Journal du 9 février 1999

Evelyne Duhamel succède à Jean-Paul Lalitte à la tête de la CCID
Dieppoise et fière de l'être

Elue à l’unanimité. Evelyne Duhamel est devenue, hier après-midi, le 37è président de la Chambre de commerce et d’industrie de Dieppe. Et par la même occasion la première présidente. Un évènement incontestablement. "Les objectifs fixés en 1998 après les élections demeurent" insiste-t-elle, entourée des membres du bureau. Qui comporte un nouveau visage: Bernard Lasnier, l’ancien directeur général de Tecnoffra. Numériquement, il remplace Jean-Paul Lalitte qui, hier, devait avoir le coeur serré.

Par contre, pour les délégations des uns et des autres, on se reverra dans quelques jours. "Une période nouvelle s’ouvre, il ne peut s’agit d’une succession", insiste Madame la Présidente. "Cependant", ajoute-t-elle, "les donnes ne sont plus exactement les mêmes, la situation économique s’est modifiée". Et elle s’explique: "Les grands investissements engagés pour la survie de la cité sont terminés. Les efforts financiers consentis, les crises qui viennent de s’abattre, vont conduire notre équipe à gérer les outils, c’est à dire à utiliser les finances au mieux, à penser autrement..."

Concrètement, la nouvelle équipe va "définir un projet d’entreprise CCID", va observer une gestion rigoureuse. Elle s’intéressera à la préparation du contrat de plan Etat/Région, elle poursuivra le programme de redynamisation du tissu commercial dans les villages mais aussi à Dieppe avec "Centre 2.000". Et elle n’en oubliera naturellement pas le port en général et la ligne Dieppe-Newhaven en particulier. Dans l’intérêt de Dieppe et de sa région...

ElectionCCI.EPS (483895 octets) (Pour voir le nouveau bureau, cliquez sur la photo)

DIEPPOISE, ET FIÈRE DE L’ÊTRE...

Sa potion magique, c’est la mer...Evelyne Duhamel a dû tomber dans une marmite pleine d’eau récoltée au pied de la falaise de Neuville quand elle était petite car la mer, c’est sa vie. Si en compagnie de Jean-Pierre, son mari, elle s’occupe d’une case de marée depuis vingt-six ans, sa famille a vécu avec et pour la Ligne. Et après avoir exercé quelque temps comme secrétaire médicale, elle a rejoint son époux sous la halle au poisson. Sa case de marée y est toujours. Elle est entrée il y a trois ans à la Chambre de commerce. Il y a un an, Jean-Paul Lalitte l’a appelée à ses côtés pour s’occuper de la pêche. Et la voilà maintenant présidente....

"Je suis Dieppoise et fière de l’être." Evelyne Duhamel annonce d’entrée la couleur. Elle est née à Neuville, près de la chapelle de Bonsecours. Maintenant elle habite rue de la Barre. Entre les deux, pas mal de chemin parcouru...

"D’abord l’école Paul-Bert, mais pas très longtemps, puis Sévigné, puis Fénelon et, pour finir, une classe préparatoire à une grande école au lycée Corneille à Rouen", se souvient cette femme très enjouée, toujours prête à rire, au rire communicatif. Mais aussi très professionnelle.

Elle abandonne les études pour "la vie active". A Dieppe naturellement. Outre la pêche au long cours, la Ligne a baigné sa jeunesse: "Un de mes grands-pères en a été victime, il est d’ailleurs enterré à Newhaven. Mon père a exercé aux Chargeurs réunis puis comme maître d’hôtel sur les paquebots de la Ligne. Il nous parlait du Lisieux, du Londres, de l’Arromanches..." C’est dire si elle est sensibilisée aux problèmes actuels vécus par le Transmanche: "Dans ce domaine, il faut se montrer prudent", insiste-t-elle. "Pour l’instant c’est réglé avec Hoverspeed. Mais pour le reste, tant que ce n’est pas signé...Je suis optimiste de nature, mais aussi réaliste!"

Parfois élue
sans être candidate

Un réalisme indispensable également dans le monde du commerce, l’autre fibre familiale.. Qu’elle tient de sa mère. Et elle a réussi à lier les deux en épousant Jean-Pierre Duhamel: "en 1964, dans l’ancienne mairie, rue Victor Hugo. C’est M Guérard qui nous a unis."

Jean-Pierre tient commerce dans le monde de la pêche: fils de Duhamel-Dauce, mareyeur, déjà sous la halle au poisson. Il assurera la succession. La case se déplace, se développe. Jean-Pierre a besoin de renfort...

Evelyne est secrétaire médicale, jusqu’à la naissance de son second enfant. C’était il y a vingt-six ans. Depuis, elle aussi a rejoint la halle au poisson, la rue Lavoine, la criée. "Avec mon mari, je me trouvais déjà dans le milieu de la pêche et j’ai toujours aimé le monde maritime. Alors mon nouveau métier ne m’a pas posé de problème d’intégration."

