Journal du 17 décembre 1999

Cité de la mer : dépôt de bilan et licenciements évités
La Ville débloque 500 000 francs
pour éviter le pire

Éric Tavernier et son équipe de l’Estran passeront des fêtes de fin d’année l’esprit plus serein : la Cité de la mer ne fermera pas au 31 décembre. Le bilan ne sera pas déposé, le personnel ne sera pas licencié. Dans l’immédiat, l’avenir est moins sombre : d’ailleurs une nouvelle exposition est programmée pour le printemps qui, selon son président, devrait être la saison de la relance.

Début octobre, le conseil d’administration fraîchement élu après la démission collective du précédent n’avait pas caché son inquiétude : «On autorise la poursuite de l’activité jusqu’au 31 décembre. Si d’ici la Saint-Sylvestre personne ne s’engage à nos côtés pour relancer financièrement la machine, on arrêtera les frais». Et c’en sera fini de cette structure qui a pris toute sa place dans le paysage dieppois et qui constitue un produit d’appel pour le tourisme.

Les semaines se sont écoulé. La fin de l’année approchait et rien ne bougeait. Seul le conseil régional s’était manifesté pour rappeler sa ligne de conduite : pas de subvention de fonctionnement ni même pour apurer les comptes ; en revanche participation aux actions de formation et de recherche. La Ville de Dieppe était prête à ouvrir sa bourse mais à condition de ne pas être seule à participer. Quant au conseil général, il attendait des documents sur un plan de redressement et un plan de gestion.

Lundi dernier, le maire et ses collègues de la municipalité se sont réunis en séance extraordinaire. Pour faire le point. Et comme le conseil d’administration de l’Estran se réunissait le soir même, Christian Cuvilliez et ses amis ont décidé une participation financière annuelle de 500 000 francs. La bonne nouvelle a été annoncée quelques heures plus tard aux intéressés, ravis on s’en doute.

Une sacré épine du pied était retirée: même si la mesure devra d’abord être ratifiée par le conseil municipal fin janvier avant le versement de la somme, la «garantie» de la Ville devrait rassurer les autres instances sur la pérennité de l’Estran-Cité de la mer. Or cette inconnue sur l’avenir du site bloquait le versement de subventions attendues du Feder et du conseil régional.

On attend 640 000 francs

Éric Tavernier a donc retrouvé le sourire même si rien n’est encore gagné. «Depuis mardi j’ai repris des contacts avec le conseil régional et le secrétariat général aux Affaires régionales chargé des fonds européens», précise le président de l’Estran.

En effet, selon une lettre de Jean Beaufils, vice-président du conseil régional, datée de mars dernier, la Région a décidé de renouveler cette année le financement de 170 000 F prévu par le contrat de plan pour les opérations de Recherche et de Technologie.

Or l’argent n’est pas arrivé jusqu’à Dieppe. «La réunion qui en décide l’attribution, en juillet, a «oublié» l’Estran, sans doute persuadé de la mort prochaine de la structure,» pense Éric Tavernier. Enquête en cours...

Idem pour 470 000 F bloqués pour la même raison par le trésorier payeur général, émanant de fonds européens pour des actions de 1997 et 1998, (Edulis pour les études sur la production de moules et d’huîtres à Dieppe) argent ne pouvant naturellement pas servir à boucher des trous. «J’ai obtenu au SGAR la certitude que l’argent était toujours là», se rassure Éric Tavernier. Là aussi enquête en cours.

Et ces deux enquêtes doivent être rondement menées: si l’argent n’est pas versé avant le 31 décembre, il sera définitivement perdu. A la mairie, on appuie naturellement les démarches de l’Estran pour récupérer ces 640 000 F. «Avec ces sommes, le passif serait apuré», calcule Éric Tavernier.

Le conseil général : rien de nouveau

On repartirait donc de zéro. Ou presque. Ce qui cependant ne règlerait pas pour autant le financement de l’Estran : il lui faut annuellement près d’un million de francs pour boucler le budget en fonctionnant correctement. La Ville s’engage donc, sous réserve de l’accord du conseil municipal, pour une somme de 500 000 francs au titre de l’année 2000 plus les frais à l’annexe de l’ancienne prison du Pollet (eau, électricité, loyer).

«Pour le reste on compte en grande partie sur le conseil général», commente Éric Tavernier. Le député-maire, dans sa lettre de lundi dernier, précise que «cette subvention, ajoutée à la subvention annoncée par le conseil général, correspondant à l’équivalent d’un poste de directeur (300 000 francs), permettra à l’association d’équilibrer ses comptes et d’assurer le redressement de la situation». On en prend acte et une réunion doit se tenir prochainement à ce sujet à l’antenne de Dieppe du conseil général.

Au conseil général, on tombe des nues. «Pour nous, il n’ y a rien de changé, affirmait hier Paul Caron. Nous avons répété que nous n’étions pas demandeurs dans ce dossier. Nous avons précisé à M. Tavernier qu’il fallait nous envoyer des documents sur un plan de redressement de l’Estran-Cité de la mer et sur la gestion future de la structure. Les documents reçus ne nous ont pas convaincu. Notre position n’a donc pas changé. Pour nous, il n’ y a rien de nouveau»

Voilà qui refroidira sans doute l’enthousiasme du président de l’Estran. Mais qui ne devrait pas pour autant empêcher la Cité de la mer de rouvrir ses portes après la fermeture les 24, 25 et 26 décembre d’une part, 31 décembre, 1et 2 janvier d’autre part: pour cause de fêtes de fin d’année.

Denis LEPRETTRE


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