| Je ne sais pas ce quils cherchent,
mais ils veulent faire tomber quelquun». Cest la réaction, hier, d
Eveline Duhamel concernant les auditions et gardes à vue de membres actuels ou anciens de
la Chambre de commerce et dindustrie de Dieppe interpellés depuis mardi par la
police judiciaire dans le cadre dune enquête préliminaire sur les activités
passées de la CCID. La présidente se trouve aujourdhui encore en Suisse en voyage
détude avec la chambre régionale de commerce et dindustrie. Mais elle suit
évidemment avec attention le déroulement de cette affaire qui remue
létablissement consulaire dieppois. Eveline Duhamel, avant de
partir, savait déjà que son directeur technique, Philippe Offerlé, avait pu rentrer
chez lui après quarante huit heures passées à lhôtel de police de Dieppe. Depuis
il en a été de même pour son premier vice-président et président de la commission des
marchés, Jean-Pierre Caron, également président du tribunal de commerce de Eu, et pour
Henri Follet, assureur et colistier de Jean-Paul Lalitte. Seul ce dernier, hier soir, se
trouvait encore dans les locaux de la PJ à Rouen après avoir reçu la visite de son
avocat Me Dominique Lemiegre dans la matinée. La garde à vue de lancien président
pouvait se prolonger jusquà ce matin 9 heures.
Dautres personnes, une douzaine apparemment, ont été aussi entendues par
les policiers: des chefs de service de la CCID, lancien directeur-général, un
cadre des entreprises maritimes Léon-Vincent...
Que cherche à savoir la PJ, qui enquête depuis une bonne année à la CCID,
rencontrant les gens, regroupant des documents? Difficile à affirmer pour linstant
tant quune mise en examen nest pas prononcée: cest seulement à partir
de cet instant que lavocat de la personne concernée a accès au dossier. Autrement
il ne peut rencontrer son client quau bout de la vingtième heure de détention et
durant seulement une demi-heure. Et il nest pas évident que son client le sache
déjà alors...
Cependant, on peut penser que le rapport de lenquête sur la CCID menée
en juin 1998 par lInspection générale des Finances et les conclusions parvenues en
décembre ne sont pas étrangers à lintérêt porté par la brigade financière de
la PJ. En effet, ce rapport nest pas tendre avec léquipe dirigeante de la
CCID, présidée alors par Jean-Paul Lalitte, au milieu de son troisième mandat.
Il dénonce le laxisme au niveau de la gestion, des investissements hors de
proportion avec les ressources financières et des irrégularités graves au niveau de la
passation de certains marchés au profit de sociétés gravitant autour de la CCID et où
on retrouve notamment le nom de Lalitte même si Jean-Paul assure avoir vendu toutes ses
participations dans ses sociétés en 1993. Et la PJ aimerait sans doute bien savoir si au
cours de ces dernières années et notamment à partir de 1995, année qui vit des textes
plus précis sur la marche à suivre par les CCI pour passer des marchés, il n y
aurait pas eu des prises illégales dintérêt ou un délit de favoritisme...
Car la CCID a un budget annuel de lordre de 100 MF et passe chaque année
60 MF de marchés pour différents investissements. Ils nont pas manqué depuis
larrivée de Jean-Paul Lalitte à la tête de la CCID il y a dix ans: nouveau
terminal, port de plaisance, élargissement de la passe à lentrée du bassin de
commerce, acquisition de grues...Ce qui a rendu la trésorerie de la CCID exangue au point
quelle ne peut pratiquement plus investir actuellement. Un choix que Jean-Paul
Lalitte défend: «si on ne sengageait pas dans cette voie, cétait la mort
du port de commerce».
Idem au niveau des ateliers-relais où lIGF a des doutes sur
lintérêt porté par la CCID aux entreprises en difficulté. Et lattaque
porte aussi sur le «sauvetage» de Regma...Autant de dossiers que lex-président de
la CCID ne renie pas: «une CCI se doit de prendre des risques pour maintenir des
emplois» répétait-il encore lan dernier. Encore un choix délus qui en ont
à répondre avant tout devant leurs électeurs.
