Journal du 11 septembre 1998

Problèmes de chronométrage et de sécurité sont évoqués
L'AVENIR S'ASSOMBRIT POUR LA COURSE DE COTE D'ARQUES

"Il n’y aura pas de 15e course de côte d’Arques en 1999". La secrétaire de l’Ecurie Dieppoise Maryline Bazile ne décolère pas : elle n’a guère apprécié le déroulement de la quatorzième édition de la célèbre épreuve arquaise dimanche dernier. Les problèmes de chronométrage qui ont contrarié les concurrents et la sortie de route d’Hervé Jean (Clio 16S) ont alimenté la polémique. Evidemment, les avis divergent entre la direction de course, les organisateurs et le pilote Hervé Jean...

A Arques, l’ASA Bernay Racing Team (organisateur sur le plan administratif) confie les rênes de la course de côte à l’Ecurie Dieppoise. Pour autant, sur le terrain, c’est la direction de course qui, autonome, prend toutes les décisions stratégiques. D’où le conflit ouvert qui naît aujourd’hui entre l’Ecurie Dieppoise et la direction de course.

Premier problème survenu lors de la course régionale d’Arques-la-Bataille : le chronométrage. Habitué aux organisations d’épreuves automobiles, Hubert Vergnory assistait dimanche le directeur de course Didier Fourneaux : "Malgré les difficultés rencontrées avec les cellules électroniques, note M. Vergnory, tous les temps publiés sont bons, y compris ceux d’Alain Facon. Nous avons pris la précaution de doubler le chronométrage : les bandes constituent la preuve irréfutable de l’exactitude des temps".

Reste évidemment à expliquer les deux heures et demie d’attente des pilotes entre la première et la deuxième montée : "Compte-tenu des problèmes de cellules, poursuit M. Vergnory, il a fallu tout mettre à plat pour établir le classement de la première montée. Il n’était pas question de faire partir la deuxième montée sans avoir établi les résultats de la première. Didier Fourneaux a parfaitement géré la situation : il n’y avait rien d’autre à faire".

"Deux montées

bâclées"

A l’Ecurie Dieppoise, Maryline Bazile ne partage pas le même avis : "Plutôt que de laisser attendre et douter les pilotes, je pense que la première montée aurait pu être purement et simplement annulée. Il suffisait de réunir les pilotes et de leur expliquer la situation: ils auraient compris. Et ils auraient préféré cette décision à une trop longue attente qui a été suivie de deux montées bâclées".

Deuxième sujet au centre de la polémique : les voitures étaient lancées toutes les 30 secondes. "Compte-tenu du nombre de participants (Ndlr: 40), reprend Mme Bazile, nous aurions pu lancer les voitures de minute en minute. Cela aurait sans doute évité la sortie de route d’Hervé Jean..." Un point de vue partagé par le pilote : "Si j’étais parti une minute derrière Christophe David, les commissaires auraient pu m’arrêter".

Hubert Vergnory n’est pas d’accord : "Dans la plupart des courses de côte, on lance les voitures toutes les 30 secondes. Si nous avons pris cette décision alors qu’il y avait seulement une quarantaine de concurrents, c’est parce que nous avions un doute sur la météorologie : nous souhaitions lancer les deux premières montées par temps sec. Il fallait donc faire vite tout en assurant une sécurité optimale".

Troisième sujet qui a déclenché la polémique : la sécurité. Victime d’une sortie de route, le pilote de l’Ecurie Dieppoise Hervé Jean revient sur son accident : "Après l’épingle à gauche, j’ai entamé la ligne droite. J’étais à fond de quatrième à 160 km/h, le long du rail gauche. Dans cette ligne droite, j’ai seulement aperçu un commissaire qui avait un drapeau jaune dans les deux mains. Mais je ne l’ai pas vu l’agiter". De son côté, Hubert Vergnory a un rapport du commissaire concerné totalement différent : le drapeau aurait bien été agité devant Hervé Jean.

"Après la ligne droite, il y a un léger virage à gauche suivi d’un virage à droite. C’est là qu’une commissaire ayant le pied plâtré a agité son drapeau. Je l’ai vue au tout dernier moment, quelques mètres seulement avant la voiture de Christophe David et des commissaires qui étaient autour pour le secourir. J’ai juste eu le temps de freiner et cela a occasionné ma sortie de route. Si la commissaire (Ndlr : qui a d’ailleurs risqué sa vie sur ce coup-là) avait été valide, elle aurait pu descendre plus bas pour m’avertir".

"Pénalisé

et pas responsable"

Hubert Vergnory réfute l’argument : "Hervé Jean avait une visibilité de 200 mètres pour apercevoir le drapeau". "Faux", rétorque le pilote qui ne sait pas encore s’il amènera cette "affaire" devant les tribunaux. Seule chose certaine, la catastrophe a été évitée de peu à Arques-la-Bataille et Hervé Jean se retrouve avec 120.000 F de frais à effectuer sur sa Clio 16S...

Quinze jours avant son mariage, le pilote de l’Ecurie Dieppoise est amer : "Ma saison est morte et je ne suis pas sûr de pouvoir repartir l’an prochain". Et s’il a "toujours accepté les accidents parce que cela fait partie des risques de la course automobile", Hervé Jean n’accepte pas celui-là : "Je me retrouve fortement pénalisé sur le plan financier alors que je ne suis pas responsable".

A l’Ecurie Dieppoise, qui se réunit ce soir, la secrétaire Maryline Bazile ne veut pas entendre parler d’une course de côte d’Arques en 1999 : "Compte-tenu du mécontentement des pilotes, c’est perdu d’avance" explique t-elle. De son côté, le président Patrick Berthe refuse de "prendre une décision à chaud. L’édition 1999 semble compromise mais il convient d’abord d’analyser sereinement la situation".

Christophe Quesne


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