| Maintenant, un jeune pêcheur qui veut
prendre la mer doit obligatoirement posséder un CAP. Un marin plus expérimenté est
obligé de se former pour bénéficier dune retraite convenable. Tous fréquentent
un jour ou lautre le lycée maritime Anita Conti de Fécamp. Parmi eux, on retrouve
forcément des élèves dieppois. Cette année, de 20 à 25%
de nos effectifs sont originaires de Dieppe» confirme dailleurs le directeur
Claude Girard. Létablissement fécampois organise même dans notre cité, tous les
ans, une session de formation continue au mois de mars. Les cours se déroulent à la
maison des associations. Bâti pour accueillir 130 élèves, le lycée en reçoit cette
année 128 (voir encadré). La profession de marin attire toujours. Mais il faut passer
par lécole pour prendre la mer.
En effet, les prescriptions européennes obligent les nouveaux pêcheurs à
posséder au moins un CAP «Matelot». «Avant, on pouvait embarquer sur un bateau de
moins de 25 tonneaux sans formation. Maintenant, les règles sont strictes,» souligne
le chef détablissement. Finie lépoque où le courage et les gros bras
suffisaient. Si ses qualités sont toujours requises pour travailler au large, le jeune
pêcheur a besoin dun minimum de réflexion et dinstruction. «Lenseignement
général est le même que dans les autres CAP ou BEP, ils suivent des cours de français,
de mathématiques, dhistoire géographie» remarque Claude Girard.
Pour cet ancien officier de la marine marchande, «le métier de marin
change. On va vers une spécialisation des connaissances». Matelotage, ramadage,
techniques de pêche... même si ces matières sont encore enseignées, elles ne suffisent
plus.
«Une bonne gestion fait un bon patron» souligne Hugues Récher, fils du
capitaine fécampois Jean Récher, ancien patron du Notre Dame du Salut devenu
professeur au lycée maritime et spécialiste de la protection de la ressource (voir ci
dessous). «Un officier de quart doit savoir se servir de la radio. Et même si les
élèves naiment pas toujours, lAnglais est très important» ajoute
lenseignant. Protection incendie, technique de survie, cours de secourisme
(attestation de formation aux premiers secours) sont intégrés dans le cursus des
apprentis pêcheurs.
Mais la pratique tient toujours la part la plus importante. «Les élèves
ont une période de stage embarqué. Le bouche à oreille va très vite sur les quais. Si
le jeune a donné satisfaction, il trouvera une place à la sortie de lécole»
indique Hugues Récher.
Avenir
Se former daccord ; mais la pêche offre-t-elle des
débouchés ? Peut-on encore vraiment en vivre ? «Si la pêche industrielle semble
fragile : la flotte nayant pas été renouvelée, la pêche côtière fonctionne
encore» estime Hugues Récher. «Je suis optimiste, on sent une reprise. Mais il
faut prendre le bon créneau au bon moment. Il faut être polyvalent et savoir
sadapter aux nouveaux matériaux».
«La majorité des marins en activité ont entre 50 et 55 ans. Il y a en ce
moment beaucoup de départs en retraite, donc des postes à prendre. Dans le sud-ouest par
exemple, on ne trouve pas suffisament de matelots et on recrute en Espagne» souligne
de son côté Claude Girard. Ce dernier rappelle également que les diplômes préparés
dans son établissement ouvrent la voie au concours de la marine nationale par exemple.
Tous les élèves népouseront pas la carrière de pêcheur. Même si le
métier passionne encore. Christophe Heitz jeune dieppois en CAP 1 a «envie de devenir
marin comme (son) frère qui est en stage sur le Samy». Vocation quand tu nous
tiens...
Hugues Récher :
«Ne pas pêcher les jeunes poissons»
Présent à la conférence du cercle maritime ce soir,
Hugues Récher défend lors de ces cours au lycée maritime de Fécamp la protection de la
ressource. Il invite ses élèves et tous les marins à pêcher
responsable . Même sil reconnaît quil est difficile
détablir une règle commune à toutes les espèces.
Informations dieppoises :
Vous semblez attacher beaucoup dimportance à la protection de la
ressource... Pourquoi cette notion vous paraît-elle capitale ?
Hugues Récher :
«Lavenir de la pêche passe par là. Même si les règles ne sont pas
faciles à mettre en place. Chaque poisson a son comportement, son mode de vie».
I.D. :
Insistez-vous beaucoup auprès de vos élèves ?
