| Léglise du Pollet célèbre ses cent
cinquante ans cette semaine. Un anniversaire que la paroisse ne fêtera pas spécialement:
cest le temps de Noël et loffice de ce vendredi à 18 h, préparé par les
jeunes, mobilise les énergies. Cest une église de quartier, Notre Dame des
Grèves. Léglise des pêcheurs. Léglise des Polletais. Qui y tiennent même
si la fréquentation ny est sans doute pas plus importante quailleurs
maintenant. Sur le plan architectural, elle ne présente guère dintérêt. En outre
on ne peut pas dire que larchitecte, M Lenormand ait vraiment réussi son coup. Il
est vrai quil fallait limplanter en bord de bassin, sur un terrain
particulièrement meuble. Conséquence, elle vieillit mal. Et la ville, propriétaire de
lédifice, y injecte régulièrement...de largent. Faudrait-il donc plutôt la
démolir? «Pas question», réplique-t-on à la mairie. «Elle fait partie du
patrimoine». Voilà donc Le Pollet rassuré. Connaissance de Dieppe consacre
dans son numéro de décembre plusieurs pages à lhistoire de cette église qui
dépend de la paroisse du Pollet-Neuville. Et la fin du récit sera publiée dans le
numéro de janvier. Ceux qui sintéressent à la vie de ce quartier ne manqueront
donc pas de se les procurer. Mais, grâce à David Raillot, qui a dépouillé les archives
de la paroisse, voici un condensé de cette histoire.
«Il aura fallu dix ans pour la construire, seize ans de plus pour voir
sélever le clocher et encore un demi siècle pour terminer les décorations
intérieures. Et léglise est toujours en travaux. Les Polletais voulaient une
église: ils lont eue. Mais elle leur a apparemment coûté cher. Et la ville qui a
pris le relais financier depuis la séparation de lÉglise et de lÉtat en
1905 en sait quelque chose.»
Léglise Notre Dame-des-Grèves a succédé à la chapelle des grèves,
chapelle du Pollet dépendant de la paroisse de Neuville, desservie chaque dimanche,
édifiée Grande Rue du Pollet à lemplacement actuel de la Caisse dÉpargne.
Trop petite, vétuste, transformée en entrepôt, elle fut démolie en 1858. Les Polletais
montaient à Neuville....
On parlait dune nouvelle église depuis vingt ans. Une proposition avait
été faite à la mairie de Dieppe: demande de crédits de 200.000 f, le budget
sélevant à 295.000f, un coût hors de proportion avec les ressources locales. Les
Polletais insistèrent, les élus maintinrent leur refus. les Polletais demandèrent alors
lannexion de Neuville afin de pouvoir prier «chez eux». Le Neuvillais
sindignèrent.
Merci à Louis-Philippe...
Louis-Philippe tranche en décembre 1838. Sur le plan
paroissial Neuville et Le Pollet sont séparés et la chapelle des grèves devient église
paroissiale. Le 8 mai 1839 est installé curé Jean-Baptiste Thomas Boucourt, né à
Lamberville en 1798.
La Fabrique, chargée de gérer les affaires de la paroisse est constituée dans
la foulée avec comme président du Conseil M Jazé. Et il se retourne vite vers le
conseil municipal de Dieppe pour dénoncer linsuffisance des locaux pour une
population de quelque cinq mille âmes, très pratiquante. Il faut une église pouvant
accueillir au moins deux mille personnes! Or lactuelle église ex-chapelle est hors
normes, résumerait-on aujourdhui. En outre le bruit perturbe le travail du curé:
la rue est très fréquentée par les chevaux et les voitures.
Il faut donc une nouvelle église, ailleurs. Et la population participera à sa
construction. Moralement. Car le Conseil de Fabrique annonce tout de suite la couleur:
elle est très pieuse, très généreuse mais aussi très pauvre.
...et au conseil général
Cest le conseil général - déjà...- qui viendra au
secours des Polletais et donc des Dieppois. En septembre 1840, il donne un terrain de 4402
mètres carrés pour y construire une église et un presbytère, près de la prison. Tant
quon y est, on en profitera pour percer deux nouvelles rues afin de desservir
léglise et pour construire un chemin de ronde pour la prison. Et par prudence on se
fait confirmer le tout en juillet 1841 par Louis-Philippe venu en résidence dans son
château dEu.
