports et correspondant à ses objectifs. Compte-tenu de ces critères, Kevin Hobbs,
managing director de Seatruck, a précisé que le seul navire disponible sur le marché
est le Landi. Il est armé depuis cinq ans par le même équipage : 24 marins, soit
2 officiers allemands et 22 Estoniens ou Russes. Pour des raisons de sécurité et de
rentabilité, le propriétaire du bateau, la société allemande Adler, souhaite maintenir
cet équipage.
Or lITF, la fédération des Transports représentative des marins
français, préfère logiquement des équipages composés de marins français ou tout au
moins communautaires. Doù un risque de conflit lorsque le Landi touchera à
Dieppe. Or la société Adler ne veut pas engager son cargo sans garantie de paix
sociale....
Ladministrateur a rappelé que, «quel que soit son pavillon, tout
navire devait être conforme aux standards des conventions internationales sur la
sauvegarde de la vie humaine en mer et sur la qualification des équipages. En droit
maritime, la condition sociale des marins relevant de la loi du pavillon, cest sur
ce seul champ quil pouvait y avoir négociation».
En réalité il semble que avant tout chaque partie avait besoin de se parler,
détablir les bases dune négociation, les syndicats de marins présents (FO,
CFDT et CGT) comprenant naturellement les réalités économiques locales rappelées par
la Chambre de commerce et appréciant que Seatruck envisage de recruter pour assurer le
service à Dieppe douze agents du service général de nationalité française.
En outre Seatruck a assuré investir 20.000.000 F dans ce projet auxquels
sajoutent 20 autres millions de francs de concours bancaires. Selon les études de
marché réalisées, les comptes dexploitation séquilibreraient après trois
années dactivité, linvestissement devenant rentable au bout de cinq ans.
Nouvelle réunion à la fin du
mois
Les syndicalistes, «conscients de lintérêt
économique et social de ce dossier au plan local», ont donc modéré leurs
revendications à condition que Seatruck sengage à recruter des marins français
dès que ses résultats le permettront.
La CFDT, par exemple, a subordonné son accord à létablissement
dun échéancier. Cet échéancier sera adressé dès aujourdhui à
ladministrateur des Affaires maritimes : «Je vais le transmettre aux syndicats
et une nouvelle réunion est programmée pour le lundi 29 novembre», précise Eric
Mévelec. «Théoriquement, ce jour là on devrait finaliser laccord»
Alors, si tout est réglé ce jour là, on pourra passer à la concrétisation
du projet. Le Landi, à quai à Kiel, en Allemagne, devra subir des travaux sur le
kiosque avant pour pouvoir travailler à Newhaven, ce qui demandera trois jours. Ensuite
il faudra deux jours au cargo pour venir chez nous, puis un jour pour les ultimes
préparatifs. Et la liaison pourrait donc enfin être opérationnelle.
Le Landi effectuerait deux rotations quotidiennes en semaine plus une le
samedi matin. Sa capacité de transport est de 55 pièces de fret plus 90 chauffeurs. Et
Seatruck estime pouvoir obtenir un taux de remplissage de lordre de 60%.
«Désormais», conclut M Mévellec, «les positions sont claires. Et
chacun est mis devant ses responsabilités».
D. L.
Trafic en chute libre
Le redémarrage du fret transmanche fera du bien au port de
Dieppe. Car le trafic global est en forte régression depuis la fermeture de la desserte
entre Dieppe et Newhaven par P&0/ Stena line fin janvier. A lissue des dix
premiers mois de lexercice 1999, la baisse était de 49,4%.
Le transmanche atteint 114.499 t au lieu de 706.315 t lan dernier. Le
trafic fruitier a reculé de 7,6% à 203.726 t et les autres marchandises de 5% à 318.819
t. |