Journal du 15 octobre 1999

La gestion de Jean-Paul Lalitte critiquée par l'I.G.F.
La police enquête sur la CCID

Je ne sais pas ce qu’ils cherchent, mais ils veulent faire tomber quelqu’un». C’est la réaction, hier, d’ Eveline Duhamel concernant les auditions et gardes à vue de membres actuels ou anciens de la Chambre de commerce et d’industrie de Dieppe interpellés depuis mardi par la police judiciaire dans le cadre d’une enquête préliminaire sur les activités passées de la CCID. La présidente se trouve aujourd’hui encore en Suisse en voyage d’étude avec la chambre régionale de commerce et d’industrie. Mais elle suit évidemment avec attention le déroulement de cette affaire qui remue l’établissement consulaire dieppois.

Eveline Duhamel, avant de partir, savait déjà que son directeur technique, Philippe Offerlé, avait pu rentrer chez lui après quarante huit heures passées à l’hôtel de police de Dieppe. Depuis il en a été de même pour son premier vice-président et président de la commission des marchés, Jean-Pierre Caron, également président du tribunal de commerce de Eu, et pour Henri Follet, assureur et colistier de Jean-Paul Lalitte. Seul ce dernier, hier soir, se trouvait encore dans les locaux de la PJ à Rouen après avoir reçu la visite de son avocat Me Dominique Lemiegre dans la matinée. La garde à vue de l’ancien président pouvait se prolonger jusqu’à ce matin 9 heures.

D’autres personnes, une douzaine apparemment, ont été aussi entendues par les policiers: des chefs de service de la CCID, l’ancien directeur-général, un cadre des entreprises maritimes Léon-Vincent...

Que cherche à savoir la PJ, qui enquête depuis une bonne année à la CCID, rencontrant les gens, regroupant des documents? Difficile à affirmer pour l’instant tant qu’une mise en examen n’est pas prononcée: c’est seulement à partir de cet instant que l’avocat de la personne concernée a accès au dossier. Autrement il ne peut rencontrer son client qu’au bout de la vingtième heure de détention et durant seulement une demi-heure. Et il n’est pas évident que son client le sache déjà alors...

Cependant, on peut penser que le rapport de l’enquête sur la CCID menée en juin 1998 par l’Inspection générale des Finances et les conclusions parvenues en décembre ne sont pas étrangers à l’intérêt porté par la brigade financière de la PJ. En effet, ce rapport n’est pas tendre avec l’équipe dirigeante de la CCID, présidée alors par Jean-Paul Lalitte, au milieu de son troisième mandat.

Il dénonce le laxisme au niveau de la gestion, des investissements hors de proportion avec les ressources financières et des irrégularités graves au niveau de la passation de certains marchés au profit de sociétés gravitant autour de la CCID et où on retrouve notamment le nom de Lalitte même si Jean-Paul assure avoir vendu toutes ses participations dans ses sociétés en 1993. Et la PJ aimerait sans doute bien savoir si au cours de ces dernières années et notamment à partir de 1995, année qui vit des textes plus précis sur la marche à suivre par les CCI pour passer des marchés, il n’ y aurait pas eu des prises illégales d’intérêt ou un délit de favoritisme...

Car la CCID a un budget annuel de l’ordre de 100 MF et passe chaque année 60 MF de marchés pour différents investissements. Ils n’ont pas manqué depuis l’arrivée de Jean-Paul Lalitte à la tête de la CCID il y a dix ans: nouveau terminal, port de plaisance, élargissement de la passe à l’entrée du bassin de commerce, acquisition de grues...Ce qui a rendu la trésorerie de la CCID exangue au point qu’elle ne peut pratiquement plus investir actuellement. Un choix que Jean-Paul Lalitte défend: «si on ne s’engageait pas dans cette voie, c’était la mort du port de commerce».

