Journal du 9 octobre 1998

Rencontre avec Bernard Delafosse
"Je suis quelqu'un qui cherche"

Bernard Delafosse, j’ai croisé sa route en 1990 et je peux dire que ça a changé ma vie. J’étais en errance, je cherchais sans trouver et je me cognais la tête dans des murs que je ne voyais pas. Bernard Delafosse ne m’a pas dit où aller. Simplement, nous avons dialogué. Ce qui ne fut pas facile. Le mot «dialogue» c’est un mot que j’ai tendance à entendre comme le mot «discussion» d’où les murs dans lesquels je me cogne. Donc, nous avons dialogué et cela m’a amené à réfléchir. A ne pas seulement agir sous l’impulsion du moment... J’ai vu quelques uns de mes murs et j’ai vu des fenêtres, des portes...

Au fil de nos rencontres, j’ai découvert presque tous ses écrits. Les romans comme Des vies de lumières, Chimères bleues, les essais sur Krishnamurti, Aurobindo dont le dernier Shri Aurobindo, la révolution en esprit écrit en collaboration avec un de ses amis, Maurice Elie.

Là, je le rencontre pour son dernier ouvrage : un recueil de poèmes intitulés La nuit des roses. Il me confie que c’est peut-être vraiment son dernier ouvrage. Parce que Bernard Delafosse n’est plus tout jeune, mais ça je l’oublie tout le temps quand je suis avec lui. Difficile d’intégrer qu’il a 80 ans. Je connais des jeunes hommes qui sont bien plus vieux que lui. J’ai la chance de vivre dans le même village. Et parfois, on nous voit sur le trottoir, dans une discussion, pardon, un dialogue très passionné.

Un homme qui partage

Bernard Delafosse, c’est un homme sage, un homme de connaissance qui s’inscrit dans la vie d’aujourd’hui. Et parfois nous oublions les contingences matérielles pour débattre de sujets d’actualités. A chaque fois, il m’offre la perspective d’un angle de vue différent. Je le considère comme un «philosophe» mais je sais que le mot ne lui plaît pas. C’est un homme de connaissance. Un homme qui a fait sa quête et qui partage... Je dirais qu’il est de ces «voyageurs géants» qui vous offrent des signes de piste pour cheminer plus loin. A vous de choisir... C’est un homme qui respecte infiniment les autres. Tous les autres.

Tout au long des années, bientôt 8 ans, nous avons poursuivi l’échange. Nos rencontres sont parfois très animées. En tout cas, en sa présence, on se sent hors du temps ordinaire, plongés dans nos réflexions tantôt communes, parfois parallèles et des fois, contradictoires. A chaque fois que je sors de sa maisonnette, j’ai l’impression d’avoir fait le plein d’énergie. D’être un peu plus éclairé. Que quelques une des briques de mes murs se sont effondrées. Je sais qu’il fait cet effet-là à d’autres humains qui lisent ses livres et qui entreprennent souvent un échange épistolaire avec lui. Parce qu’il est de ces auteurs, qui n’écrivent pas pour la satisfaction de leur ego, mais pour donner à partager.

En ce moment, alors que j’essaye de trouver des mots pour définir quel être insaisissable il est, j’écoute Schubert. Parce qu’il m’a aussi donné la musique dite classique à entendre autrement. C’est un passionné de musique classique. Cela lui fait mal d’écouter du rock. Et c’est l’un de nos points de désaccord. N’empêche qu’il a bien voulu écouter The Wall des Pink-Floyd... Je crois qu’il perçoit que le rock, c’est la musique des enfants tristes d’après Hiroshima. Il pense que c’est une musique qui blesse, une musique douloureuse. Chaque fois qu’on se rencontre, notre échange nous emporte de l’infini des étoiles à l’actualité en passant par la littérature, la poésie, la musique. Je me sens parfois tout petit parce que sa culture est immense. Mais c’est l’un de ses dons, de se mettre à votre portée.

Ponts et pistes

«Je suis un homme qui cherche», c’est ainsi qu’il se définit. Le hasard lui a fait rencontrer l’oeuvre et l’enseignement de quelques grands hommes que nous connaissons mal en occident, Aurobindo entre autres... A travers ses poèmes, ses essais, ses romans, il a ouvert à tous ceux qui le voulaient bien le champs de ses recherches. Pour Aurobindo, «L’homme est un être de transition». Bernard Delafosse pose des jalons, construit des ponts, ouvre des pistes pour tous ceux et celles qui se sentent une aspiration spirituelle... Toutes les personnes qui sont en recherche intérieure et qui veulent cheminer à l’écart des sectes, et en dehors des sentiers balisés par les dogmes. Pour une vraie évolution de l’individu... Une révolution de l’être humain !

Bernard Delafosse : «Toute profondeur n’est que la surface d’une profondeur plus grande». En le côtoyant, j’ai abattu des murs et ouvert mes horizons spirituels. J’ai apaisé mes colères. Je ne suis pas la même route que lui, mais j’apprécie les carrefours de nos itinéraires. Aussi, j’aimerais bien que ce dernier ouvrage ne soit pas vraiment le dernier.

Juste Drôle.

Bernard Delafosse

La nuit des roses, Poèmes de Bernard Delafosse
"J'ai aimé ce livre"

J’ai aimé ce recueil de poèmes parce qu’il m’a rappelé chacun de mes échanges avec Bernard Delafosse qui, peu à peu, est devenu un ami. Du premier roman que j’ai lu de lui, Des vies de lumières (Chez Trédaniel) en passant par Chimères bleues (Chez Trédaniel) jusqu’à ses essais sur Aurobindo, Mère, Krishnamurti, nous avons poursuivi un échange, un dialogue. Les poèmes que je découvre ici le ponctuent. Ecrit avec fluidité, ils coulent comme du miel ou des larmes. Ils apaisent, ils éveillent. Ils interrogent. Je ne les aime pas tous. Mais, comme chacun des ouvrages de Bernard Delafosse, ils me touchent au coeur, à l’âme... Enfin, ils me touchent. Mais il y a des points sensibles où le simple toucher peut être douloureux. Comme quand on nettoie une plaie...

De 81 à 97, ces poèmes évoquent des moments de l’actualité, des rencontres, des rêves, des disparitions, des naissances... Et beaucoup de questions...

Dans Parcours

«Tant pis pour le silence
Ou le mépris :
La voie où tu t’élances
Est à ce prix.»

Ces 40 poèmes sont ce qui émanent de la vie de Bernard Delafosse, sa quête spirituelle. Ils peuvent être le chemin vers ses essais si vous avez envie d’aller plus loin, vous aussi. Pour en savoir plus sur Aurobindo dont vous ne connaissez peut-être que la mythique et très matérielle Auroville, lisez donc Shri Aurobindo, la révolution en esprit au Courrier du Livre (160 F). Vous y trouverez, sinon les réponses, du moins les questionnements essentiels de la vie... Bernard Delafosse n’impose rien. Il propose des perspectives. Il vous met en état d’éveil. C’est à vous de tracer votre route. Son dernier recueil de poèmes, c’est lui qui en assure la diffusion sur la région.

Ecrivez à Bernard Delafosse, 14 rue des Canadiens, 76 660 Londinières. Joindre un chèque de 70 F. Pour Shri Aurobindo, la révolution en esprit, prévoir les frais d’envoi.

De même, l’auteur se tient à votre disposition pour vous fournir ses autres ouvrages.

Juste Drôle.


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