Journal du 5 octobre 1999

Football CFA 2
Derby Fécamp - Dieppe : 1-2

Le FCD en est sorti indemne

C’est toujours la même chanson. Les derbies Fécamp-Dieppe ne seront jamais des matches comme les autres ! Jacky Colinet et les siens sont incorrigibles! Battus par une formation dieppoise qui s’est créé le plus grand nombre d’occasions de but, les Méphistos ne souhaitaient pas en rester là. Ils ont voulu en découdre aux poings dans le couloir des vestiaires. L’intervention de quelques sages a permis de calmer les esprits après cinq bonnes minutes d’une agitation indigne d’un match de football.

Nous écrivions dans notre édition de vendredi que ce Fécamp-Dieppe s’annonçait comme un derby volcanique. Ce fut pire que ce l’on pouvait craindre. Un climat hostile, parfois à la limite de la haine, attendait la formation d’André Auzoux. A tel point que les deux entraîneurs ont failli en venir aux mains à la 53e minute, lorsque Jacky Colinet est venu incendier le banc dieppois suite à l’expulsion de Patin. Nez contre nez, Colinet et Auzoux se sont défiés du regard et de la parole.

Sur le terrain, le ton est monté également en fin de rencontre mais ce sont les Dieppois qui ont finalement eu le dernier mot face à une formation locale vaillante qui a su égaliser alors qu’elle évoluait à 10 contre 11. Ce succès arraché à la 89e minute sur une tête de Bargone consécutive à un corner de Boucher donne trois points précieux au FC Dieppe. Mondeville ayant été battu à domicile par Moissy (1-2), voilà les Dieppois qui reprennent leur fauteuil de leader.

On joue à peine depuis une minute dans cette rencontre que S. Demouchy se retrouve le nez dans le gazon suite à un tacle très appuyé de Fournier qui écope d’un avertissement. Quatre minutes plus tard, Rezgane fauche Baticle et prend à son tour un carton jaune. Le coup franc de 25 mètres de Boucher trouve Akrour (6e). Fécamp ne reste pas inactif avec un ballon de Zeghoudi qui file devant le but de Boudet (12e) puis un coup franc de Colinet pour la tête de Jamet à côté (18e).

Pour le reste, le jeu se cantonne en milieu de terrain et les Dieppois écopent de trois avertissements en l’espace de trois minutes : Palfray, Bargone et Trenchand sont rappelés à l’ordre avant la demi-heure de jeu. Le match devient musclé. Juste avant le repos, les Dieppois se créent leur première véritable occasion franche sur une déviation de Baticle pour S. Demouchy qui ne peut conclure alors qu’il se présentait seul devant Akrour (44e).

Peu satisfait par la prestation de son équipe en première période, André Auzoux demande à ses joueurs de «moins subir et de tous faire les efforts pour défendre en bloc. Aussi, évitez l’axe et jouez sur les côtés. En milieu de terrain, on ne prend pas les ballons aériens».

Bargone à la 89e...

Les propos du coach dieppois sont entendus : S. Tannai s’arrache côté droit dès la reprise (Ndlr : les Fécampois réclameront une faute de S. Tannai sur Jamet) et centre au deuxième poteau pour Demouchy dont la reprise de volée fait mouche (0-1, 48e). Cinq minutes plus tard, Patin est expulsé et les Fécampois voient rouge. Les occasions restent dieppoises par S. Demouchy qui réussit un lob parfait de 25 mètres : le ballon échoue sur le poteau et revient dans les bras de Akrour (60e).

A la 67e, Wood décale S. Tannai qui manque le cadre. Même réduits à 10, les locaux ne baissent pas pavillon. Sur un coup franc de Colinet, Rezgane surprend la défense dieppoise et égalise, le ballon étant dégagé derrière la ligne de but (1-1, 76e). Dès lors, c’est Dieppe qui repart de l’avant : une tête de Loynel sauvée par Akrour sous sa barre (81e) et une tête de Bargone que Jouanne sort sur sa ligne de but (88e) font lever le kop dieppois.