Idem au niveau des ateliers-relais où l’IGF a des doutes sur l’intérêt porté par la CCID aux entreprises en difficulté. Et l’attaque porte aussi sur le «sauvetage» de Regma...Autant de dossiers que l’ex-président de la CCID ne renie pas: «une CCI se doit de prendre des risques pour maintenir des emplois» répétait-il encore l’an dernier. Encore un choix d’élus qui en ont à répondre avant tout devant leurs électeurs.

Par contre ce qui est plus critiquable, incontestablement, ce sont les «erreurs» notées au niveau des passations de marché. Il n’est dans le rapport à aucun moment suggéré que quelqu’un en ait profité directement. Mais l’IGF met en cause les carences de la CCID au niveau administratif. Des «erreurs de plume», terme employé par Jean-Paul Lalitte, ne sont pas excusables quand elles se répètent.

Les dirigeants de la CCID sont élus bénévoles versés dans le monde économique. Ils se donnent pour mission de réfléchir, de préparer des projets, de les préparer financièrement. Ensuite, c’est une cuisine administrative qui doit sinon leur échapper, tout au moins ne pas les passionner. Mais quand on occupe des postes de président de CCI ou de président de la commission des marchés, est-ce excusable? Il existe, c’est vrai, des techniciens pour cela. Mais, apparemment, Jean-Paul Lalitte n’a semble-t-il pas été bien secondé.

Conséquence: dans ce domaine la rumeur court vite. Et parle de copinage...On n’en est pas là au stade actuel puisque à l’heure où nous mettions sous presse aucune mise en examen n’était prononcée. Quant à Jean-Paul Lalitte, qui a déjà eu maille à partir avec la justice pour un tout autre dossier d’ordre privé, il avait tiré l’hiver dernier la conséquence des conclusions du rapport de l’IGF: il avait préféré démissionner, même si rien ne l’y obligeait...

D. L.

Ateliers-relais, Regma, port de plaisance, terminal
CCID : les reproches
de l'Inspection Générale des Finances

Pendant un mois, en juillet 1998, les enquêteurs de l’Inspection générale des Finances aidés par la Trésorerie générale de Haute Normandie, ont arpenté les bureaux de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe, posant des questions, engrangeant les documents, notant, confrontant les points de vue... Et à la fin de 1998, l’ IGF a publié un rapport d’enquête. Un document de 180 pages analysant la situation, émaillé des constatations des inspecteurs des finances, des réponses du président de la CCID et des «nouvelles observations» des auteurs. Un second document, beaucoup plus volumineux, complète ce dossier publié par le ministère de l’Economie et des Finances: les annexes, c’est à dire les documents ayant servi aux inspecteurs à établir leur diagnostic.

Cet ensemble résume l’activité de la CCID ces dernières années, notamment au niveau des investissements et des choix opérés par la Chambre. Il n’est pas tendre, c’est le moins que l’on puisse dire pour Jean-Paul Lalitte et son équipe: «L’enquête appelle trois constats particulièrement sévères» annonce le rapport dans son introduction, en ajoutant en outre un quatrième dans sa conclusion: «une situation d’irresponsabilité financière, un laxisme dans le suivi comptable et budgétaire, le non-respect des contraintes règlementaires qu’impose la concession du port: le cahier des charges de la concession et le code des marchés publics et, enfin, des irrégularités manifestes et graves couvrant une confusion d’intérêts».

Bien sûr, l’ancien président se défend, se justifie. Mais la conclusion du rapport est sans pitié: «...L’irresponsabilité des dirigeants dans le maniement des fonds publics et dans l’application de la réglementation conduit à émettre des doutes sérieux quant à la capacité de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe de continuer à assumer sa fonction de concessionnaire du domaine portuaire».

Sans rentrer dans tous les détails du rapport, voici quelques points intéressants sur les attaques les plus virulentes: les ateliers relais, le port de plaisance, le terminal transmanche, Regma... (à lire dans les Informations Dieppoises du 15 octobre 1999)

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"Ma succession est bien préparée"


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