Un incident devait faire accélérer la procédure administrative en mai de
lannée suivante: un cordonnier habitant le Pollet mais membre de la confrérie de
Saint Jacques décède. Le service funèbre a lieu en léglise du Pollet, mais la
confrérie de Saint Jacques recouvre le cercueil avec «son» drap des morts. Le curé du
Pollet et ses paroissiens voient rouge: «dorénavant il (le curé Boucourt) ne
souffrirait plus que lon fît usage pour la confrérie du Pollet dun drap
étranger à la paroisse», quil inonde en conséquence plus que de raison, ce
qui fâche la confrérie de Saint Jacques.
Le sous-préfet nenvoie pas les forces de lordre pour rétablir le
calme. Non: astucieusement il en profite pour écrire au préfet: «le seul moyen de
calmer lirritation des Polletais est de mettre promptement les travaux en
adjudication.»
En septembre 1842, le ministre de lIntérieur donne le feu vert. La mairie
procède donc à ladjudication des travaux pour une mise à prix de 145.045 francs.
La Vigie du 30 mars 1843 annonce que M Hénault, entrepreneur à Dieppe, est déclaré
adjudicataire moyennant un rabais de 5,5% sur lestimation. Cest gagné.
Le roi fait faux bond
Enfin, pas tout à fait. Car un sondage révèle la
présence dune nappe deau à peu de profondeur. La parade est trouvée: les
fondations seront faites en ciment romain. En juillet on fabrique un pilotis pour soutenir
lédifice. Des rondins de bois enfoncés droits dans le sol. Seulement ça augmente
la facture. Heureusement le Roi est un «pays»...ou presque. Alors une délégation du
Conseil de Fabrique se rend à Eu pour solliciter quelques largesses supplémentaires.
En mai 1844 il arrive par bateau de la pierre de Caen. Mais le chantier
navance guère. Et au Pollet on montre du doigt ladministration municipale qui
traînerait les pieds pour payer. Comme si cétait possible!
En août 1844 on attend Louis Philippe pour poser la première pierre de
léglise du Pollet, mais le roi fait faux bond. Ca nempêche heureusement pas
le chantier de se poursuivre.
Seulement en janvier 1846, le Conseil de Fabrique se rend à lévidence:
il faut de nouveaux crédits pour faire hâter la construction. Le maire assure quil
est urgent dattendre, des négociations étant ouvertes avec le ministère de la
Justice pour louverture des deux rues longeant la prison et débouchant sur
léglise.
En avril 1849 cependant, le maire affirme que les travaux seront terminés dans
lannée. On passe dailleurs à ladjudication des bancs, enlevée par M
Pointel, de Pierreville.
Le 20 décembre 1849, le grand jour arrive enfin: larchevêque de Rouen,
Mgr Blanquard de Bayeul, le clergé de la paroisse du Pollet et toute la ville procèdent
à la bénédiction de la nouvelle église.
Seul bémol: laddition. La ville espérait sen tirer avec une
dépense sur ses fonds propres de lordre de 80.000 f. Or on en est déjà à 200.000
francs et il manque encore le clocher. Et la presse locale se gausse, notant en plus que
elle est plutôt moche: «une mauvaise boite carrée, unie et sans style. Elle rivalise
avec la caserne toute proche et avec la maison darrêt, sa voisine».
UNE LONGUE LISTE DE TRAVAUX
Depuis la séparation de lÉglise et de lÉtat,
les églises sont devenues la propriété des communes. A charge pour elles de les
entretenir. Et ce nest pas un cadeau financier.
Au Pollet, on paie la construction sur un terrain meuble, alluvionnaire, situé
à proximité de leau. Dailleurs, dès le début des travaux des fondations,
un avenant fut signé pour les renforcer en battant des pieux en bois. Plus tard, il a
fallu revoir le clocher, victimes des vibrations des cloches...
A la mairie, pour ces dernières années on relève au niveau du budget:
-50 000 F pour la protection des vitraux en 1986
-1 450 000 F de 1984 à 1987 pour la réfection des toitures
-730 000 F en 1988 pour les maçonneries du clocher, très fissuré
-370 000 F en 1993 pour réparer des désordres constatés sur des pieds
darc de voûte. Un pourrissement provoqué par danciennes fissures. Des
champignons se sont développés dans le bois.
Il a fallu aussi revoir la charpente, effectuer des greffes sur la nef et le
choeur et ajouter 150.000 francs pour des travaux de plâtre
-150 000 F en 1996 pour une étude géotechnique car dautres fissures se
forment sur le clocher, puis 210.000f de réparation
-Pour 2000, il est envisagé la réfection des deux arcs séparant la nef
centrale des nefs latérales, la réparation des deux voûtes et la suppression des
étais. Une dépense de lordre de 800 000 F.
Plus tard, la ville pense à revoir toutes les maçonneries extérieures. |