Journal du 12 janvier 1999

CCID : la démission de Jean-Paul Lalitte
"Ma succession est bien préparée"

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«Je suis arrivé au port...» Il n’a pas prononcé le mot démission, c’était trop difficile. Et son émotion se lisait sur son visage. Il s’est assis quelques instants. Puis il a invité l’assistance à trinquer avec lui à la santé de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe. Jean-Paul Lalitte, dans quelques jours, ne sera plus président de la CCID. Après treize années passées à la tête de la chambre consulaire. Un cinquième mandat qu’il n’achèvera donc pas. Pour diverses raisons que nous développons par ailleurs: fatigue, usure, sentiment du devoir accompli...

«Il n’ y aura pas de troisième Lalitte président de la Chambre de commerce», sourit-il. Mais Dieppe se souviendra des Lalitte, Gaston, le père, et Jean-Paul, le fils. Deux personnages qui auront consacré leurs forces, leur vie à Dieppe et plus spécialement à son port.

Nul n’est parfait, et la justice l’a fait savoir en son temps à Jean-Paul Lalitte, mais sans lui, sans sa ténacité, sa connaissance du milieu portuaire, le port de Dieppe serait certainement au plus bas. Sans Gaston, son père, le port extérieur n’aurait sans doute pas vu le jour, ou plus tard. Sans Jean-Paul, P & 0 n’aurait vraisemblablement pas de remplaçants dans quelques semaines. Et le trafic fruitier n’aurait pas connu une année record en 1998. En attendant de récolter d’autres fruits, ceux de l’élargissement de la passe à l’entrée du bassin du commerce.

Jean-Paul Lalitte, c’est un battant. Un optimiste. Un réaliste. Aux grand messes il privilégie l’action discrète. «On aura accompli tout notre programme», assurait-il hier soir. «On aura fait tout ce qu’on a pu». Même pour REGMA dont une délégation du personnel, à l’entrée de la salle Castel, rappelait à juste titre sa situation précaire. Il aurait préféré finir en ayant bouclé tous ces dossiers sensibles. Pour P & O, ce n’est que partie remise de quelques jours. Pour REGMA, il veut encore y croire.

Il lui reste encore quelques signatures à donner, quelques rencontres à honorer. Puis il partira en vacances. A la montagne. Avant de reprendre son travail de directeur général chez Leon-Vincent. Avec certainement un pincement au coeur quand, dans quelque temps, on inaugurera encore quelques unes des réalisations qu’il aura projetées, préparées. Comme cette entrée du bassin de Paris élargie, symbole de ce port qui va une nouvelle fois de l’avant.

On saura bientôt qui prendra sa succession. Il devrait s’agir de Evelyne Duhamel, vice-présidente chargée de la Pêche. Une femme présidente de la CCID, qui aurait osé l’imaginer il y a encore vingt ans... Le bureau perdra aussi Etienne Desjardins, chargé de la Plaisance, et Jean-Pierre Caron, premier vice-président. Une équipe nouvelle donc. Avec d’autres objectifs certainement. Et des moyens limités financièrement. Car les grands investissements coûtent cher. Mais qui les reprocherait à Jean-Paul Lalitte? Il en allait de la survie du port et de Dieppe.

«Ma succession est bien préparée», affirmait-il hier soir. Et, désormais, pour lui, le plus difficile est passé: annoncer publiquement qu’il était arrivé au port...