H.R. :
«Pendant les cours de technique de pêche, nous abordons la protection, les
règlements, la reproduction. Nous passons aussi des cassettes vidéo de lIFREMER
sur la protection des jeunes et lévolution des stocks».
I.D. :
Pourquoi protéger surtout les jeunes ?
H.R. :
«Cest la meilleure solution. Des études ont montré que quand les gros
poissons étaient en danger, ils se mettaient à pondre. Par contre, en pêchant les
petits, on risque datteindre le futur de lespèce. Un pêcheur sait que
sil a attrapé une petite coquille, il peut la remettre à leau. Elle vivra
encore. Mais les pêcheurs ne doivent pas être les seuls à faire des efforts. Mareyeurs
et poissonniers doivent aussi être responsables et refuser les poissons trop petits même
sils savent quils vont les vendre.»
I.D.
Comment passe le message dans la profession ?
H.R. :
«Il faut faire comprendre aux pêcheurs quon raisonne sur le long terme et
pas toujours à courte échéance. La pêche à la coquille doit sapparenter à une
cueillette pas à un pillage. Létablissement de quotas et linterdiction de
pêche dans les zones de reproduction portent leur fruit. Il y a dix ou quinze ans, les
coquilles avaient presque disparu. (...). En Norvège, grâce à la réglementation, la
morue redevient abondante. Même les Canadiens sont prêts à augmenter un peu les quotas.
Le poisson revient vite quand on le laisse se reposer».
I.D. :
De quoi parlerez-vous ce soir lors de la conférence ?
H.R. :
«Jévoquerai la pêche au grand fond. Là aussi, les ressources sont à
protéger. Lempereur, qui était très recherché il y a quelques années, a
quasiment disparu. Un seul bateau le fait. Il est amarré à Boulogne et le patron
simpose sa propre réglementation en évitant de pêcher deux fois au même endroit.
Par ailleurs, on découvre de nouvelles espèces entre 500 et 1000m comme le grenadier, le
sabre ou la lingue bleue. Mais comme on ne connaît pas bien ces poissons, il est
difficile de savoir comment les protéger.»
I.D. :
Vous êtes originaire de Fécamp. La pêche au grand large est vraiment une
spécialité de ce port ...
H.R. :
«Cest une tradition. Même si les terre-neuvas ont disparu. Les Fécampois
ont gardé lhabitude de partir loin. Quand je naviguais encore, on trouvait près de
200 Fécampois à Boulogne. Je suis sûr quils sont encore nombreux
aujourdhui. A Dieppe, on est plus attaché aux métiers de la côte comme la
coquille ou le hareng. Il y a aussi les fileyeurs, dans les petits ports comme
Saint-Aubin-sur-Mer. Ce métier se développe même sil nembauche pas
beaucoup».
Lycée maritime
128 élèves et un internat
Le lycée maritime Anita Conti est installé depuis trois
ans sur le quai Maupassant à Fécamp. Il possède un internat, côte Saint-Jacques.
Etablissement public local denseignement, il fonctionne comme un lycée de
léducation nationale même sil dépend de la direction régionale des
affaires maritimes, cest à dire du ministère des Transports.
Il compte cette année 128 élèves en formation initiale. La plupart sont
originaires du département : Fécamp, Rouen, Le Havre, Dieppe mais aussi de
Basse-Normandie et de Région parisienne. Lécole prépare à trois diplômes.
- CAP «matelot» : ce diplôme se prépare en deux ans. Il accepte des
élèves de niveau 5e ou 4e. Il permet de naviguer sur nimporte quel type
dembarcations (pêche ou commerce).
- BEP «conduite et exploitation des navires de pêche» : les initiés
lappellent «pont». Comme le CAP, il se prépare en deux ans. Il permet de devenir
lieutenant de pêche après dix-huit mois de navigation. Le tout sans retourner à
lécole.
- BEP «machines marines» : lui aussi se prépare en deux ans. Il
destine aux métiers techniques maritimes et paramaritimes. Il permet de devenir officier
mécanicien de 3e classe après une période de navigation.
Létablissement organise également des sessions de formation continue
pour les professionnels : un «certificat de capacité» à la maison des
associations de Dieppe pour les pêcheurs qui souhaitent donner une nouvelle impulsion à
leur carrière et préparer leur retraite et une formation de «mécanicien motoriste
à la pêche» se déroule au lycée pendant quatre mois. Ces actions sont
subventionnées par la Région. |