Journal du 19 novembre 1999

La réunion Seatruck - syndicats de marins
s'est déroulée dans un esprit positif

Ligne fret Dieppe - Newhaven :
ouverture en vue

Si tout se passe comme espéré, la première liaison fret entre Dieppe et Newhaven pourrait intervenir vers le 8 décembre. C’est le fruit de la rencontre, mercredi matin dans les locaux des Affaires maritimes à Dieppe, entre Seatruck, les délégués des sections maritimes des syndicats CFDT, FO et CGT, la chambre de commerce, la ville, le commandant du port et l’administrateur des Affaires maritimes. Il ne manquait - et c’est peut être dommage - qu’un représentant du groupement des transporteurs dieppois dont le coup de gueule, la semaine dernière, a permis certainement d’accélérer le processus. Et ils seront des utilisateurs de cette liaison.

«Cette longue réunion - deux heures et demie - s’est déroulée dans un excellent climat», se réjouit Eric Mévelec. «Chacun a exprimé son point de vue. Tout le monde se voulait constructif

Le problème, rappelons-le, est simple. La CCID est tombée d’accord avec Seatruck pour exploiter une liaison fret entre Dieppe et Newhaven. Cet armement s’est mis en quête d’un bateau en conformité avec les équipements portuaires des deux ports et correspondant à ses objectifs. Compte-tenu de ces critères, Kevin Hobbs, managing director de Seatruck, a précisé que le seul navire disponible sur le marché est le Landi. Il est armé depuis cinq ans par le même équipage : 24 marins, soit 2 officiers allemands et 22 Estoniens ou Russes. Pour des raisons de sécurité et de rentabilité, le propriétaire du bateau, la société allemande Adler, souhaite maintenir cet équipage.

Or l’ITF, la fédération des Transports représentative des marins français, préfère logiquement des équipages composés de marins français ou tout au moins communautaires. D’où un risque de conflit lorsque le Landi touchera à Dieppe. Or la société Adler ne veut pas engager son cargo sans garantie de paix sociale....

L’administrateur a rappelé que, «quel que soit son pavillon, tout navire devait être conforme aux standards des conventions internationales sur la sauvegarde de la vie humaine en mer et sur la qualification des équipages. En droit maritime, la condition sociale des marins relevant de la loi du pavillon, c’est sur ce seul champ qu’il pouvait y avoir négociation».

En réalité il semble que avant tout chaque partie avait besoin de se parler, d’établir les bases d’une négociation, les syndicats de marins présents (FO, CFDT et CGT) comprenant naturellement les réalités économiques locales rappelées par la Chambre de commerce et appréciant que Seatruck envisage de recruter pour assurer le service à Dieppe douze agents du service général de nationalité française.

En outre Seatruck a assuré investir 20.000.000 F dans ce projet auxquels s’ajoutent 20 autres millions de francs de concours bancaires. Selon les études de marché réalisées, les comptes d’exploitation s’équilibreraient après trois années d’activité, l’investissement devenant rentable au bout de cinq ans.

Nouvelle réunion à la fin du mois

Les syndicalistes, «conscients de l’intérêt économique et social de ce dossier au plan local», ont donc modéré leurs revendications à condition que Seatruck s’engage à recruter des marins français dès que ses résultats le permettront.

La CFDT, par exemple, a subordonné son accord à l’établissement d’un échéancier. Cet échéancier sera adressé dès aujourd’hui à l’administrateur des Affaires maritimes : «Je vais le transmettre aux syndicats et une nouvelle réunion est programmée pour le lundi 29 novembre», précise Eric Mévelec. «Théoriquement, ce jour là on devrait finaliser l’accord»

Alors, si tout est réglé ce jour là, on pourra passer à la concrétisation du projet. Le Landi, à quai à Kiel, en Allemagne, devra subir des travaux sur le kiosque avant pour pouvoir travailler à Newhaven, ce qui demandera trois jours. Ensuite il faudra deux jours au cargo pour venir chez nous, puis un jour pour les ultimes préparatifs. Et la liaison pourrait donc enfin être opérationnelle.

Le Landi effectuerait deux rotations quotidiennes en semaine plus une le samedi matin. Sa capacité de transport est de 55 pièces de fret plus 90 chauffeurs. Et Seatruck estime pouvoir obtenir un taux de remplissage de l’ordre de 60%.

«Désormais», conclut M Mévellec, «les positions sont claires. Et chacun est mis devant ses responsabilités».

D. L.

 

Trafic en chute libre

Le redémarrage du fret transmanche fera du bien au port de Dieppe. Car le trafic global est en forte régression depuis la fermeture de la desserte entre Dieppe et Newhaven par P&0/ Stena line fin janvier. A l’issue des dix premiers mois de l’exercice 1999, la baisse était de 49,4%.

Le transmanche atteint 114.499 t au lieu de 706.315 t l’an dernier. Le trafic fruitier a reculé de 7,6% à 203.726 t et les autres marchandises de 5% à 318.819 t.


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