Denis LEPRETTRE

 DES POINTS FORTS

Jean-Paul Lalitte est avant tout un portuaire même s’il ne négligeait pour autant ni commerce ni industrie. Elu le 13 janvier 1986, il aura eu à régler de gros dossiers:

- port extérieur
- allongement de la jetée ouest
- transfert de la gare maritime (le nouveau terminal ferry est entré en service l’été 1994) et participation à l’aménagement du quai Henri IV
- naissance du port de plaisance Jean-Ango
- modernisation et relance du port de pêche avec les nouvelles cases de marée, la tour à glace, les halles réfrigérées...
- survie de la criée
- la crise des Ateliers et Chantiers de la Manche.
- transmanche: départ de l’armement naval SNCF, crise de 1992; arrivée de Stena, fusion P & 0/Stena...
- élargissement et approfondissement de la passe à l’entrée du bassin du commerce
- formation continue : développement de l’Institut consulaire, mais départ de l’ENACE (commerce extérieur).
- commerce: opposition à la naissance du Belvédère. Et lancement de l’opération Centre 2000 pour redynamiser le centre-ville.
- la fermeture du Berex, des Abattoirs

Lors des voeux 98, Jean-Paul Lalitte insistait sur la nécessité de «renforcer le tissu des PME dans la région». Ce qui n’empêchait pas la CCID de travailler sur des dossiers comme l’achèvement de la voie rapide Rouen/Dieppe, comme la modernisation de la ligne ferroviaire entre Dieppe et Malaunay, comme le sixième franchissement de la Seine à Rouen. Il espérait aussi un développement de l’activité de l’aérodrome avec un allongement de la piste. Mais, dans ce domaine, cela n’a guère avancé.

Christian Cuvilliez : "UN OPPOSANT CONSTRUCTIF"

Retenu à l’extérieur de Dieppe, Christian Cuvilliez a délégué son premier adjoint, Gérard Jacqueline, hier soir à la Chambre de commerce. Mais le départ de Jean-Paul Lalitte ne laisse pas le député-maire indifférent.

«J’ignore les raisons de sa démission, mais elle tombe à un bien mauvais moment», regrette-t-il.

«La CCID, comme les autres collectivités, est confrontée à des problèmes délicats comme le Transmanche, comme REGMA et à une situation économique qui s’est brutalement dégradée. Ainsi, par voie de conséquence, Dieppe se retrouve à nouveau en position numéro 1 au triste palmarès du chômage avec un taux avoisinant les 16%»

Les relations entre la mairie et la Chambre de commerce connaissent des sautes de tension. Mais le maire et le président se respectaient. «Jean-Paul Lalitte est un battant», souligne Christian Cuvilliez. «Depuis quelques années nous avions l’habitude de travailler ensemble. Nous recherchions le plus grand dénominateur commun à nos projets de ville pour qu’ils s’accompagnent au lieu de se contredire. Et nous avions une communauté de vue pour le développement du port par exemple et sur d’autres dossiers. Et, à l’extérieur, c’était perçu comme un appui fort pour faire avancer nos dossiers. La CCID a épousé notre ambition de maintenir Dieppe comme pôle d’équilibre régional, au même titre qu’Evreux, vis à vis de l’axe Rouen-Le Havre

Jean-Paul Lalitte a une forte personnalité. «Et elle se traduisait aussi par des prises de bec», reconnaît Christian Cuvilliez. «C’était surtout quand le chef d’entreprise reprenait le dessus, quand les raisons techniques lui faisaient oublier l’aspect social, humain. C’était un libéral avec ses défauts: il voulait profiter des deniers publics mais sans avoir à supporter l’autorité publique».

Personne n’a oublié l’opposition entre la mairie et la chambre de commerce sur la naissance du centre commercial du Belvédère. En fait, Christian Cuvilliez est plus nuancé: "Jean-Paul Lalitte dans le fond, n’y était pas opposé. Mais il a dû céder devant les protestations des commerçants, son électorat. A nos yeux, il a fait preuve d’une neutralité bienveillante, comme pour le dossier de la SEMAD, la société d’économie mixte chargée de l’agglomération dieppoise."

Mais si la CCID "constitue encore un contrepoids économique au pouvoir politique local", pour Christian Cuvilliez Jean-Paul Lalitte restera avant tout ce battant qui a mis tout son engagement personnel en faveur du port de Dieppe.


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