Evelyne devient rapidement une habituée de la criée, négocie avec habileté, joue la carte de la qualité. Et sa case de marée prospère. Elle vit la crise de la pêche, les hauts, les bas, les quotas, les prix qui fluctuent au fil de la météo, des décisions communautaires, des volte-face fréquents dans ce monde si particulier.

"Petit à petit, et tout naturellement, je me suis retrouvée au sein d’organismes, de syndicats, de fédérations professionnelles de la filière pêche. J’ai même parfois été élue sans être candidate", rit-elle. L’engrenage: plus elle apprend, plus elle rend service. Et plus ses services sont demandés. Mais elle ne le regrette pas!

Négociatrice

Jean-Paul Lalitte l’a remarquée. Le port de Dieppe n’est pas si grand...Et la filière pêche lui fait rencontrer régulièrement des représentants de la Chambre de commerce et d’industrie de Dieppe. "Je suis rentrée en 1995 à la CCID comme membre pour défendre les intérêts de la filière pêche".

Une filière qui se débat avec l’Europe. Il faut mettre les cases aux normes, il faut une tour à glace, la criée est "oubliée" par les coquillards...La crise. La CCID est critiquée pour les prix pratiqués, pour les services plus ou moins bien rendus. Rien ne va plus.

Evelyne Duhamel prône la négociation, la rencontre autour d’une table... Plusieurs mois de discussions. Mais de la discussion naît la solution. Et l’apaisement. La criée est sauvée, la CCID respire, la filière pêche également. Le clash n’aurait profité à personne. La mareyeuse a joué un rôle important dans la résolution de ce dossier: "On a travaillé tous ensemble avec la volonté d’aboutir", tempère-t-elle avec modestie. Et Jean-Paul Lalitte l’a noté.

Mon mari a donné son accord

Décembre 1997: élections à la CCID. Jean-Paul Lalitte se laisse fléchir: il entame un nouveau et dernier mandat comme président. Mais en attribuant de larges délégations à ses vice-présidents. Et en les associant encore plus à la gestion de l’établissement consulaire.

Lors de l’élection du bureau, il prône l’élection de Evelyne Duhamel comme vice-présidente. Chargée de la pêche, naturellement. Elle devient la première femme au bureau de la CCID. Une date dans l’histoire de la Chambre! "Je ne m’y attendais pas", insiste-t-elle. "Je venais à peine d’arriver."

Mais elle cumule avec efficacité ses activités familiales, professionnelles et consulaires. Et quand Jean-Paul Lalitte, au fil des mois, programme son désengagement, il pense à elle pour lui succéder.

"Ma succession est préparée" annonce-t-il en même temps que sa démission, lors des voeux à la CCID, début janvier. Et il se tourne vers Evelyne Duhamel. C’est le bureau qui a appuyé ce voeu de Jean-Paul Lalitte: "Il faudrait que ce soit Evelyne". Evelyne qui, une fois de plus, n’était pas candidate. Mais qui a accepté. Avec le feu vert de son mari: "J’ai la chance d’avoir un mari actif et très ouvert".

Et à condition de travailler en équipe naturellement: "Car la présidence de la CCID, ça prend beaucoup de temps, c’est beaucoup de responsabilités. Et contrairement à ce que certains pensent, c’est du bénévolat. Mais si je peux être utile..."

Elle n’arrive pas à la tête de la Chambre à une période facile: les finances ont besoin d’être regonflées. Car les gros investissements - "indispensables"- pour assurer la pérennité du port et donc de Dieppe ont vidé les caisses. Et l’avatar REGMA n’était pas programmé.

Alors, le temps des gros investissements est passé. Il faudra avant tout gérer. Ce qui n’interdit pas cependant tout rêve...

Denis LEPRETTRE

 

CINQ FEMMES PRESIDENTES

Evelyne Duhamel est la cinquième femme présidente d’une Chambre de commerce et d’industrie en France. Des femmes dirigent également depuis peu des CCI à Lorient, à Nevers, à Auxerre et à Vienne.

GRAND-MÈRE

Mariée à Jean-Pierre, Evelyne est mère de deux enfants et grand-mère de deux petites filles. "Les petits enfants, c’est chouette", s’exclame-t-elle. Et malgré ses nouvelles fonctions elle n’a pas du tout l’intention de les négliger.

DANS LA FILIÈRE

Evelyne Duhamel est également membre du bureau du comité local des pêches, du comité régional des pêches, secrétaire du syndicat des mareyeurs.

PROMOTION

Evelyne Duhamel se bat notamment pour la reconnaissance de la coquille Saint-Jacques dieppoise. Au sein de la CCID, au sein des structures professionnelles, mais aussi sur le plan de la promotion de ce symbole de Dieppe.

Ainsi elle est membre de la confrérie du Hareng et de la coquille Saint-Jacques et participe régulièrement aux diverses animations de ce groupe d’amis. Par exemple, lors de la Foire au hareng et à la Coquille, en novembre, au Bout du Quai.

 


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