Par contre ce qui est plus critiquable, incontestablement, ce sont les
«erreurs» notées au niveau des passations de marché. Il nest dans le rapport à
aucun moment suggéré que quelquun en ait profité directement. Mais lIGF met
en cause les carences de la CCID au niveau administratif. Des «erreurs de plume», terme
employé par Jean-Paul Lalitte, ne sont pas excusables quand elles se répètent.
Les dirigeants de la CCID sont élus bénévoles versés dans le monde
économique. Ils se donnent pour mission de réfléchir, de préparer des projets, de les
préparer financièrement. Ensuite, cest une cuisine administrative qui doit sinon
leur échapper, tout au moins ne pas les passionner. Mais quand on occupe des postes de
président de CCI ou de président de la commission des marchés, est-ce excusable? Il
existe, cest vrai, des techniciens pour cela. Mais, apparemment, Jean-Paul Lalitte
na semble-t-il pas été bien secondé.
Conséquence: dans ce domaine la rumeur court vite. Et parle de copinage...On
nen est pas là au stade actuel puisque à lheure où nous mettions sous
presse aucune mise en examen nétait prononcée. Quant à Jean-Paul Lalitte, qui a
déjà eu maille à partir avec la justice pour un tout autre dossier dordre privé,
il avait tiré lhiver dernier la conséquence des conclusions du rapport de
lIGF: il avait préféré démissionner, même si rien ne ly obligeait...
D. L.
Ateliers-relais, Regma, port
de plaisance, terminal
CCID : les reproches
de l'Inspection Générale des Finances
Pendant un mois, en juillet 1998, les enquêteurs de
lInspection générale des Finances aidés par la Trésorerie générale de Haute
Normandie, ont arpenté les bureaux de la chambre de commerce et dindustrie de
Dieppe, posant des questions, engrangeant les documents, notant, confrontant les points de
vue... Et à la fin de 1998, l IGF a publié un rapport denquête. Un document
de 180 pages analysant la situation, émaillé des constatations des inspecteurs des
finances, des réponses du président de la CCID et des «nouvelles observations» des
auteurs. Un second document, beaucoup plus volumineux, complète ce dossier publié par le
ministère de lEconomie et des Finances: les annexes, cest à dire les
documents ayant servi aux inspecteurs à établir leur diagnostic.
Cet ensemble résume lactivité de la CCID ces dernières années,
notamment au niveau des investissements et des choix opérés par la Chambre. Il
nest pas tendre, cest le moins que lon puisse dire pour Jean-Paul
Lalitte et son équipe: «Lenquête appelle trois constats particulièrement
sévères» annonce le rapport dans son introduction, en ajoutant en outre un
quatrième dans sa conclusion: «une situation dirresponsabilité financière, un
laxisme dans le suivi comptable et budgétaire, le non-respect des contraintes
règlementaires quimpose la concession du port: le cahier des charges de la
concession et le code des marchés publics et, enfin, des irrégularités manifestes et
graves couvrant une confusion dintérêts».
Bien sûr, lancien président se défend, se justifie. Mais la conclusion
du rapport est sans pitié: «...Lirresponsabilité des dirigeants dans le
maniement des fonds publics et dans lapplication de la réglementation conduit à
émettre des doutes sérieux quant à la capacité de la chambre de commerce et
dindustrie de Dieppe de continuer à assumer sa fonction de concessionnaire du
domaine portuaire».
Sans rentrer dans tous les détails du rapport, voici quelques points
intéressants sur les attaques les plus virulentes: les ateliers relais, le port de
plaisance, le terminal transmanche, Regma... (à
lire dans les Informations Dieppoises du 15 octobre 1999)
Lire aussi
Journal du 9 février 1999
Evelyne Duhamel succède à Jean-Paul Lalitte à la tête de
la CCID
Dieppoise, et fière de l'être
Journal du 12 janvier 1999
CCID : la
démission de Jean-Paul Lalitte
"Ma succession est
bien préparée" |