Journal du 10 décembre 1999

Le conseil général souhaite
prendre le contrôle du port de Newhaven

Dieppe a besoin d'un alter ego outre Manche

«Ce serait une première. Un montage encore jamais effectué en France. Mais avec les ouvertures au niveau de l’Europe, c’est dans le domaine du possible». Le conseil général de la Seine Maritime envisage, en effet, de devenir propriétaire du port de Newhaven. Histoire de pérenniser la liaison transmanche Dieppe/Newhaven. Le sujet sera abordé la semaine prochaine lors de la session de l’assemblée départementale. A Dieppe on ne peut être que satisfait. Côté anglais, apparemment, on y serait favorable. Tout, certainement, dépendra du proposé. Le port de Newhaven, comme les autres, est privé. Propriété de James Sherwood, également patron de Hoverspeed, qui assure une liaison Dieppe-Newhaven en bateau rapide. Il pourrait y trouver intérêt...

Port de pêche jusque dans les années 1845, Newhaven a, depuis, vécu avec la Ligne. «Jusqu’ à cette époque l’on débarque à Brighton», rappelle Claude Féron. «Mais, en 1846, préférence est accordée à Newhaven. Seulement les évènements de 1848 ont quelque peu retardé l’essor de Newhaven».

Après, c’est l’essor. Le port de l’East-Sussex s’aménage. «Un grand hôtel est construit à proximité du débarcadère. Et le chemin de fer favorise vite tant Dieppe avec la ligne Paris-Dieppe que Newhaven, grâce à une desserte avec Londres».

Les deux ports vivront - et vivent encore- au rythme de la Ligne avec ses temps forts et ses périodes moins fastes. «L’arrivée des car-ferries, en 1965, a incité Newhaven à construire une véritable gare maritime», reprend notre confrère. «Elle remplaçait le vieux bâtiment en bois».

Le port, comme à Dieppe, ne joue pas cependant uniquement la carte du transmanche : diverses activités s’ajoutent, notamment un trafic fruitier qui subsiste encore: la liaison hebdomadaire Dieppe-Abidjan pour les bananes et les ananas ivoiriens fait escale à Newhaven.

Le déclic : l’abandon de P & 0/Stena

Les années passent. Exit la SNCF et son armement naval. Exit la Stena. Exit P & 0/Stena line au début de 1999. Au conseil général de la Seine-Maritime, Charles Revet se débat. Dans l’intérêt de Dieppe, des Dieppois et de la région, il veut que cette desserte Dieppe/Newhaven subsiste. Il suggère une liaison voyageurs, une liaison fret... Le conseil général est même prêt à affréter son propre navire.

Les démarches à travers le monde portuaire s’intensifient. Différents armements sont contactés. Dans le courant du printemps, un accord semble imminent. Mais les négociations échouent. Heureusement, la ligne passagers, elle, a trouvé preneur, grâce à la ténacité de la chambre de commerce et d’industrie de Dieppe: avec Hoverspeed. C’est un premier soulagement. Mais aux yeux du président du conseil général, ça ne suffit pas.

Cet hiver, avant que l’accord entre la CCID et Hoverspeed ne soit paraphé, Charles Revet avait rencontré James Sherwood. Sans doute le sujet maintenant d’actualité avait déjà-t-il été évoqué. Car, à l’époque déjà, de nos rencontres avec des parlementaires de l’East Sussex à l’occasion des tentatives de sauvetage de la desserte par P & 0/Stena Line et des enquêtes effectuées par Peter Avis, le correspondant des Infos outre-Manche, il ressortait que le patron du port de Newhaven et d’autres sociétés comme Hoverspeed était prêt à se dessaisir du port, plutôt intéressé par des projets immobiliers aux alentours. Ce qui lui était d’ailleurs reproché dans l’East Sussex où on lui suggérait fermement de commencer par s’occuper du port et de ses accès.

Pouvoir réagir

Le président du conseil général, en outre, grâce à ses conseillers dieppois se met au courant de la dégradation des installations portuaires de Newhaven. Et des problèmes que cela peut poser. «Or», a répété à plusieurs reprises Charles Revet, «il faut impérativement assurer le maintien de cette ligne. Dieppe ne peut vivre sans alter-ego de l’autre côté de la Manche. Tout en souhaitant une réussite opérationnelle et commerciale des opérateurs actuels, nous sommes obligés de constater, à la lumière de la crise de l’hiver dernier, que nous ne disposons pas des outils nécessaires à une réaction rapide en cas de défaillance

Et il ajoute : «D’autre part, nos efforts pour susciter les initiatives de nouveaux opérateurs ont mis en évidence les difficultés induites par le contexte technique et commercial du port de Newhaven». D’où l’étude entreprise pour voir comment pourrait être assuré l’avenir de ce port de l’East-Sussex.

«Compte tenu de ce constat il nous semble important de mieux nous préparer à réagir en cas de nouvelle défaillance. Plusieurs acteurs, de part et d’autre de la Manche, ont déjà fait la même analyse», ajoute le président de l’assemblée départementale. Une idée déjà exprimée par l’ancien président de la CCID, Jean-Paul Lalitte mais sur d’autres bases.

Les structures

Il s’agit, naturellement, d’agir diplomatiquement. En tenant compte des ouvertures européennes et en y associant, naturellement, les partenaires anglais. «Des réflexions informelles ont eu lieu. Il semble se dégager un accord pour la création de structures juridiques qui pourraient être mises en sommeil et activées en cas de besoin».

Ces structures pourraient être:

- côté français, création d’une société d’économie mixte dans laquelle le conseil général prendrait une participation de 60%. Les autres partenaires pourraient être le conseil général de la Somme, la caisse des dépôts, la chambre de commerce de Dieppe, les entreprises de transport et les hôteliers de la région dieppoise...

- côté anglais, création d’une société à laquelle participerait majoritairement la S.E.M. normande à côté de partenaires britanniques réunis au sein de New Economic Partnership, groupement constitué il y a deux ans pour réfléchir au développement du port de Newhaven. Parmi eux la société James Fischer, basée à Newhaven, où à notre connaissance elle s’occupe de trafic fruitier.

Le conseil général garderait le contrôle de la structure.

C’est ce qui sera proposé dans quelques jours à l’assemblée départementale. Charles Revet, en même temps, demandera l’autorisation d’engager un audit financier, économique et technique du port de Newhaven.

Denis LEPRETTRE


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