Le FC Dieppe l’emporte finalement à la 89e, sur une nouvelle tête du petit Bargone qui s’élève plus haut que tout le monde et trompe Akrour (1-2). Le plus dur commence à présent pour les Dieppois. Il faut rentrer aux vestiaires. Le FCD est toutefois sorti indemne de ce déplacement périlleux.

Protégés par la police

Trois quarts d’heure après la fin de la rencontre, les joueurs dieppois sont restés bloqués dans le couloir des vestiaires. Ils ont décidé de quitter groupés le stade René-Gayant. Des échauffourées viennent d’opposer les supporters des deux clubs et les joueurs dieppois s’attendent à une sortie plus que difficile. La délégation dieppoise a donc la sagesse d’appeler la police. Deux fourgons arriveront rapidement sur les lieux pour protéger la sortie des visiteurs.

Tandis qu’André Auzoux note que «cette victoire constitue une bonne opération pour la suite de la saison», le buteur dieppois Mickaël Baticle ajoute, le sourire pincé : «Tout dépend si nous réussissons à sortir vivants de ce stade».

Ancien joueur de l’US Fécamp, Sébastien Trenchand n’a pas été véritablement surpris par la tournure des événements : «Je m’attendais à un match comme celui-là. C’est toujours comme ça avec Jacky Colinet. Il y a des tas de petits détails qui font monter la tension».

Réputé pour sa hargne, Cyril Wood a été choisi par le camp fécampois comme l’une des cibles prioritaires. Avec Sébastien Demouchy et Mickaël Baticle, les deux artificiers dieppois. Placardé sur les murs du couloir des vestiaires, Cyril Wood a fait le match qu’André Auzoux attendait de lui. «Je suis resté sage et j’ai joué en dedans, raconte le joueur à sa sortie du vestiaire. L’essentiel aujourd’hui, c’était de ne pas péter les plombs et ainsi laisser les copains à 10. Finalement, c’est Fécamp qui termina à 10».

Cyril Wood s’est juste vu infliger un avertissement pour une simulation alors qu’il partait vers le but fécampois. Durant la rencontre, le milieu de terrain dieppois s’est efforcé d’ «éviter au maximum Romain Colinet. C’était l’une de mes priorités. Il ne fallait surtout pas que j’aille au contact avec lui. Nous avons prouvé aujourd’hui que nous sommes solides. Si Fécamp accueille toutes les équipes comme ça, peu gagneront ici».

Sous bonne escorte

Côté Fécampois, Frédéric Demouchy - qui jouait la saison dernière à Dieppe - a calmé les ardeurs au coup de sifflet final. «Je connais bien les gars, expliquait-il. J’ai préféré intervenir (Ndlr: il s’est occupé du «fougueux» Romain Colinet) pour que ça ne dégénère pas davantage. En tant qu’ancien Dieppois, je me devais de tout faire pour éviter les incidents». Et la «Mouche» de souligner que «le match fut engagé mais pas méchant. L’expulsion sévère de Sébastien Patin a ensuite chauffé les esprits».

C’est ainsi que Jacky Colinet chambrait le banc dieppois et notamment André Auzoux. Les deux hommes ont bien failli en venir aux mains peu avant l’heure de jeu. De son côté, Romain Colinet multipliait les provocations à l’encontre du banc de touche dieppois, proférant même des menaces de mort, gestes à l’appui ! Chez les dirigeants, le président Claude Pollet se montrait impuissant : «J’ai fait ce que j’ai pu pour éviter la bagarre. Je suis déçu de la tournure prise par ce match».

A l’extérieur de l’arène, les supporters dieppois ont été pris à partie par leurs homologues fécampois. Quant aux joueurs et dirigeants dieppois, ils sont sortis sous bonne escorte. «C’est la première fois de ma vie que je quitte un stade entouré de policiers, regrettait Fabrice Boulais (vice-président du FC Dieppe). C’est navrant d’en arriver là pour un simple match». Oui, au fait, il s’agissait bien de football...


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