Lattente. Difficilement supportable.
Plus lheure avance plus la tension monte. Dans les ateliers les rumeurs les plus
folles entrecoupent des parties de cartes. «Il se dit tout et le contraire de tout»,
résume un jeune employé en arrivant dans la salle occupée par les syndicats et le
comité dentreprise. Il est 17 h 30 et «Lyon» na toujours donné aucune
nouvelle.«Tant que François Laumonier ou Philippe Séraffin
nappelleront pas, pas dinformation» insiste Eric, un délégué. Les deux
représentants du personnel pourront couper court à tous ces bruits qui se répercutent
sur le site.
En attendant...on attend. Et comme on peut. Sans trop refaire le monde. Mais en
rêvant à des jours quon espère meilleurs. Sans se faire trop dillusions.
Lun compulse la convention des industries chimiques, lautre essaie
dévaluer les indemnités qui devraient lui être versées si...
Le téléphone. Encore. Interne cette fois. Toujours la même question. Et,
évidemment la même réponse. «Si ça se prolonge», analyse Eric, «cest plutôt
bon signe, signe que le projet Cabot na pas été rejeté purement et simplement par
le juge-commissaire». Ce que confirmera un peu plus tard François Laumonier. Car le
téléphone qui sonne à 16 h 50, cest lui. Il paraît fatigué. Et dans la salle,
le haut-parleur renseigne le petit groupe présent.
«Depuis ce matin, on a eu plusieurs réunions», raconte le délégué. «Le
liquidateur était là, Cabot-Square aussi. Le juge-commissaire a entendu les différentes
parties puis a organisé une rencontre finale. Ca a duré jusquà 15 heures. Depuis,
M. Peillon délibère».
François Laumonier évoque les observations lues au nom du personnel de
Regma-Arques: «Nous sommes déterminés à suivre ce projet de reprise dans la mesure
où, en cas de rejet, les 260 salariés du site se retrouveront licenciés et demandeurs
demploi. Mais il est dommage denvisager des licenciements. Il faudrait aussi
que le candidat repreneur donne des garanties sur la pérennité de son engagement».
Le personnel déplore aussi la disparition de certains départements et regrette
un manque de précision sur la destination exacte des 17 000 000 F prévus en
investissements.
«On en a discuté avec le représentant de Cabot Square et avec celui qui
pourrait être le futur PDG», précise au téléphone François Laumonier. «Il ny
a pas pour linstant de directeur industriel en vue mais Cabot Square assure
-oralement pas par écrit- sengager non pour un ou deux ans mais pour beaucoup plus:
il sinstallerait dans la durée».
Etait-ce suffisant pour convaincre M Peillon? Me Eric Bauland, le liquidateur,
paraissait plus optimiste que la veille. Le juge-commissaire avait jusquau 28 juin
pour rendre son jugement. Mais les Arquais espéraient ne pas repartir de Lyon sans en
avoir eu connaissance...