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Journal du 3 novembre 1998 Biville-la-Rivière Avec seulement quatre-vingt-dix-neuf habitants, Biville-la-Rivière
est un tout petit village niché en bordure de Saâne à huit kilomètres de
Bacqueville-en-Caux et huit autres de Luneray. Pittoresque et harmonieux, la population et
son maire y cultivent la qualité de vie. Et cependant, même si elles sont loin de créér un modèle architectural, les rues de la Source, de la Sente-aux-ânes, de la Cavée ou de la Distillerie, apportent beaucoup de pittoresque, justement parce quelles font le dos rond entre leurs lignées de hauts arbres. Cette fausse quiétude qui sombre brutalement lorsque lon plonge sur la Saâne et Sanopan - lune des entreprises - plaît à la jeune femme Armelle de Sutter, maire depuis 1989. Comme pour son village, elle cherche lharmonie, fidèle à son amour du beau - elle est décoratrice en porcelaine - mais aussi à une certaine qualité de vie. Il est vrai quavec quatre-ving-dix-neuf habitants à gérer, on pourrait imaginer une élue tranquille, attendant sereinement les quatre réunions annuelles de son conseil municipal. «Neuf élus dont trois femmes... on sentend bien, mais jaimerais tout de même que lon sexprime plus, même si lon est daccord, que lon discute dépenses et recettes, sans systématiquement faire confiance au maire ; déléguer les pouvoirs, cest bien, mais on aime aussi être encouragée au moment des choix.» Mme de Sutter lest incontestablement, mais si lon ose suggérer que la place est de tout repos, elle démontre facilement que rien nest si évident : «Nous navons pas de moyen et je nai pas eu de mal à me mettre à la gestion communale, après avoir travaillé à la chambre de commerce et dindustrie de Dieppe comme attachée au commerce ; en revanche, la partie administrative, les lourdeurs, les contraintes de plus en plus prenantes, les aberrations parfois sont de vrais casse-têtes... quand ce ne sont pas les reproches injustifiés de ceux qui ne veulent pas comprendre... ah ! que linstruction civique manque à tous !» IntercommunalitéArmelle de Sutter nest pas mécontente cependant davoir pris la succession de M. Vallé parti vers le sud : «On sétait dit quaucune de nos trois entreprises nétait représentée et que cétait anormal !» Elle y alla donc, après avoir fait trois filles et avoir acquis la certitude que Vincent son époux, nirait jamais : «Non, pas par goût du pouvoir, si ce nest celui de rendre service avec mon secrétaire de mairie Philippe Crampon, et là, jirai le plus loin possible... Cest aussi avoir des responsabilités comme ne pas augmenter les taxes locales car de plus en plus dhabitants ont des difficultés à vivre.» Biville-la-Rivière à huit kilomètres de Bacqueville-en-Caux, à huit autres de Luneray, a dû jouer le jeu de lintercommunalité ; encore plus lorsque lécole a fermé, le dernier café aussi, sans parler de léglise où lon officie une fois par an. Ladhésion de sa commune au Sirom de Luneray pour les ordures ménagères, aux syndicats de Saint-Laurent-en-Caux et Luneray pour leau, à celui dOffranville pour lélectricité, de Bacqueville-en-Caux pour les transports scolaires, nont pas totalement convaincu Mme de Sutter de quelconque bienfait dun regroupement de communes. Indépendance«Non, tout simplement parce que, si petit que nous soyons, nous apportons ici de lemploi : de Sutter, Lambert il y a peu encore, la pisciculture, si bien que nous existons encore par nous-mêmes. En revanche, jadhèrerais plus volontiers à un grand syndicat lié au tourisme ; notre village est joli, planté (quatre cents plants récents avec laide du conseil général), fleuri, la rivière est là. Et même si nous navons pas de gîte rural, la balade simpose avec léglise, les petites rues, une jolie brocante, le soin apporté à lenvironnement.» Doù, la création dun premier emploi communal, celui de cantonnier. «Les travaux entrepris depuis mon premier mandat ont été dans ce sens : lélectrification, la restauration de léglise, un premier aménagement de la mairie (autrefois école), la voirie soignée préserveront lidentité de notre commune.» Sans compter les projets à court terme comme les routes du hameau de Butot et, après la refection complète de la mairie où lon na, jusquici, fait que du provisoire, ne serait-ce que pour recevoir individuellement les habitants. ConvivialitéDifficile avec quatre-vingt-dix-neuf habitants - cent dix au prochain recensement - de créer une vie associative dune grande intensité. Alors, on est heureux du repas des anciens proche des voeux ; et la convivialité vient lors des permanences du lundi soir où Armelle de Sutter reçoit en mairie : «Et comme jaime rencontrer les gens, les écouter, avoir le sentiment de pouvoir les aider...» «Chaque village est un cas particulier, mais, administrativement, nous sommes dans une certaine catégorie. Et parfois, je trouve injuste que lon me refuse une subvention, sous prétexte que je touche une taxe professionnelle ; peut-être, mais les maisons près de lentreprise subissent le passage des camions, la poussière, le bruit, ça devrait se négocier, non ?» Armelle de Sutter mènera son petit bonhomme de chemin, sans bruit, mais aussi sans... politique au sens péjoratif hélas souvent accordé : «Non, ça fait mal, on se bat, très peu pour moi...» Et pour se réconforter déventuelles joutes quelle refuse, elle jette un regard averti sur le magasin quelle vient douvrir : lart de la table, de la décoration, lobjet ancien porteur de souvenirs, le voilà lapaisement, sans compter les rires des trois filles qui vont bientôt rentrer : «Vite, que jallume leur citrouille dHalloween, la vaisselle nen sera que plus jolie !» D.D. nos archives recherche accueil |
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